Le Rapport sur la santé mentale et le mieux-être 2020 de l’Université d’Ottawa souligne que, malgré les améliorations, les services sont encore bien méconnus des étudiants.

Disponibilité des ressources en santé mentale à l'Ud'O: le strict minimum

Lorsqu’on lui demande quels services devraient être offerts par une université en matière de santé mentale, Dr Jessie Bossé répond qu’«au minimum, il devrait y avoir des personnes-ressources disponibles sur le campus en tout temps» et que «l’université fasse les efforts pour que ces services soient bien connus».

Au cours des dernières années, on peut dire que l’Université d’Ottawa a travaillé à bien livrer ce «minimum». Le Syndicat étudiant de l’Université d’Ottawa (SÉUO) a soumis une cotisation spéciale pour financer les services de counseling et d’accompagnement du Service d’appui au succès scolaire (SASS) à un référendum l’an dernier. L’institution s’était engagée à égaler la contribution des étudiants.

Lors de sa conférence de presse du 11 février, le recteur, Jacques Frémont, insistait pour dire qu’il «ne faut pas croire tout ce qui est écrit sur les médias sociaux» et que la clinique de counselling sans rendez-vous, de son côté, livre la marchandise depuis l’embauche de six nouveaux conseillers en santé mentale l’année dernière.

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Vers une université plus accommodante?

«Avant, il fallait attendre des semaines et même des mois avant de rencontrer un conseiller. En janvier, il n’y a pas eu un étudiant qui s’est rendu au SASS et qui a dû attendre. C’est un walk-in et ils ont tous été vus le jour même», souligne de son côté le commissaire à la revendication du SÉUO, Sam Schroeder.

Éliminer ces files d’attente est particulièrement important en milieu universitaire, soutient Dr Bossé.

«Pour un étudiant à l’université, une liste d’attente de quelques semaines, par exemple, c’est un semestre complet, explique la psychologue. Ça bouge extrêmement vite et ces erreurs peuvent avoir un impact ‘impardonnable’ sur leur carrière académique. Ça te suit le reste de tes études.»

Mieux communiquer

Le Rapport sur la santé mentale et le mieux-être 2020 de l’Université d’Ottawa — rendu public le mois dernier — souligne que, malgré les améliorations, les services sont encore bien méconnus des étudiants.

«Un des grands problèmes, c’est que nous n’avons pas encore bien communiqué les choses qui ont été mises en place, croit M. Schroeder. Si les étudiants savaient qu’il n’y a plus de file d’attente au SASS, ils seraient très surpris. La majorité d’entre eux, je pense, ne connaissent pas le programme Empower me [ligne téléphonique offerte par le SÉUO qui permet d’obtenir du counselling en moins de deux jours].»

Représentant de la Faculté des sciences sociales au conseil d’administration du SÉUO, Tim Gulliver souligne de plus que certains propos du recteur au cours des dernières semaines ont été mal reçus par bon nombre d’étudiants. Durant un forum public sur l’enjeu de la santé mentale — tenu quelques jours après la mort d’un cinquième étudiant en moins d’un an — et dans ses communications au vocabulaire répétitif pour annoncer le décès d’un étudiant, par exemple.

«En réponse à une question concernant les suicides sur le campus, il a dit quelque chose comme: ‘Il y aura d’autres suicides sur le campus, on ne peut rien faire contre ça, mais on peut faire mieux sur ci et ça’, relate M. Gulliver. Je suis d’accord que le recteur ne peut empêcher quelqu’un de s’enlever la vie, mais dire ça à une salle d’étudiants, c’est un manque d’empathie face à la situation.»

«On leur a dit, ils ne nous écoutent pas. Les courriels qu’ils écrivent [pour annoncer un suicide] sont insensibles et ne mettent pas en valeur la vie de la personne décédée», affirme l’étudiant et cofondateur du Collectif pour la santé mentale uOttawa, Maxime Lê.

L’Université d’Ottawa a toutefois des pistes de solutions pour mieux partager l’information sur les services disponibles élaborée dans son Rapport sur la santé mentale, notamment la création d’une signature visuelle pour la promotion des services et la création d’un «guichet unique» en ligne pour obtenir de l’information.

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Du côté d’Ottawa, vous pouvez aussi appeler la ligne de crise en santé mentale d’Ottawa en composant le 613-722-6914.