Exemption pour le cours d’éducation à la sexualité: «Les portes auraient dû être fermées»

« Le ministère de l’Éducation aurait dû prévoir qu’il y aurait contestation et trouver un système pour y faire face », estime une professeure en travail social à l’Université du Québec en Outaouais (UQO) au sujet des demandes d’exemption de parents pour le cours d’éducation à la sexualité.

C’est ainsi qu’a réagi Isabel Côté à la suite des révélations lundi indiquant que près de 200 dérogations auraient été acceptées uniquement à la commission scolaire des Portages-de-l’Outaouais (CSPO) au cours de la dernière année. Dans les quatre autres commissions scolaires de la région, moins d’une dizaine de demandes ont été reçues.

La professeure croit qu’il n’y a pas nécessairement lieu de « stigmatiser » les commissions scolaires telles que la CSPO et affirme plutôt que ces chiffres sont révélateurs d’une faille dans les règles établies par le gouvernement.

« Manifestement, les balises ne sont pas assez claires. À mon avis, ce ne devrait pas être aux commissions scolaires de débattre avec les parents pour savoir quels éléments sont essentiels. C’est probablement ce qui pose problème. La CSPO, par exemple, pose un regard sur la demande avec les connaissances qu’elle a. Ces statistiques-là me surprennent, ça me dit que probablement que la question des directives ou la façon de négocier avec ces demandes-là n’a peut-être pas été assez explicite. Je ne veux pas jeter la pierre, peut-être aussi qu’ils ont eu à faire face à des groupes de parents organisés », lance Mme Côté.

La spécialiste soutient qu’excluant les cas où des jeunes ont été victimes d’abus et pour lesquels on ne veut pas réactiver un traumatisme, « les portes auraient dû être fermées dès le départ par le ministère » pour les exemptions.

« Il n’est pas question d’une religion en particulier [dans le programme], alors on devrait totalement empêcher les retraits. Ce qu’on constate, c’est que ce phénomène-là de parents qui refusent que leurs enfants soient sensibilisés à la sexualité, il n’est pas nouveau, on l’a vu aussi en Ontario, où Doug Ford a entre autres fait sa campagne électorale là-dessus », note la professeure.

Mme Côté précise cependant que même si, par exemple, la fronde était menée en sol ontarien par des parents d'obédience chrétienne, ce ne sont pas forcément des parents d'une religion en particulier qui refusent que leurs enfants suivent ce programme.

Mme Côté ne manque d’ailleurs pas de qualificatifs pour ce cours : d’incontournable à extrêmement pertinent, elle juge que les élèves se doivent d’être sensibilisés à divers thèmes liés à la sexualité pour plusieurs raisons.

« Les questions plus délicates, ce n’est pas toujours vrai que les enfants veulent en discuter avec leurs parents », dit-elle.

Au nombre des thèmes abordés dans ce programme, selon les niveaux, on retrouve par exemple l’image corporelle, l’établissement de rapports égalitaires, l’apprivoisement des changements pubertaires, le respect de la diversité sexuelle, la notion de consentement ainsi que les infections transmissibles sexuellement et par le sang.

La professeure de l’UQO indique toutefois qu’il est clair que les enseignants doivent avoir une formation adéquate en la matière avant de se retrouver devant une classe.

« On a rendu l’ensemble des profs responsables de la formation des élèves, mais on s’est aperçu qu’il y avait de la maladresse dans la transmission de certaines informations. Dans une recherche qui vient d’être publiée, on disait que des profs pouvaient transmettre des contenus erronés aux élèves, car justement ce n’est pas leur spécialité. Ça prend une ressource qui est à l’aise avec le contenu. En parler avec des élèves de cinquième année, c’est aussi différent que d’en parler avec des adolescents avec les hormones dans le tapis », conclut-elle.