Les sœurs Any-Claude et Marie-Noël Carrier, enseignantes depuis plus de vingt ans à l’école primaire Providence/J.M.-Robert, à Saint-André-Avellin
Les sœurs Any-Claude et Marie-Noël Carrier, enseignantes depuis plus de vingt ans à l’école primaire Providence/J.M.-Robert, à Saint-André-Avellin

Deux nouvelles cours d’école pour la rentrée à Saint-André-Avellin

Benoit Sabourin
Benoit Sabourin
Le Droit
Si la rentrée avait quelque chose d’exceptionnel cette année pour les enfants, en raison de la pandémie de la COVID-19 et des mesures sanitaires qui définissent désormais la nouvelle « normalité » du quotidien scolaire, les élèves de l’école primaire Providence/J.M.-Robert, à Saint-André-Avellin, dans la Petite-Nation, ont vécu des chamboulements un peu plus réjouissants ces derniers temps. Ils ont maintenant accès à deux nouvelles cours de récréation complètement modernisées, un chantier qui a coûté 250 000 $ à réaliser et qui a nécessité une mobilisation sans précédent de la part de la communauté. Entrevue avec les porteuses de ce projet, les sœurs Any-Claude et Marie-Noël Carrier, qui sont enseignantes depuis plus de vingt ans au sein de l’établissement de la rue Villeneuve.

Après quatre ans d’efforts, les travaux de réfection des deux cours de l’école primaire Providence/J.M.-Robert ont été exécutés durant la période estivale. Le fruit du projet a été présenté en grande pompe au public, jeudi matin, lors d’une inauguration officielle.

Grâce aux 136 000 $ recueillis auprès de la communauté et à une aide financière de 50 000 $ obtenue de la part du ministère de l’Éducation du Québec, l’école primaire de Saint-André-Avellin a pu se procurer de nouvelles structures de jeux, revitaliser son mobilier existant, procéder à la plantation de plusieurs d’arbres afin d’aménager des zones ombragées et mettre en place une classe verte extérieure. Le Centre de services scolaire au Coeur-des-Vallées, en injectant 64 000 $ dans le projet, a permis l’asphaltage à neuf des lieux.

Pour un village rural comme Saint-André-Avellin, qui ne dispose pas d’une multitude d’infrastructures dédiées à la jeunesse et qui ne possède pas de parc municipal dans ce secteur de son territoire, les cours de l’école Providence/J.M.-Robert - laquelle se divise en deux pavillons pouvant accueillir tous les niveaux du primaire de même que les élèves de première et deuxième secondaire — sont bien plus que de « simples cours d’école », souligne Any-Claude Carrier qui a démarré ce projet de revitalisation en 2016, après avoir accompagné son fils dans un tournoi de soccer à Toronto. Ce sont des infrastructures qui servent à toute la population en dehors des heures de classe, les soirs, les fins de semaine et durant la période estivale, rappelle-t-elle.

« Je suis beaucoup attirée par les écoles des autres villes et quand j’ai vu le parc de cette école de Toronto, j’étais vraiment émerveillée et je me disais que les enfants de cet endroit étaient chanceux d’avoir de belles infrastructures. Quand je suis revenue ici, j’ai parlé de ça à ma directrice et c’est là qu’elle m’a parlé d’une mesure gouvernementale qui permettait d’obtenir une aide financière jusqu’à concurrence de 25 000 $ par immeuble, si nous on ramassait 50 000 $. On a complété les demandes et on a décidé d’embarquer pour 50 000 $ », raconte Any-Claude Carrier.

L’enseignante de maternelle a alors lancé un appel à sa sœur, Marie-Noël. Avec le soutien de Loisir sport Outaouais, les deux femmes ont mis sur pied un comité de mobilisation. Elles ont ensuite cogné aux portes des organismes du milieu et des entreprises privés du territoire de Saint-André-Avellin. La Municipalité a été approchée. Les enfants de l’établissement ont été mis à contribution. Les parents des enfants ont aussi grandement participé au succès du projet. De fil en aiguille, le tout a pris de l’ampleur.

« Comme nous travaillions les deux dans l’immeuble Providence, au départ, on voulait faire seulement une demande d’aide financière, mais quand on a vu que ça fonctionnait très bien, on a décidé de remplir une deuxième demande pour faire les deux cours », lance Marie-Noël.

Les deux enseignantes n’ont pas chômé en quatre ans. Avec leur famille — elles sont chacune mères de trois enfants — et leur conjoint, elles ont organisé des dizaines de soirées cinéma à l’école, les soirs de fin de semaine, pour récolter de l’argent, sans compter les nombreuses soirées de danse et de disco les vendredis. Elles ont tendu la main aux gens d’affaires de la région. Chaque occasion était bonne pour alimenter la campagne de financement. « Les dentistes du village nous ont même commandité des brosses à dents. On nous a fourni les brosses à dents pour qu’on puisse les vendre et ç’a vraiment bien marché », lance en exemple Any-Claude.


« Nous sommes une petite communauté où tout le monde se connaît. Les gens se sentent tellement impliqués. »
Anny-Claude Carrier

Une communauté « tissée serrée »

Plusieurs parents et même des entrepreneurs de la région ont offert de leur temps gratuitement pour effectuer des travaux sur les deux sites. « On parle de 250 000 $ en argent, mais ce serait un projet beaucoup plus cher si ce n’était pas de toutes les heures de bénévolat qui nous ont été données », affirme sans détour Anny-Claude, qui ajoute que cette mobilisation a pu se concrétiser grâce à la particularité des Avellinois d’être « tissés serrés ».

« Nous sommes une petite communauté où tout le monde se connaît. Les gens se sentent tellement impliqués. Ils savent qu’ils vont venir pour utiliser les installations et s’ils n’ont pas d’enfants, ce sont les neveux, les voisins, les nièces, les cousins qui vont en bénéficier. Tout le monde avait le goût d’embarquer dans notre projet », souligne-t-elle.

Les deux sœurs ont aujourd’hui une immense pointe de fierté dans la voix quand elles parlent de cette revitalisation des cours de récréation de l’école Providence/J.M.-Robert, d’autant plus que leur attachement envers cet établissement remonte à bien longtemps.

« Le sentiment d’appartenance est fort ici à Saint-André-Avellin. Notre père était directeur ici et notre mère était enseignante ici. Les deux (moi et Any-Claude), on se retrouve ici et nous enseignons ici. C’est notre maison l’école », conclut Marie-Noël.