Marilyn Tremblay se bat pour que son fils reçoive les services auxquels il a droit.
Marilyn Tremblay se bat pour que son fils reçoive les services auxquels il a droit.

Enfant «déscolarisé»: le cri du coeur d'une mère

Benoit Sabourin
Benoit Sabourin
Le Droit
Une mère monoparentale dont le fils de 11 ans est diagnostiqué avec plusieurs troubles de santé mentale reproche à l’école de ce dernier et au Centre de services scolaire au Coeur-des-Vallées (CSSCV) de vouloir le « déscolariser » et de ne pas mettre tout en œuvre pour lui garantir une éducation pleine et entière.

Marilyn Tremblay lance un cri du cœur. Son fils, Jérémie*, fréquente une classe régulière de sixième année dans une école de la Petite-Nation.

En plus d’être atteint d’un trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH) mixte, Jérémie souffre d’un trouble d’anxiété généralisé, d’un trouble d’opposition/confrontation, de dyslexie et de dysorthographie. Il est également hypersensible à la médication, ce qui rend les traitements difficiles à appliquer dans son cas.

Depuis les huit dernières années, la mère consulte de multiples spécialistes, en quête du bien-être de son fils : pédopsychiatre, psychologue, neuropsychologue, psychoéducateur.

L’an passé, l’enfant fréquentait une autre école du CSSCV, dans le secteur Buckingham, à Gatineau.

« Le comité scolaire l’avait refusé dans la classe d’aide l’année dernière. Il a conservé son droit d’aller à l’école, mais je devais constamment aller le chercher parce que ça ne fonctionnait plus », raconte la mère.

À la suite d’un déménagement dans la Petite-Nation, l’enfant a changé d’établissement scolaire en 2020. Encore une fois, Jérémie a été dirigé vers une classe régulière, malgré ses nombreux diagnostics.

Marilyn Tremblay

La maman de Jérémie s’explique mal comment son fils ne peut pas avoir accès à une classe spécialisée. « Jérémie est hyper intelligent, mais il est turbulent. Il peut rester assis, mais c’est un verbomoteur et il entre dans la bulle des autres. Dans un trop gros groupe, il n’est pas fonctionnel. Il est hyper stimulé, hyper sensible aux bruits, aux odeurs », dit la mère.

Renvoyé à la maison 

Si les premières semaines suivant la rentrée se sont déroulées rondement pour Jérémie, les problèmes de comportement, l’anxiété et les manifestations d’opposition ont refait surface de plus belle par la suite, si bien que le 5 octobre, la direction de l’établissement a décidé, à la suite d’incidents survenus en classe, que l’élève de 11 ans ne pourrait plus avoir accès à l’école à temps plein.

Pour Mme Tremblay, c’est la goutte qui a fait déborder le vase. « On m’a dit qu’on n’avait pas de ressources pour lui et qu’on devait le retourner à la maison pour l’après-midi. Ce que ça lui prend, c’est une technicienne en éducation spécialisée (TES) attitrée à lui en un à un, mais la classe spéciale pour les élèves ayant des difficultés de Montebello est pleine. J’ai l’impression de vivre un cauchemar », précise Mme Tremblay, en entrevue avec Le Droit.

La mère déplore que l’école ait la gâchette aussi facile pour « déscolariser » un enfant qui nécessite un encadrement strict. Au total, 15 heures avec une TES sont attribuées à Jérémie qui allait désormais à l’école de 8 h 5 à 11 h 26, du lundi au vendredi, jusqu’à ce qu’il soit hospitalisé durant une semaine à l’Hôpital en santé mentale Pierre-Janet, à Gatineau, à la fin octobre.


« Ce qu’on est en train de me dire, c’est que si t’as une différence, tu n’es pas le bienvenu à l’école. »
Marilyn Tremblay

Près de 130 heures de classe ratées 

Depuis sa sortie de l’hôpital, l’enfant n’a pu réintégrer son école puisque la direction refuse d’accueillir celui-ci de nouveau avant d’avoir eu une rencontre avec le médecin de ce dernier, allègue la mère. On lui offre une heure de soutien scolaire par jour depuis le 9 novembre. Selon Mme Tremblay, Jérémie a été privé de près de 128 heures de classe depuis le 5 octobre, à cause de la situation.

« Ce qu’on est en train de me dire, c’est que si t’as une différence, tu n’es pas le bienvenu à l’école. Mon enfant est pénalisé parce que leurs services sont pleins. Je comprends que l’école fait du mieux qu’elle peut avec les ressources qu’elle a, mais si on a besoin de classes spécialisées, créez-en d’autres parce que je ne suis certainement pas la seule dans cette situation. Je ne peux pas faire l’éducation de mon fils et travailler en même temps », peste Mme Tremblay qui a l’intention de déposer une mise en demeure auprès du CSSCV pour que son fils puisse rattraper les heures d’école dont il a été privé.

Cette dernière est convaincue que son histoire n’est pas un cas isolé et espère que sa lutte pour obtenir plus de ressources pour les élèves en difficulté fera boule de neige.

« C’est déjà difficile pour lui, en plus on lui envoie comme message qu’il n’est pas bienvenu à l’école. C’est la responsabilité du système d’offrir l’éducation à mon enfant », clame Mme Tremblay.

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Marilyn Tremblay serre son fils dans ses bras.

UNE CLASSE D'AIDE NE CHANGERAIT RIEN

Le Centre de services scolaire au Coeur-des-Vallées (CSSCV) assure que tout sera fait pour réintégrer Jérémie* en classe au moment opportun, mais pour le moment, les « manifestations de comportement » de l’enfant ne permettent pas à celui-ci de retourner à un horaire régulier.

Le CSSCV a accepté de commenter le cas spécifique de Jérémie*, à condition que la mère donne son consentement par écrit et qu’elle soit présente lors de l’entrevue avec Le Droit.

Nicole Thibault, coordonnatrice aux services des ressources éducatives au CSSCV, affirme que l’enfant de 11 ans bénéficie de « plusieurs interventions sur mesure » qui ne sont habituellement pas proposées à des enfants de niveau primaire. Elle cite en exemple de la psychoéducation individuelle et l’intégration en sous-groupe avec l’aide d’une orthopédagogue, mais aussi l’accompagnement en « un à un » avec une technicienne en éducation spécialisée, à raison de plusieurs heures par semaine.

À la suite de comportements « violents et agressifs », l’élève a toutefois dû voir ses journées de classes être réduites de moitié depuis le 5 octobre. « À un moment donné, il faut qu’il y ait une ligne de tracée », note Mme Thibault.

Ce type de décision peut être prise « ponctuellement », mais demeure très rare, précise-t-on au CSSCV. Mme Thibault souligne que les mesures appliquées pour encadrer cet élève ne fonctionnaient tout simplement pas. 

« Quand nous sommes rendus à dire que nous mettons en place une ressource en un à un avec un enfant, c’est une intensité de services qui est rarement mise en place. Habituellement, quand on en fait plus que ce que l’école peut mettre en place, on voit une amélioration et on voit que ça progresse, sauf que ce n’est pas ce qui s’est passé », indique Mme Thibault. 

Mme Thibault précise que la demande visant à placer Jérémie dans une classe pour élèves avec des besoins particuliers n’a pas été refusée pour des motifs de disponibilité de places. 

Le comité scolaire formé d’experts a jugé que le transfert de celui-ci vers une classe Transit, qui accueille des enfants présentant des troubles graves de comportement et des comorbidités, notamment des troubles de santé mentale, n’aurait rien changé à son parcours, justifie la coordonnatrice, qui rappelle que l’enfant a changé de milieux scolaires à plusieurs reprises depuis son entrée à la maternelle.

Cette dernière ignore quand l’enfant de Mme Tremblay pourra retourner en classe.

« Nous sommes en attente de pouvoir organiser un plan de services qui soit intégré pour cet enfant-là pour qu’il y ait des modalités mises en place parce que le but, c’est la réintégration et ça va se faire. Actuellement, malgré les ressources un à un, c’est difficile parce que les manifestations de comportement ne permettent pas de prolonger ou d’augmenter la fréquentation », dit-elle.

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*Pour des raisons de confidentialité, un nom fictif a été donné à l’enfant dans le cadre de ce reportage.