Des anciens commissaires scolaires pensent que le ministre de l'Éducation aurait dû attendre avant d'appliquer la loi 40.

La loi 40 laisse «un goût amer» à d'anciens commissaires scolaires

L’adoption du projet de loi 40 sous bâillon par Québec reste une pilule dure à avaler pour des ex-commissaires scolaires de l’Outaouais, qui cumulaient dans certains cas des décennies d’expérience.

À commencer par Francine Lorange, qui siégeait à la Commission scolaire des Portages-de-l’Outaouais (CSPO) depuis 1989. Cette dernière affirme que, même si une période de transition doit être en vigueur jusqu’à la formation des en juin des conseils d’administration des nouveaux centres de services scolaires, elle ne s’est pas senti la bienvenue lors d’une rencontre mercredi dernier. 

« On s’est sentis complètement rejetés. C’est la direction générale (Nadine Peterson) qui mène, et même si elle peut nous consulter, si on dit blanc, elle va dire noir. Je comprends que les pouvoirs et la structure ont changé, mais la manière que ç’a été fait mercredi est fâchante », lance-t-elle.

L’ex-commissaire de la Commission scolaire des Portages-de-l’Outaouais Francine Lorange

Estimant que les élus scolaires auraient davantage pu se mobiliser contre ce projet de loi, Mme Lorange soutient avoir encore beaucoup de mal à croire que le gouvernement ait agi de façon aussi précipitée. 

« Ça laisse un goût amer, car j’ai toujours eu à cœur le milieu scolaire. On nous a mis dehors du jour au lendemain, ce n’est pas correct, c’est sauvage. Je ne parle pas de ma propre personne, je parle au nom des parents que je représentais depuis 30 ans, des profs, des élèves en difficulté, etc. Vers qui vont-ils se tourner quand il y aura un litige avec une direction ? Oui, dans le nouveau système, il y a des directions générales qui feront du bon travail, mais d’autres vont vouloir mener ça d’une main de fer », déplore Mme Lorange.

L’ex-commissaire scolaire croit que même si ces changements avaient été annoncés, le ministre Roberge aurait pu attendre à la fin de l’année et privilégier une transition progressive.

« On aurait pu nous abolir de façon plus digne. Ils veulent tout faire vite, mais à un moment donné ils vont se rendre compte que ça ne fonctionne pas. Je suis certaine que les constructions d’écoles vont être retardées, par exemple. Je me demande si M. Roberge sait vraiment comment ça se passe sur le terrain. A-t-il visité toutes les régions avant d’imposer sa réforme ? », dit-elle.

Mme Lorange précise que le salaire versé à un commissaire (520 $ par mois) était loin d’être une importante dépense considérant le nombre d’heures consacrées à la tâche. 

Son homologue à la Commission scolaire des Draveurs (CSD), Normand Sylvestre, était commissaire depuis 2003.

Normand Sylvestre était commissaire à la Commission scolaire des Draveurs depuis 2003.

« Qui perdra le plus dans tout cela ? L’air de rien, ce sont tous les citoyens. C’est déplorable que comme société occidentale, on se soit débarrassé d’un palier démocratique, qu’on l’ait balancé comme une paire de chaussettes. Le citoyen vient de perdre un droit de regard démocratique sur la gestion du système d’éducation. L’entorse majeure, elle est là. Et même si ce n’est pas une surprise, il n’y avait pas urgence de le faire », note l’ancien élu.

M. Sylvestre tient toutefois à préciser une chose : pour la recherche de solutions pour la survie des élections scolaires, le blâme ne revient pas uniquement à la Coalition Avenir Québec.

« Les gouvernements précédents n’ont pas plus mis d’efforts pour corriger le tir », lance-t-il. 

Quant à l’ex-commissaire Paul Loyer, qui siégeait à la CSD depuis 13 ans, il ne le cache pas : ça ne l’empêchera pas de continuer à venir en aide aux parents et il compte bien présenter sa candidature pour se joindre au nouveau conseil d’administration du futur centre de services. 

Paul Loyer siégeait à la Commission scolaire des Draveurs depuis 13 ans.

« Ce ne sont certainement pas les fonctionnaires à Québec qui vont pouvoir venir en aide aux parents de l’Outaouais. Je pense que ce n’est pas à court terme qu’on va voir les effets négatifs de cette réforme, mais peut-être plus tard. J’espère que M. Roberge réalise que le même service devra être donné à toutes les écoles, les plus nanties comme les défavorisées, en milieu urbain comme rural », dit-il.