Le président de l’ACÉPO, Denis Chartrand, estime qu’un financement adéquat aidera les écoles laïques francophones.

Guerre de mots et de chiffres

Les relations ne sont pas au beau fixe entre l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO) et l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC) depuis la publication d’un article cette semaine dans les pages du quotidien Globe and Mail.

Dans ce dernier, on indiquait qu’afin d’obtenir une plus grande part du financement gouvernemental, les conseils scolaires catholiques acceptaient de plus en plus d’élèves non catholiques entre les murs de leurs écoles. Selon des chiffres obtenus par le journal torontois, le nombre d’écoliers non catholiques fréquentant ces écoles aurait bondi de 18 % depuis quatre ans.

Dans les jours qui ont suivi, l’ACÉPO a réagi en se disant inquiète, réclamant que le ministère de l’Éducation s’assure que les règles d’admission sont cohérentes. Elle se demande « pourquoi un système d’éducation créé pour protéger la foi catholique accepte-t-il des élèves n’adhérant pas à cette religion ? »

L’organisation souhaite que le ministère recense l’évolution du nombre d’élèves non catholiques dans les conseils scolaires catholiques francophones au fil des ans et rende l’information publique. À son avis, ces chiffres permettront de mettre en évidence le besoin de « financer adéquatement l’épanouissement du réseau des écoles laïques de langue française ».

« Ce qu’on fait, ce n’est pas tant dénoncer que d’obtenir des statistiques pour qu’on puisse aller défendre notre cas. Il n’y a pas guerre ouverte, on s’entend bien avec nos collègues, sauf que l’on veut un peu d’honnêteté dans le système et de justesse dans les chiffres. Ça va permettre de connaître la tendance, de savoir où l’on s’en va comme province, comme ministère et comme francophonie. Il y a encore 45 endroits en province qui n’ont pas d’école laïque sur leur territoire », affirme le président de l’ACÉPO, Denis Chartrand.

Uniquement dans le cas du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO), les secteurs d’Arnprior, Carleton Place, Orléans Sud, Ottawa Sud, Ottawa Ouest, Rockland et Russell sont ciblés

M. Chartrand se questionne à savoir si les conseils scolaires catholiques de langue française exigent systématiquement un baptistaire lorsque les élèves débutent leur cheminement scolaire.

« Est-ce que c’est le cas ou ce sont des portes ouvertes ? », lance-t-il.

À l’heure actuelle, la proportion d’inscriptions scolaires en province se chiffre à environ 70 % pour les écoles catholiques, alors qu’elle avoisine la barre des 30 % pour les écoles laïques.

L’AFOCSC n’a pas tardé à répliquer, accusant l’ACÉPO de manquer de transparence.

« Le communiqué me déçoit. Leur position est opportuniste et ne mènera pas à une meilleure qualité d’éducation. C’est un argument purement économique, il y a un manque de transparence. Ils connaissent déjà les conditions d’admission dans nos écoles. Lorsqu’un enfant n’est pas catholique ou ne parle pas français, il doit passer par un comité d’admission. En général, il doit être baptisé dans la religion catholique, tout comme au moins l’un des deux parents », soutient le président Jean Lemay.

Il rappelle également que les parents sont avertis dès le départ qu’au niveau élémentaire, leur enfant ne peut être exempté des cérémonies ou des cours religieux, contrairement au niveau secondaire.

« Quand il y a un transfert d’élèves vers nos écoles, c’est toujours un choix du parent. C’est sans équivoque. On ne court pas dans les rues pour aller chercher des enfants, on ne tord pas le bras de quiconque. Nous sommes les meilleurs en province, c’est pour cela que les parents nous choisissent. Maintenant, s’ils (les conseils laïques) veulent faire changer la loi pour le secondaire, qu’ils aillent de l’avant, mais ça n’amènera pas d’eau au moulin. Ils vont perdre leur temps », conclut-il.

Rappelons qu’au pays, seules les provinces de l’Ontario, de l’Alberta et de la Saskatchewan financent encore les écoles catholiques.