La présidente de la CSPO, Johanne Légaré

Guerre intestine au conseil des commissaires de la CSPO

Rien ne va plus au sein du conseil des commissaires de la Commission scolaire des Portages-de-l'Outaouais (CSPO). Onze des 16 membres accusent l'organisation et sa présidente, Johanne Légaré, d'avoir porté atteinte au « droit fondamental à la liberté d'expression » d'un commissaire en diffusant un communiqué de presse pour « se dissocier » de ses propos sur un dossier touchant sa circonscription.
Mi-septembre, le commissaire Réjean Desjardins a fait parvenir aux médias un communiqué dans lequel il se disait « déçu que le ministère de l'Éducation n'ait pas retenu le projet d'agrandissement » de l'un des immeubles de l'école Au-Coeur-des-Collines de La Pêche. Le communiqué, qui ne portait pas l'en-tête de la CSPO, résumait le dossier de cette école, pour laquelle tant une ancienne demande de nouvelle construction que celle pour un agrandissement ont jusqu'ici été refusées par Québec.
Vendredi dernier, soit une semaine après la sortie de M. Desjardins, la CSPO envoyait aux médias un communiqué pour « se dissocier » des propos du commissaire. « Les seuls porte-paroles officiels de la CSPO sont la présidente et le directeur général, à moins que ces derniers ne délèguent ce rôle », y soulignait la secrétaire générale, Caroline Sauvé.
La CSPO ajoutait qu'« en faisant parvenir un communiqué de presse, M. Desjardins a contrevenu à son devoir de réserve, de collégialité et de loyauté ».
Cette offensive de la CSPO a eu l'effet d'une « bombe » au sein du conseil des commissaires, soutient Alain Gauthier, l'élu de la circonscription 9. « Vous dire que ma gencive touchait le sol serait probablement une très belle illustration de comment je me sentais », a-t-il lancé en entrevue. Son téléphone n'a « pas dérougi » de la fin de semaine, a-t-il dit en qualifiant le contenu du communiqué de la CSPO de « job de bras » et d'attaque n'ayant « aucun fondement légal ».
M. Gauthier et huit de ses collègues ont signé lundi un communiqué de presse pour « se dissocier de certains propos » contenus dans celui diffusé par la CSPO. Deux autres commissaires ont adhéré à leur position en cours de journée.
« La CSPO semble vouloir établir que la participation des commissaires sur la place publique n'est aucunement permise à moins d'avoir une permission préalable de la part de nos porte-paroles, dénoncent les onze commissaires. [...] En tant qu'élus, [...] nous ne perdons aucunement notre droit fondamental à la liberté d'expression, et ce en tout temps. »
Les signataires estiment ainsi que la CSPO, dans son communiqué, a fait preuve d'une « mauvaise lecture » du code d'éthique des commissaires. Alain Gauthier estime que dans les circonstances, il est indéniable qu'il y aura « des conséquences ». « Mme Légaré va avoir des comptes à rendre, croit-il. Nous allons vouloir entendre ce qui s'est passé dans sa tête et ce qui a permis à ce document-là de sortir, et on veut forcer la CSPO à diffuser un communiqué pour se rétracter et s'excuser à M. Desjardins. »
Il est aussi fort probable qu'une résolution soit présentée lors de la prochaine réunion des commissaires afin qu'un ajout soit fait au code d'éthique pour garantir que leur liberté d'expression ne soit pas brimée par leurs fonctions.
Quant à M. Desjardins, il s'est dit « rassuré » par le soutien de ses collègues.
La CSPO a indiqué qu'elle ne ferait «aucun commentaire sur le sujet», en précisant que Mme Légaré est à l'extérieur du pays jusqu'au 5 octobre.