Près de 160 manifestants ont été encerclés et arrêtés par l'escouade antiémeute sur la promenade du Lac-des-Fées, en avril 2012.

Du jamais-vu à l'UQO

Affrontements avec l'escouade antiémeute, arrestations de masse, coups de matraque, blessures. L'Université du Québec en Outaouais (UQO) n'avait jamais rien connu de tel avant ces jours d'avril 2012 qui font désormais partie de l'histoire.
L'actuelle présidente du syndicat des professeurs (SPUQO), Louise Briand, siégeait à l'époque à l'exécutif à titre de conseillère. Elle se rappelle que lorsque le mouvement de grève étudiante a pris naissance ailleurs en province, rien ne laissait présager que la population étudiante de l'UQO s'y joindrait avec autant de force.
« Cette mobilisation-là a surpris tout le monde, en particulier en Outaouais, où on n'a pas vraiment l'habitude d'observer de phénomènes de la sorte ici », souligne-t-elle.
Avant même que l'Association générale des étudiants de l'UQO soumette une résolution de grève à ses membres, les professeurs avaient donné leur appui aux groupes dénonçant la hausse des droits de scolarité de 1625$ sur cinq ans que voulait imposer le gouvernement.
En vigueur depuis le 26 mars, la grève se déroulait calmement. L'injonction obtenue par un groupe d'étudiants pour forcer l'UQO à offrir ses cours « de façon normale » a tout fait basculer. Le 16 avril, environ 200 étudiants ont défié l'injonction en barricadant les entrées du pavillon Alexandre-Taché.
Le lendemain, des grévistes ont bloqué une partie du boulevard Alexandre-Taché. À l'intérieur, « des cadres supérieurs se promenaient avec chacun un escadron de six policiers pour trouver les éléments perturbateurs », raconte Mme Briand.
C'est ce jour-là que le professeur Thibault Martin a été arrêté, dans un corridor de l'UQO, pour entrave au travail des policiers appelés sur place pour faire respecter l'ordre de la cour.
En janvier 2016, une arbitre avait ordonné à l'UQO de verser 25 000$ au professeur en soulignant que le recteur de l'époque, Jean Vaillancourt, avait commenté son arrestation malgré le fait qu'il «ne savait rien de la conduite de M. Martin et des circonstances de son arrestation». 
Le 18 avril, quelque 160 manifestants encerclés par l'escouade antiémeute sur la promenade du Lac-des-Fées sont arrêtés pour avoir entravé la circulation. Le lendemain, des grévistes débarquent de Montréal pour soutenir les étudiants de l'Outaouais. Sur la ligne de front, près d'une entrée du pavillon Lucien-Brault, les policiers répondent à coups de matraque. Deux personnes subissent des lacérations à la tête.
Une centaine de manifestants ont réussi à entrer dans la cafétéria du pavillon. Louise Briand se trouvait à l'intérieur, un peu plus loin. « Les policiers nous disaient 'barricadez-vous dans vos bureaux'. C'était complètement fou. [...] On ne savait pas ce qui se passait. J'ai voulu aller voir, mais je me suis fait dire de partir de là. »
Les membres de l'exécutif syndical ne s'entendaient pas sur la manière de réagir à ce qui se passait. « C'est un exécutif qui était très déchiré sur la question de la grève, il y avait des idéologies qui s'opposaient », se souvient Mme Briand, qui est devenue présidente en mai 2012.
Le recteur de l'époque, Jean Vaillancourt, a été critiqué pour sa gestion de la crise et pour avoir appelé les policiers sur le campus. Sa démission a été réclamée par le SPUQO.
Lorsque la crise s'est déplacée au Cégep de l'Outaouais, Louise Briand a été impressionnée par le directeur général, Frédéric Poulin. « Je l'ai vu de mes yeux vu repousser les policiers sur le trottoir, se souvient Mme Briand. On aurait aimé ça l'avoir [à l'UQO].
Quand elle repense à tout ce qui s'est passé ce printemps-là, Mme Briand ressent «des frissons» en se remémorant toute la peur - «beaucoup de peur» - qui régnait.
La crise à l'UQO
26 mars: Début de la grève, à la suite d'un vote tenu trois jours plus tôt.
29 mars au 2 avril: Suspension des activités par l'UQO.
3 et 11 avril: Renouvellements du mandat de grève.
13 avril: La Cour supérieure émet une injonction pour forcer l'UQO à offrir ses cours à compter du 16 avril.
16 avril: L'UQO tente, en vain, de faire lever l'injonction.
Des manifestants barricadent
les entrées du pavillon Alexandre-Taché.
17 avril: Le professeur Thibault Martin est arrêté pour entrave au travail des policiers. Des grévistes bloquent une partie du boulevard Alexandre-Taché.
18 avril: En matinée, des grévistes ayant réussi à entrer dans le pavillon Alexandre-Taché sont expulsés par les policiers. Quelque 160 manifestants encerclés par l'escouade antiémeute sur la promenade du Lac-des-Fées sont arrêtés et reçoivent des constats d'infraction.
19 avril: Des grévistes arrivent de Montréal. Des rues sont bloquées, des coups de matraque sont donnés, du poivre de Cayenne est utilisé. Environ 150 personnes sont arrêtées. Des manifestants réussissent à occuper la cafétéria du pavillon Lucien-Brault.
26 avril: La grève est reconduite.
27 avril: L'injonction est reconduite jusqu'au 4 mai.
6 septembre: Nouveau vote; la grève prend officiellement fin.