Avec des affiches de pommes sur lesquelles était inscrit «Je veux mon école», quelques dizaines de personnes se sont réunies mercredi soir au parc de Roberval pour rappeler à quel point l'heure est venue d'avoir une réponse positive.
Avec des affiches de pommes sur lesquelles était inscrit «Je veux mon école», quelques dizaines de personnes se sont réunies mercredi soir au parc de Roberval pour rappeler à quel point l'heure est venue d'avoir une réponse positive.

Des citoyens gatinois mobilisés pour «une construction, deux écoles»

La pression s'accentue sur le ministère de l'Éducation pour qu'il donne son aval dès cet été à la construction d'une école primaire réclamée depuis quelques années dans le secteur Bellevue Nord, à Gatineau, sachant que le feu vert pourrait se traduire par la concrétisation non pas d'un mais de deux projets.

Après la pétition parrainée par le député Robert Bussière qui avait recueilli près de 1100 signatures sur le site de l'Assemblée nationale, la mobilisation citoyenne prend de l'ampleur avec la création du mouvement appelé «Une construction, deux écoles». C'est que l'approbation de Québec pour le futur établissement de 400 places qui serait érigé dans le secteur du chemin Chambord, au nord de l'autoroute 50 et à l'ouest du boulevard Lorrain, permettrait par le fait même de donner naissance à un autre établissement attendu: la première école publique alternative en sol gatinois.

Avec des affiches de pommes sur lesquelles était inscrit «Je veux mon école», quelques dizaines de personnes se sont d'ailleurs réunies mercredi soir au parc de Roberval pour rappeler à quel point l'heure est venue d'avoir une réponse positive.

«C'est un deux pour un intéressant. Ce sont deux projets interdépendants, qui ont tous deux leur raison d'être. On relance le mouvement pour démontrer que le besoin est réel, autant pour l'école alternative que l'école de quartier. On a jusqu'à la mi-août pour que le sujet fasse jaser à Gatineau», lance la porte-parole du comité exécutif de Projet alternatif Gatineau, Véronique Martin.

Véronique Martin

Cinq écoles différentes pour un seul quartier

Le Centre de services scolaire des Draveurs (CSSD) appuie officiellement le projet d'école alternative depuis qu'il a entériné une résolution de l'ex-conseil des commissaires à ce sujet en février. Or, la réalisation de ce projet est conditionnelle à la livraison d'une nouvelle école dans Bellevue Nord, car on a décidé que les quelque 300 élèves de ce quartier seront réunis dès septembre sous le même toit, dans l'édifice Brébeuf, sept kilomètres plus au sud; et c'est ce même immeuble qui a été identifié pour accueillir la future école alternative. 

Après avoir essuyé des refus en 2018 et 2019 pour la construction d'une 27e école primaire sur son territoire, le CSSD espère que cette fois-ci sera la bonne. 

«Le contexte actuel se prête très bien à cela. Ça nous prend cette nouvelle école-là. Lors de notre consultation avec les citoyens, ils nous ont rappelé que ça fait plus de dix ans qu'il n'y a pas d'école dans ce secteur. On est rendu à un point où les enfants (du quartier) fréquentent cinq écoles différentes. Non seulement ton voisin n'est peut-être pas à la même école que toi, mais les autres enfants de la rue peuvent être ailleurs. Ça n'a pas de bon sens, évidemment. On a donc voulu utiliser l'édifice Brébeuf (qui sera renommé) pour en faire leur école, le temps que la nouvelle soit construite. Ça va au moins permettre de créer un sentiment d'appartenance pour que les enfants et les parents se connaissent. C'est ça, la vie de quartier, je ne pense pas qu'on puisse continuer comme ça plusieurs années», affirme la directrice générale, Manon Dufour.

Manon Dufour

Cette dernière estime qu'une approbation dans les prochaines semaines pourrait bien rendre possible une ouverture possible des deux écoles (Bellevue Nord et alternative) à la rentrée 2022.

Disant qu'elle compte refaire la demande l'an prochain advenant une réponse négative parce qu'il «est essentiel que les enfants de ce quartier aient leur école», Mme Dufour répète qu'on a la chance de travailler en amont dossier, sachant que le promoteur immobilier CDM Construction, qui souhaite développer un quartier de 1200 portes dans ce secteur, a accepté de donner une parcelle de son terrain au CSSD. 

«Ce que je souhaite, c'est qu'on soit proactif, on est au coeur d'un développement. Sinon, on va se retrouver un peu comme ce qui est arrivé avec l'école du Cheval-Blanc et finir dans un parc, un terrain pas tout à fait propice pour la construction. On pourrait développer les maisons autour du quartier, de l'école. On peut développer une vision à long terme pour ce quartier, tout le monde est mobilisé pour en faire un exemple de développement futur», dit-elle.

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Le conseiller municipal Pierre Lanthier, qui répète depuis le jour 1 qu'il est derrière ce projet, tient à spécifier que le maire Maxime Pedneaud-Jobin a signé une lettre d'appui pour cette nouvelle construction.

«Je vois d'un bon oeil le fait qu'on unit nos forces pour faire une certaine pression, c'est toujours bon d'avoir plus de monde derrière de tels projets. Le député (Bussière) est 150% derrière nous, on se parle régulièrement. Plus on met de cartes dans notre jeu, plus ça pourra inciter M. Roberge (ministre de l'Éducation) à faire une annonce. Il y a déjà un nombre suffisant d'enfants pour remplir l'école, qui devrait principalement être composée de marcheurs. On est rendu à 1150 maisons dans ce secteur. Il y a tellement d'avantages à avoir une école à cet endroit plutôt que là où elle sera en septembre», note l'élu du quartier. 

L'édifice du 385 rue Brébeuf accueillera la future école alternative.

Engouement pour l'école alternative 

Concédant que le concept gagne en popularité partout en province, la directrice générale du CSSD s'avoue impressionnée par le sérieux de la démarche du regroupement en faveur d'une école alternative à Gatineau.

«C'est un peu comme l'école internationale ou d'autres types de programmes. Je pense que c'est important d'avoir une offre de services qui répond aux besoins des parents. On l'a vu dans la mobilisation, on voit que plusieurs souhaitent y envoyer leur enfant. Je suis allée voir ce qui se passait à Saint-Jérôme et j'ai été très satisfaite des réponses que j'ai eues. J'ai parlé à une direction, à un parent et à un enseignant, tous les trois étaient emballés par le projet», lance-t-elle.

Réitérant que l'engouement ne s'essouffle pas, Véronique Martin croit qu'il est grandement temps «pour la quatrième ville en importance au Québec d'avoir son école publique alternative, alors qu'il y en a dans presque toutes les régions administratives».

L'automne dernier, un sondage effectué par le groupe avait permis de conclure que 389 enfants issus de 215 familles auraient été inscrits à l’école alternative si elle avait été ouverte.

Le concept d’école alternative offre aux enfants « un environnement éducatif différent, basé sur des valeurs humanistes et prônant l’expression de la créativité, de l’innovation et de la coopération », selon le Réseau des écoles publiques alternatives du Québec. Il n’y a ni sélection d’élèves ni examen d’admission et les parents sont invités à s’impliquer activement « en tant que co-éducateurs et co-gestionnaires ». 

Les investissements de Québec pour les projets d'écoles seront annoncés en août, selon nos informations.