Le président de la CSCV, Éric Antoine, explique que cette décision n’a pas été prise de gaieté de coeur mais était inévitable pour préserver des services aux élèves de qualité.

CSCV: des congés accordés au compte-gouttes

La pénurie d’enseignants atteint un tel point à la Commission scolaire au-Coeur-des-Vallées (CSCV) que des dizaines d’enseignants du primaire se voient privés de certains congés sans solde qui leur avaient pourtant été accordés à la fin des classes en juin.

Depuis plusieurs années, bon nombre d’enseignants pouvaient bénéficier, s’ils en faisaient la demande, de congés partiels sans solde, par exemple en réduisant leur semaine de travail à quatre jours. D’autres se retrouvaient devant leur classe neuf jours sur dix. Au total, bon an mal an, entre 10% et 20% du personnel enseignant de la CSCV avait recours à ce type de congés pour des raisons familiales, personnelles ou encore médicales, par exemple. 

Le Syndicat de l’enseignement de l’Outaouais (SEO) déplore la situation, tout en ne niant pas que la pénurie de main-d’oeuvre représente un défi colossal. La frustration des enseignants est surtout attribuable au préavis de très courte durée que la CSCV a donné aux enseignants concernés. 

«Que ce soit systématiquement refusé, c’est une première. Nos membres sont extrêmement déçus, surtout qu’ils ont été avertis un peu à la dernière minute avant la rentrée. Plusieurs prenaient ces congés justement en raison de la lourdeur de la tâche, c’était un peu la façon qu’ils avaient trouvé pour continuer, car il ne faut pas se leurrer, la tâche est colossale. Comme ça implique des heures de travail à l’extérieur de l’école, ça permettait aussi à certains de libérer leurs soirées et leurs fins de semaine. [...] Nous sommes en pourparlers avec la commission scolaire et on espère que certains congés seront quand même accordés après analyse des dossiers, au moins ceux qui étaient pour des motifs médicaux», lance la présidente du SEO, Suzanne Tremblay. 

Cette dernière soutient que cette situation prouve qu’il y a «un réel problème», rappelant au passage que le quart des nouveaux enseignants désertent la profession durant les cinq premières années de leur carrière.

«C’est énorme. Il faut trouver des moyens de valoriser cette profession-là, qui est l’une des plus belles. Ça passe entre autres par de meilleures conditions de travail et le respect de l’autonomie professionnelle des enseignants. Ce sont les experts des salles de classe. [...] J’espère qu’on va pouvoir trouver des solutions pour l’ensemble des gens pour qui cette décision a un impact et cause du stress. Ces enseignants-là avaient organisé leur vie en conséquence pour la prochaine année. C’est un cercle vicieux, on va peut-être se retrouver avec des congés de maladie», ajoute-t-elle.

Le président de la CSCV, Éric Antoine, explique que cette décision n’a pas été prise de gaieté de coeur mais était inévitable pour préserver des services aux élèves de qualité. L’organisation n’était plus en mesure de recruter des enseignants qualifiés pour supplier à ces journées d’absence.   

«C’est triste au préalable, car notre personnel, c’est notre force et on aime l’accommoder dans la mesure du possible. D’ailleurs, on a réussi à le faire dans les années précédentes. On a choisi de prioriser un enseignant pour chaque classe, qu’il n’y ait pas de remplacements dispersés, pour améliorer la qualité de l’enseignement», note-t-il. 

M. Antoine, qui estime lui aussi que tout le monde doit travailler main dans la main pour redorer le blason de la profession d’enseignant, tient toutefois à préciser que les retraites progressives et les congés de maladie de longue durée seront des motifs acceptés par la CSCV. 

Du côté de la Commission scolaire des Draveurs et de la Commission scolaire des Portages-de-l’Outaouais, aucun changement n’est actuellement envisagé concernant la politique des congés partiels sans solde.