Le Conseil supérieur de l’éducation recommande notamment d’éliminer le bulletin chiffré actuel qui est remis aux écoliers du Québec et à leurs parents et de ne plus faire de moyenne du groupe, au primaire et possiblement au premier cycle du secondaire.

Élimination du bulletin chiffré: le ministre Roberge écarte la proposition

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, estime que le rapport du Conseil supérieur de l’éducation (CSE) est «une belle contribution», mais n’a aucune intention d’en suivre la recommandation principale.

Dans un rapport intitulé «Évaluer pour que ça compte vraiment», le Conseil recommande notamment d’éliminer le bulletin chiffré actuel qui est remis aux écoliers du Québec et à leurs parents et de ne plus faire de moyenne du groupe, au primaire et possiblement au premier cycle du secondaire.

Le Conseil ne recommande pas l’abolition du bulletin, mais suggère que les notes chiffrées, qui permettent trop les comparaisons, puissent par exemple prendre la forme de cotes, de tableaux ou même de graphiques.

«Il n’est pas question pour notre gouvernement d’éliminer les pourcentages, les moyennes de groupe et de retourner à ce qu’on a eu au milieu des années 2000, des bulletins avec des symboles ou des émoticones», a tranché le ministre, mercredi matin, aussitôt après en avoir pris connaissance.

Le bref passage du Québec aux bulletins non chiffrés «n’était pas très clair pour les parents», a fait valoir le ministre lors d’une mêlée de presse à l’Assemblée nationale.

«Il faut bien considérer le bulletin comme un outil de communication famille-école. Ce doit être facilement compréhensible et je pense que les notes et les pourcentages sont facilement compréhensibles pour les parents.»

Le Conseil estime de son côté que le phénomène qu’il qualifie de course aux notes décourage les élèves les plus faibles et les empêche d’accéder aux programmes contingentés au cégep et à l’université. Il ajoute que les notes créent aussi de l’anxiété.

Le ministre rétorque que le bulletin «aide les parents à comprendre le niveau de difficulté, le niveau d’exigence des enseignants», rappelant au passage que tous les enseignants n’ont pas le même niveau d’exigence. Selon lui, «le pourcentage de la moyenne de groupe donne une espèce d’outil de référence aux parents. [...] Ça aide les parents à se faire une juste compréhension de la progression de leurs enfants».

Oeuvre utile

Le ministre n’a toutefois pas l’intention de jeter le bébé avec l’eau du bain et n’a donc pas voulu lancer la pierre à l’organisme.

«Le Conseil fait œuvre utile», a-t-il nuancé, ajoutant avoir lu tous les avis du Conseil depuis qu’il est sorti de l’université.

«Ça nourrit la réflexion. C’est réutilisé à plusieurs niveaux, parfois c’est le ministère de l’Éducation, des fois c’est dans les commissions scolaires, même dans les écoles. Ça ramène des sujets sur la table. Ça force les gens à se remettre en question», a-t-il fait valoir.

Même si son gouvernement rejette la recommandation sur les bulletins, «ça ne veut pas dire que le rapport en lui-même n’est pas intéressant», a-t-il dit.

«Je pense que c’est une belle contribution du Conseil supérieur. Je dis simplement que la recommandation qui touche les bulletins, on ne la retiendra pas, mais je ne veux pas dire que le rapport n’est pas utile et ne sera pas utile. Il y a d’autres choses dans le rapport», a fait valoir Jean-François Roberge.

Il a invoqué, pour appuyer ses dires, l’autonomie des institutions et des enseignants : «Les évaluations en cours d’étape, en cours d’apprentissage, peuvent être modifiées, améliorées. Les enseignants sont des professionnels, c’est à eux de choisir. Certains vont peut-être adapter leurs pratiques à la suite de la lecture de ce rapport.»

Le débat sur les bulletins chiffrés n’est pas nouveau au Québec. Ceux-ci avaient été remplacés par des bulletins utilisant différents formats dans la foulée de la réforme pédagogique lancée par le gouvernement du Parti québécois dans les années 90, d’abord sous l’égide du ministre de l’Éducation de l’époque, Jacques Brassard, puis de sa successeure, Pauline Marois.

Les bulletins chiffrés étaient revenus en 2007 alors que la libérale Michelle Courchesne détenait le portefeuille de l’Éducation.

«Dans des domaines d’études comme l’éducation, comme les sciences, il y a des écoles de pensée et c’est normal que le débat revienne à plusieurs égards, a fait valoir le ministre Roberge. Je ne suis pas surpris. Le débat, dans les facultés d’éducation, n’est jamais mort et il ne faut pas que le débat meure. C’est correct de se remettre en question.»