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Les professionnels en éducation ne semblent pas satisfaits de leurs conditions de travail.
Les professionnels en éducation ne semblent pas satisfaits de leurs conditions de travail.

Éducation: un professionnel sur trois songe à quitter son emploi 

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
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Des orthopédagogues aux psychologues en passant par les conseillers en orientation ou les travailleurs sociaux, un professionnel de l'éducation sur trois en Outaouais songe à délaisser son emploi en raison notamment de la lourdeur de la tâche. Parmi ceux qui ont exprimé ce désir, près d'un sur deux (49%) préférerait même occuper un emploi similaire dans le secteur privé, apprend-t-on.

Ces résultats ressortent d'une enquête réalisée par le Syndicat du personnel professionnel du milieu scolaire de l’Outaouais (SPPMSO-CSQ), affilié à la Fédération des professionnelles et professionnels de l’éducation du Québec (FPPE-CSQ), auprès de plus de 200 membres oeuvrant dans les quatre centres de services scolaires francophones de la région.

Si l'ampleur de la tâche est la raison numéro un invoquée par les répondants (68%) qui songent à délaisser leur emploi, le manque de reconnaissance suit pas très loin derrière (61%). Le salaire fait aussi partie du lot des réponses.

La présidente du SPPMSO-CSQ, Annie St-Pierre, juge ces statistiques très préoccupantes.

«Ça ne fait que confirmer ce que j'entends. Quand j'ai vu les données, je me suis posé la question: est-ce qu'on perd vraiment des gens ou ce sont des gens qui manifestent leur questionnement à savoir s'ils veulent rester dans le réseau. En fouillant un peu, on peut voir que depuis quatre ou cinq dernières années, certains quittent pour la fonction publique, d'autres avaient débuté des contrats qu'on espérait pérenniser mais finalement ils quittent ensuite pour l'Ontario. Dans d'autres cas, il y a des enseignants qui deviennent conseillers pédagogiques, par exemple, mais une fois qu'ils voient la tâche, ils se disent que c'est du pareil au même et préfèrent revenir à la case départ. Plus d'une trentaine de gens qui venaient de débuter ont quitté rapidement depuis cinq ans», lance-t-elle.

Dans le sondage, 79% des répondants de l'Outaouais ont indiqué que seuls les élèves qui présentent les problèmes les plus urgents réussissent à avoir accès aux services, alors que six professionnels sur dix (62%) disent ne pas avoir le temps nécessaire pour faire des interventions préventives. De plus, 74% d'entre eux reconnaissent qu'il leur est impossible de faire le nombre de suivis qu'ils jugent requis.

«C'est très inquiétant pour les enfants mais aussi pour les enseignants qui ont besoin du soutien des professionnels, et ce autant pour les élèves qui ont des problématiques graves que ceux qui pourraient en développer et qu'on souhaite prévenir. En plus, en cette période de pandémie, il y a eu multiplication du nombre d'élèves qui ont besoin de soutien. Les professionnels me disent qu'ils ressentent un le même effet que le délestage en santé: on est tellement occupés à éteindre de plus gros feux qu'on finit par reporter l'aide pour d'autres pour qui c'est jugé moins prioritaire. Il y a par exemple beaucoup de problèmes liés à la motivation», explique Mme St-Pierre.

Selon cette dernière, lorsqu'on réussit à intervenir auprès d'un élève, il est souvent trop tard et on ne fait que «saupoudrer» des pistes de solutions, sans avoir plus de temps à consacrer à l'accompagnement. 

Plus d'un répondant à l'enquête sur deux en Outaouais (57%) attribue la surcharge de travail au manque de ressources professionnelles dans tous les corps d'emploi, alors que 66% d'entre eux estiment que le manque de ressources professionnelles est causé par l'incapacité à combler les postes vacants. Une proportion plus faible (53%) pointe du doigt le taux de rétention. 

«Depuis 15 ans, dans la région, le nombre de professionnels dans nos milieux diminue, alors qu'on ouvre des écoles. La tendance n'augure rien de bon», lance la présidente du syndicat.


« Tous les gens veulent le mieux possible, mais il y a un grand malaise. Il va falloir qu'il se passe quelque chose en éducation. »
Annie St-Pierre, présidente du syndicat

Pour citer un exemple de situation à déplorer, celle-ci mentionne qu'à la suite d'une initiative du ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, des élèves sont référés vers des psychologues qui pratiquent au privé et sont payés 100$ l'heure. À titre comparatif, les psychologues en milieu scolaire gagnent deux fois moins (49$). 

«Ils étaient catastrophés quand il y a eu cette annonce. Pendant ce temps, on a des chaises vides depuis des années dans nos centres de services scolaires», déplore-t-elle.

Alors que les employés du secteur public sont sans contrat de travail depuis un an et que les syndicats dont la CSQ jugent que les négociations «piétinent», rappelons qu'en janvier dernier, les membres du SPPMSO ont voté pour un mandat de grève de cinq jours à exercer au moment opportun. 

Il y aura entre autres débrayage mercredi matin dans les établissements du Centre de services scolaire des Hauts-Bois-de-l'Outaouais et de la Commission scolaire Western Québec. D'autres actions sont à venir en Outaouais, prévient-on.