Lisa Thompson, ministre ontarienne de l'Éducation

Élèves autistes en Ontario: la grogne persiste dans le milieu

Dans la tourmente depuis d’un mois en raison des changements apportés au Programme ontarien des services en matière d’autisme, le gouvernement Ford a annoncé lundi à Ottawa l’octroi d’un financement supplémentaire aux conseils scolaires. Une décision qui ne semble toutefois pas apaiser la grogne de plusieurs parents, syndicats et intervenants du milieu.

De passage au Centre Shaw en marge d’un congrès annuel d’enseignants, la ministre de l’Éducation Lisa Thompson a révélé que la province offrira à tous les conseils scolaires un montant d’en moyenne 12 300 $ pour chacun des élèves atteints de troubles du spectre de l’autisme (TSA) qui intégrera le système d’ici la fin de l’année scolaire, en juin.

Cette annonce, effectuée avec un accueil unilingue anglophone aux médias de la région, survient alors que la ministre de l’Enfance et des Services sociaux et communautaires, Lisa MacLeod, fait l’objet de virulentes critiques depuis qu’elle a indiqué que le programme ontarien pour l’autisme ferait l’objet d’une réforme, laquelle doit entrer en vigueur le 1er avril. Des centaines de personnes ont d’ailleurs manifesté à l’extérieur de Queen’s Park jeudi dernier pour démontrer leur mécontentement face à ces modifications, qui, à leur avis, priveront des enfants de leurs traitements. Sa démission a entre autres été réclamée par l’opposition officielle, puisque certains allèguent qu’elle aurait fait des pressions sur un organisme dans le but qu’il soutienne publiquement les changements annoncés. Mme MacLeod a depuis offert ses excuses.

En vertu du plan « Améliorer le soutien à l’éducation » annoncé lundi, le ministère financera entre autres un cours de qualification additionnelle relatif aux TSA pour les enseignants, en plus d’élargir les programmes de développement des compétences après l’école pour les élèves atteints de TSA en versant des fonds aux 72 conseils scolaires.

La Fédération des enseignantes et des enseignants de l’élémentaire de l’Ontario (FEEO), qui représente 78 000 membres à travers la province, persiste et signe en exhortant le gouvernement à « repenser sa décision irréfléchie sur le Programme ontarien de l’autisme ».

« Les enseignants ne sont ni des spécialistes de l’ABA, ni ne devraient l’être. Au lieu de fournir davantage de fonds aux aides-enseignants formés à l’analyse comportementale appliquée (ABA) et aux orthophonistes pour travailler avec des élèves autistes, le gouvernement a choisi de confier ces responsabilités aux enseignants », affirme le président du syndicat, Sam Hammond.

Il ajoute qu’alors que le ministère offrira une enveloppe de 12 300 $, beaucoup d’enfants autistes ont besoin de traitements annuels dont la valeur varie entre 50 000 et 100 000 $.

La députée d’Ottawa-Vanier, Nathalie Des Rosiers, croit aussi que les progressistes-conservateurs doivent faire marche arrière dans ce dossier.

« Il est temps que les ministres Thompson et MacLeod changent de cap sur l’autisme. L’Ontario a besoin d’un plan qui offre aux étudiants et aux enseignants un soutien adéquat », a-t-elle écrit sur Twitter.

Pour le président de l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO), Denis Chartrand, l’annonce de lundi est une « bonne nouvelle » mais beaucoup de choses restent à clarifier.

« L’annonce de février dernier avait causé bien de l’inquiétude chez les conseils scolaires, alors là c’est un pas dans la bonne direction. Ça précise un peu les choses. Ce qu’il faudra préciser, c’est de savoir si les 12 300 $ seront suffisants, entre autres avec la question du transport. On se réjouit de voir que les fonds ne sont pas coupés, mais on aimerait bien qu’ils soient haussés », lance-t-il.

Ni Autisme Ontario ni la Société franco-ontarienne de l’autisme n’ont répondu aux appels du Droit.