La présence du recteur de l’UQTR à un événement religieux soulève des questions

TROIS-RIVIÈRES — Pendant que le projet de loi sur la laïcité de la CAQ évolue en débat national et que le premier ministre prend la peine de s’adresser à la population, un certain émoi semble agiter le corps professoral de l’UQTR. C’est que le recteur de l’Université, Daniel McMahon, pose aux côtés de Mgr Bouchard, évêque de Trois-Rivières, sur une affiche publicisant une messe de Pâques et un spectacle gospel qui se tiendront bientôt dans les murs de l’établissement.

L’événement en question est intitulé «Pourquoi encore croire en Jésus?». L’affiche est installée sur de nombreux babillards de l’Université et est également visible sur le site En tête, qui relaie les activités ayant cours dans l’établissement, auprès de ses étudiants et de son personnel.

Or, plusieurs professeurs dont Le Nouvelliste a recueilli les confidences disent éprouver un malaise d’ainsi voir le recteur s’afficher, en mettant de l’avant sa fonction au service d’une cause religieuse. «Sur le plan légal, il a le droit de le faire, sur le plan éthique, c’est une autre histoire», lance Ghyslain Parent, professeur au département des sciences de l’éducation. Celui-ci estime que dans le contexte actuel «il s’agit d’une bombe».

La présence de Daniel McMahon, recteur de l’UQTR, sur des affiches annonçant une messe de Pâques dans les murs de l’établissement, dans un contexte où la laïcité est au coeur du débat public, a soulevé l’indignation de plusieurs professeurs.

Le professeur Parent se rappelle qu’à l’époque où il militait contre la prière à l’hôtel de ville de Trois-Rivières, il avait reçu un coup de semonce de la part de l’Université. On le priait alors de ne plus intervenir en tant que professeur de l’Université, mais de le faire en son nom personnel. L’Université s’était plus tard excusée. Ghyslain Parent se remémore l’incident en soulignant l’ironie du retour de balancier.

S’il se dit indigné, M. Parent insiste par ailleurs pour affirmer qu’il n’est pas contre la liberté d’expression, mais que c’est en son nom personnel que le recteur devrait faire valoir sa foi. Le professeur explique être en contact avec au moins une trentaine de collègues qui partagent son point de vue.

Gilles Bronchti, professeur et directeur du département d’anatomie, abonde dans le même sens. «Il y a un malaise, il n’y a aucun problème avec le fait qu’il soit religieux, on sait [que le recteur] fait ses études de diaconat et qu’il va être diacre permanent, mais le fait qu’il s’affiche comme recteur de l’Université pour une conférence et messe de Pâques à l’Université, ça, ce n’est pas normal. L’université n’est pas un lieu religieux et les choses doivent être séparées», maintient-il.

L’université est un lieu d’acquisition des connaissances par la science et non par la croyance, insiste le professeur d’anatomie. Pour lui, la situation est incompréhensible et inacceptable. S’il se présente cette semaine à la présidence de l’exécutif syndical, M. Bronchti tient toutefois à préciser que c’est en son nom personnel qu’il s’exprime. La position du syndicat ou de l’équipe syndicale sera à définir plus tard, souligne-t-il.

Tout comme M. Parent, M. Bronchti fait valoir que les échanges avec ses pairs le portent à penser que le malaise soulevé par la situation est partagé par bon nombre de collègues.

Plusieurs professeurs se sont par ailleurs exprimés sous le couvert de l’anonymat. Si leurs remarques recoupent les propos de M. Parent et de M. Brontchi, ils sont quelques-uns à carrément parler de prosélytisme. La visée scientifique d’une institution publique est aussi récurrente dans le discours des universitaires. On souligne également que le réseau de l’Université du Québec est le produit de la Révolution tranquille qui aspirait précisément à déconfessionnaliser le secteur de l’enseignement.

Le point de vue du recteur

De son côté, Daniel McMahon se dit surpris que sa participation à une activité étudiante puisse soulever des questions. Le recteur explique avoir spontanément répondu oui à une invitation étudiante. Il indique que dans le cadre des fêtes du 50e anniversaire les activités se multiplient et qu’il tente de répondre par l’affirmative le plus souvent possible.

M. McMahon affirme qu’il aurait répondu avec le même enthousiasme à une demande émanant d’un groupe d’étudiants musulmans. «Ce n’est pas parce que l’on participe à une activité que l’Université n’est plus laïque», insiste-t-il. Le recteur explique que l’activité est organisée par des étudiants internationaux et que souvent, pour ceux-ci, la présence du chef de l’établissement est importante sur le plan symbolique.

Contrairement à ce que l’affiche pourrait laisser croire, M. McMahon indique aussi que sa présence n’est qu’à titre d’invité et qu’il ne s’agit pas d’une conférence où il répondra à la question posée sur ladite affiche. Il précise également qu’il n’a pas eu son mot à dire sur la conception de cette dernière. Il y voit sa présence comme un coup de marketing de la part du comité organisateur. «Ce que je constate, c’est que ça a super fonctionné», lance-t-il.

Si sa présence en tête d’affiche a pu soulever des réactions dans le corps professoral, le recteur invite chacun à relativiser. «S’il y a des gens qui ne sont pas d’accord avec la tenue de cette activité, ils sont tout à fait libres de ne pas y participer», remarque-t-il. «S’il y a un endroit où les gens sont libres de leur expression et sont fiers de la diversité d’expression, ce que je demande à ces professeurs-là, c’est de respecter la liberté d’expression d’un autre groupe de gens qui veulent tenir une activité, c’est tout», ajoute-t-il.

Malgré sa surprise, M. McMahon concède toutefois que le contexte puisse avoir contribué à en remuer certains. Il insiste sur le fait que l’événement était prévu depuis longtemps et que la conjoncture actuelle est le fruit du hasard. «Dans la mouvance de discussions qu’il y a sur [la laïcité], je comprends qu’il y a une certaine sensibilité. Je tiens à rassurer les gens, l’Université du Québec à Trois-Rivières, elle est laïque», déclare-t-il.

L’association étudiante en marge du débat

À l’AGEUQTR, on ne semble pas s’émouvoir de la situation. On explique que le Groupe biblique universitaire, à l’origine de l’activité, n’en est pas à son premier événement et qu’aucun incident n’a jamais été déploré. On estime qu’il s’agit d’un regroupement d’une douzaine d’étudiants, tout au plus. L’AGEUQTR reconnaît le groupe, l’événement est d’ailleurs sur plusieurs babillards de l’association étudiante.

Quant à l’enjeu de la laïcité, la question avait été brièvement débattue du temps des débats autour de la Charte des valeurs québécoises qu’avait présentée le Parti québécois en 2013, mais que les discussions s’étaient estompées dans la foulée de l’élection du gouvernement libéral. Depuis, la question n’a plus été soulevée.