Le ministère de l’Éducation de l’Ontario recommande aux conseils scolaires de geler les embauches, et ce, pour les enseignants et le personnel de soutien.

Gel d'embauches: les conseils scolaires francophones sur le qui-vive

La recommandation du ministère de l’Éducation de l’Ontario de procéder à un gel des embauches au sein des conseils scolaires suscite de vives inquiétudes au sein de la communauté franco-ontarienne.

La recommandation du ministère de l’Éducation de l’Ontario de procéder à un gel des embauches au sein des conseils scolaires suscite de vives inquiétudes au sein de la communauté franco-ontarienne. 

Les conseils scolaires de langue française, déjà confrontés à une importante pénurie de main-d’œuvre, craignent que l’envoi de cette directive ne précède d’éventuelles coupures en éducation lors du dépôt du budget du gouvernement Ford, dans quelques semaines. 

La note de service, acheminée jeudi à tous les conseils scolaires de la province et dont Le Droit a obtenu copie, est signée par la sous-ministre Nancy Naylor.

« Je vous écris aujourd’hui afin de recommander aux conseils scolaires de faire preuve de prudence en ce qui a trait aux décisions d’embauche, en prévision du dépôt du budget et à la lumière de la récente consultation sur l’effectif des classes et les pratiques d’embauche. [...] Les conseils scolaires sont invités à reporter les processus annuels d’embauche visant à pourvoir les postes libérés par les départs à la retraite ou en congé des enseignants et des autres membres du personnel, et ce, jusqu’à ce que le ministère de l’Éducation fournisse, d’ici le 15 mars, des directives plus précises », peut-on lire dans la missive.

La lettre rappelle également que le gouvernement ontarien a imposé l’an dernier un gel des embauches au sein de la fonction publique et souligne que « les conseils scolaires pourraient envisager d’adopter des mesures semblables ». 

« Catastrophique »

Le président de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC), Jean Lemay, n’hésite pas à dire qu’un gel permanent des embauches s’avérerait « catastrophique » dans le contexte actuel.

« Ce n’est vraiment pas une bonne nouvelle. C’est un drôle de message que nous lance le gouvernement, je pense qu’il ne comprend pas la dynamique. On est déjà en plein mode recrutement, car nos effectifs augmentent alors qu’on manque d’enseignants. En plus, les conseils anglophones viennent recruter nos enseignants francophones pour faire des classes d’immersion. Comment va-t-on combler ces postes ? », déplore-t-il. 

Pour imager la pénurie d’enseignants, M. Lemay souligne que 90 lettres de permission ont dû être acheminées au ministère ces six derniers mois afin de maintenir en poste des enseignants qui ne possèdent pas les qualifications requises. Il ajoute craindre que le taux de réussite actuel des élèves au sein des conseils scolaires catholiques francophones (93 %) ne puisse se maintenir « si personne de qualifié ne se retrouve devant les élèves ». 

Ce dernier ajoute avoir eu vent, de la bouche même de députés progressistes-conservateurs, que le gouvernement pourrait sabrer de 4 à 7 % du budget alloué à l’éducation. 

« Il va certainement y avoir des coupures, c’est ce qu’on nous a annoncé. Le train s’en vient, on voit la lumière, mais nous sommes au mauvais bout du tunnel », lance M. Lemay. 

Du côté de l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO), le président Denis Chartrand soutient ne pas trop savoir sur quel pied danser en lisant cette missive et ajoute qu’un gel complet serait « absolument inacceptable ».

« Pour moi, ce ne sont pas tant les mots utilisés dans la lettre qui sont importants, mais le fait qu’on reçoit de telles indications à la fin février. Ce que ça m’indique, c’est que le budget va être difficile pour le monde de l’éducation. Les jeunes sont pourtant l’avenir de la province. Ça affecterait doublement les conseils scolaires francophones en raison de notre double mandat. [...] En plus, on est en plein cœur d’une pénurie de profs », dit-il. 

Cette annonce survient à quelques jours d’une rencontre prévue lundi à Queen’s Park entre les ministres et députés ontariens ainsi qu’une dizaine de joueurs-clés de l’éducation en langue française, dont l’ACÉPO et l’AFOCSC.

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L'AEFO SUR SES GARDES

En réaction à la consigne du ministère de l’Éducation de mettre un frein à l’embauche dans les conseils scolaires de la province, l’Association des enseignants et des enseignantes franco-ontariens (AEFO) affirme qu’il n’y a pour l’instant pas lieu de « faire paniquer ses membres » mais qu’elle demeure sur ses gardes et qu’elle pourrait monter aux barricades si nécessaire. 

« À ce moment-ci, on ne voit pas ça comme une mauvaise nouvelle, la lettre semble être de nature administrative. Voyons ce qui en est. Mais c’est certain que si éventuellement, il y a des mesures qui affectent les conditions de travail de nos enseignants, il pourrait y avoir une crise. S’il y a de mauvaises nouvelles, on sera là pour revendiquer. Il va falloir investir en éducation si on veut rester un chef de file », soutient le président du syndicat, Rémi Sabourin. L’AEFO représente 10 500 enseignants.