Yves Lamontagne, président du conseil d’établissement, Caroline Petit-Turcotte et Valérie Savard.

CSPO: tannés «qu’on joue à Tetris» avec les familles

Irrité de savoir qu’une épée de Damoclès est suspendue au-dessus de la tête de nombreuses familles année après année en raison du surpeuplement de l’institution, le conseil d’établissement de l’école primaire de l’Amérique-Française, dans le secteur Aylmer, réclame l’installation de classes modulaires dans les plus brefs délais.

Dans une lettre adressée à la Commission scolaire des Portages-de-l’Outaouais (CSPO) le 15 mai dernier, les membres du conseil suggèrent que cette avenue soit sérieusement analysée en vue de la prochaine rentrée scolaire. On souhaite ainsi à tout prix éviter le déplacement de 97 élèves menacés d’être redirigés dès la fin de l’été vers l’école des Rapides-Deschênes, six kilomètres plus loin. Les familles concernées ont été avisées à la mi-avril. L’école ouverte depuis 2014 compte environ 800 élèves, surpassant de 20 % sa capacité d’accueil.

Le conseil d’établissement est d’avis que l’ajout de classes modulaires, un investissement d’environ 100 à 150 000 $ l’unité par année, permettrait de stabiliser la situation et constituerait une solution à court et moyen terme à la problématique de débordement de l’école. D’autant plus, dit-on, que le projet de la maternelle 4 ans pourrait brouiller les cartes et que les bassins de clientèle sont encore une fois appelés à être redessinés lors de l’ouverture de l’école 036, prévue en 2020.

« Ça nous semble une solution tangible et accessible. On ne veut pas être contre personne, la CSPO n’est pas notre ennemi, mais on veut apporter des pistes de solution. C’est un cauchemar pour les familles. Il y a un coût, et ce coût-là est humain, avec des enfants un peu traumatisés », de dire le président du conseil d’établissement, Yves Lamontagne, qui tient à souligner que la direction de l’école fait un travail hors pair dans le dossier.

Le groupe propose que cette solution soit en place pour une durée d’un à trois ans et que les classes modulaires soient utilisées par les groupes de sixième année, voire même de cinquième année, afin que le tout leur serve de transition vers le secondaire, « où il est fort probable qu’ils auront à composer avec ce type de local ».

Membre du conseil, Valérie Savard croit que la CSPO laisse planer « un sentiment de résignation » face au problème de surpopulation dans les écoles des secteurs du Plateau et Aylmer, si bien qu’elle n’a pas l’impression que des solutions concrètes sont scrutées à la loupe. Trois de ses quatre enfants ont jusqu’ici dû expérimenter de deux à trois changements d’école.

« Il faut se questionner sur l’impact que ça peut avoir à long terme. Est-ce que ça va augmenter le décrochage ? Ou encore la dépression et l’anxiété chez les jeunes ? », s’interroge-t-elle.

Dans la lettre, le conseil d’établissement affirme aussi, entre autres, « que les changements d’école sont associés à des difficultés à établir et à maintenir le lien de confiance élève-école ».

De son côté, Caroline Petit-Turcotte soutient que l’investissement en vaudrait la chandelle, considérant que la CSPO a déjà recours à une telle option sur les terrains de ses écoles secondaires et qu’une telle pratique « est monnaie courante » dans les nouveaux quartiers sur la rive ontarienne.

« Je ne pense pas avoir la certitude qu’ils vont nous dire oui, mais c’est notre devoir d’au moins essayer et d’ouvrir le dialogue. On fait beaucoup d’efforts pour dire aux enfants de bouger et d’avoir de saines habitudes de vie, et on va aller les mettre dans des autobus 30 à 45 minutes deux fois par jour. Des modulaires, ce n’est pas l’idéal, mais c’est mieux que déplacer les enfants chaque année et jouer à Tetris avec les dossiers », déplore-t-elle.

La CSPO a répondu au conseil d’établissement et une réunion entre les deux parties est prévue mercredi.

Par contre, le président Mario Crevier indique de prime abord qu’il est impossible d’aller de l’avant avec un tel projet à temps pour la prochaine rentrée scolaire.

« On en a commandé pour le centre Asticou (Mont-Bleu) et on les aura qu’en août. Ça prend l’autorisation de Québec et on nous demande de s’assurer qu’il n’y a pas de place dans un rayon de 20 kilomètres autour de l’école. À vol d’oiseau, c’est très loin, il y en a de la place », dit-il, ajoutant que l’école des Rapides-Deschênes est à environ 12 minutes en véhicule de l’école de l’Amérique-Française.