Le président de la Commission scolaire des Draveurs (CSD), Claude Beaulieu

La CSD réclame un statut particulier

Au moment où les contribuables de la région ont souri ou ragé ces derniers jours en recevant leur compte de taxes scolaires qui fait tant jaser depuis des mois, le président de la Commission scolaire des Draveurs (CSD), Claude Beaulieu, va maintenant jusqu'à réclamer du gouvernement ni plus ni moins que l'octroi d'un statut particulier pour l'Outaouais.
Revendiquant depuis le début du débat une uniformisation du taux de taxation afin d'éviter que les payeurs de taxes qui n'ont pas d'enfant sur les bancs d'école ne continuent de migrer des commissions scolaires francophones vers la Commission scolaire Western Québec (CSWQ), M. Beaulieu est d'avis que même si le phénomène est observé ailleurs en province, l'Outaouais est davantage affectée en raison de son contexte frontalier, entre autres.
« Un statut particulier, c'est ce dont on a besoin, car nous sommes une région frontalière. Combien vous pensez qu'il y a de chalets ici dont les propriétaires sont des Ontariens ? [...] Oui, le problème est provincial, mais je ne connais pas de régions qui, comme nous, ont dû faire face à une migration de 20 000 personnes d'une commission scolaire à une autre. Ailleurs, c'est assez minime, par exemple à la Commission scolaire des Laurentides », lance-t-il. 
Et M. Beaulieu ne le cache pas : il estime que les députés de la région n'ont pas suffisamment travaillé pour régler le dossier. 
« Ils n'ont pas protégé les gens de l'Outaouais en prétextant qu'il s'agit d'un problème provincial. Ils ont joué cette carte, mais ça fait deux ans qu'on les interpelle. On ne nous fera pas porter l'odieux d'être juste des percepteurs de taxes pour le gouvernement. Je m'excuse, mais qu'ils prennent leurs responsabilités », s'exclame-t-il. 
Rappelons que les contribuables qui n'ont pas d'enfant en âge scolaire peuvent choisir, comme leur permet la loi actuelle, de payer leurs taxes à une commission scolaire anglophone. Or, dans la région, le taux de taxation est fixé à 0,136 94 $ du 100 $ d'évaluation à la CSWQ, alors qu'il est à 0,334 85 $ à la CSD. C'est donc dire que pour une résidence évaluée à 250 000 $, un contribuable paie une facture de 342 $ à la CSWQ, alors qu'un propriétaire qui paie ses taxes à la CSD doit piger 837 $ de ses poches. 
« C'est inéquitable. Ce qui est odieux là-dedans, c'est que quand quelqu'un quitte, il y a moins de personnes pour payer le montant restant. La facture est refilée aux jeunes familles. On doit trouver une solution, c'est un simple calcul mathématique », de dire M. Beaulieu.
Nombreux sont d'ailleurs les contribuables de la CSD à avoir porté à l'attention du Droit ces derniers jours qu'une lettre signée par M. Beaulieu et expliquant l'augmentation des taxes de 9 % accompagnait leur facture. « Je termine en soulignant que cette hausse de taxe n'a strictement rien à voir avec l'efficience et l'efficacité de la CSD et qu'elle est entièrement et exclusivement attribuable à l'inaction de notre gouvernement », est-il écrit en gras sur le document.  
Différences d'opinions
Si certains lecteurs nous ont écrit pour dire qu'ils saluaient l'initiative, d'autres ne l'ont visiblement pas apprécié. L'un d'entre eux, Marc Desjardins, dit avoir « bondi de son fauteuil » en apercevant cette phrase, à tel point qu'il a répliqué à son tour à M. Beaulieu dans une lettre également acheminée aux députés et au ministre Proulx.
« Il n'y a aucune mention dans votre lettre que vous allez déployer les mesures requises pour minimiser l'impact financier sur les contribuables. Juste des accusations simplistes », écrit-il, disant être pris en otage.
Le président de la CSD répond que le but n'était pas de « laver son linge sale en public », mais plutôt de déboulonner le mythe voulant que la hausse est due à une mauvaise gestion des commissions scolaires.
Au cabinet du ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, la directrice des communications, Karine Rivard, affirme que différentes options sont sur la table au sujet de la taxation scolaire en Outaouais comme ailleurs en province, mais qu'aucune décision n'a encore été prise.