Phénomène un peu méconnu, le quart des étudiants qui commencent des études universitaires n’obtiendront jamais leur diplôme au Canada.

Décrochage universitaire: des étudiants sous pression

Phénomène un peu méconnu, le quart des étudiants qui commencent des études universitaires n’obtiendront jamais leur diplôme au Canada. Une importante proportion d’entre eux ne se rendent d’ailleurs même pas à la deuxième année de leur baccalauréat.

Dans un rapport de 2011, le ministère de l’Éducation du Québec notait que le taux de réussite moyen dans les programmes de baccalauréat avait augmenté de façon importante de 1988 (55,9 %) à 2009 (67,6 %). 

Mais c’est encore près d’un étudiant sur trois qui ne termine pas son baccalauréat, dont près de la moitié abandonne avant la fin de leur première année d’études.

« La problématique du décrochage universitaire, c’est complexe. Il y a des variables au niveau institutionnel, des variables personnelles, au niveau familial. C’est extrêmement complexe. », explique Jérôme St-Amand, professeur en éducation de l’Université du Québec en Outaouais (UQO).

Selon M. St-Amand, il est inévitable que certains étudiants ne terminent pas leur parcours universitaire. 

Que ce soit une mère monoparentale qui doit travailler pour subvenir aux besoins de ses enfants ou un jeune dans la vingtaine qui, après avoir goûté à la vie universitaire, choisit de se tourner vers une formation professionnelle qui répond mieux à ses intérêts, les facteurs personnels pouvant mener à cette décision sont multiples.

« Je voudrais que tous ceux qu’on recrute, on soit en mesure de les faire graduer, mais il y a plein de choses qui arrivent dans la vie des étudiants qui font en sorte que certains ne restent pas ici après un an, mais ils réussissent peut-être très bien dans un autre parcours de vie aussi », affirme la registraire de l’Université d’Ottawa, Sonia Cadieux.

Jérôme St-Amand ajoute que deux facteurs récents compliquent la lutte au décrochage universitaire, soit la pénurie de main-d’œuvre et l’endettement des étudiants.

« Les étudiants aujourd’hui sont sous pression, ils ont de multiples obligations, explique le professeur de l’UQO. Les étudiants sont endettés, ils veulent travailler, mais en même temps, ils voient les conséquences néfastes sur leurs études, mais ils sont pris dans ce cercle dynamique. »

« C’est très courant qu’il manque des étudiants dans nos classes, puisqu’ils préfèrent faire de l’argent rapide plutôt que de venir en classe. Ce que ça peut causer, ce sont des retards importants sur le plan académique et de diplomation », ajoute M. St-Amand.

Rôle de l’institution

Bien que des facteurs personnels peuvent mener à l’abandon des études universitaires, les institutions d’enseignement supérieur ont tout de même un rôle à jouer pour favoriser la persévérance, selon la professeur du département des sciences de l’éducation et présidente du Syndicat des professeurs de l’UQO, Stéphanie Demers.

« Une fois que l’offre de programmes est attrayante, que l’étudiant s’est inscrit et qu’il est admis, la prochaine étape en fin de compte c’est : est-ce que son expérience est cohérente avec les attentes qu’il avait de ce programme lorsqu’il a fait sa demande d’admission ? », explique Mme Demers.

« Est-ce que l’institution est capable de donner des services et du soutien suffisant aux étudiants tout au long de leur parcours scolaire ? Est-ce qu’il y a, par exemple, de l’aide psychologique ? Est-ce que les professeurs sont suffisamment disponibles ? Est-ce qu’il y a trop d’étudiants par classe et ça devient extrêmement impersonnel ? », renchérit Jérôme St-Amand.