La propriétaire de l’Entreprise Mazzola, Elena Mazzola, et le bénévole Jean-Claude Demers œuvrent au sein l’organisme de bienfaisance Faim d’aider, qui sert des repas aux enfants défavorisés.

Contrer la faim de milliers d’élèves

Alors que le Parti québécois s’engage à offrir des lunchs santé à tous les élèves s’il est élu en octobre, des organismes en milieu scolaire sonnent l’alarme. Bien plus qu’un enjeu électoral, l’heure du lunch sonne creux pour beaucoup d’enfants. Dans les écoles primaires de la région d’Ottawa-Gatineau, c’est environ 25 000 élèves qui se rendent en classe sans boite à lunch.

C’est le chiffre avancé par Elena Mazzola, propriétaire de l’Entreprise Mazzola, un traiteur situé sur le chemin Vanier qui sert des repas dans les écoles des deux côtés de la rivière. C’est en découvrant que beaucoup de professeurs et de surveillants du midi payaient de leur poche des repas aux enfants qui avaient faim, que l’entrepreneure a voulu s’impliquer. Elena Mazzola a fondé en 2003 l’organisme de bienfaisance Faim d’aider, qui sert des repas aux enfants défavorisés. Le fonctionnement de l’organisme repose entièrement sur les dons.

L’année dernière, Faim d’aider a servi 4000 repas. Toutefois dans un monde idéal, « il faudrait qu’encore plus de repas soient donnés puisque la demande est beaucoup plus grande », soutient Mme Mazzola.

Bénévole très actif au sein de Faim d’aider, Jean-Claude Demers est convaincu que le retour en classe est synonyme de « un ou deux repas de moins par jour » pour certains élèves.

« Si en première, deuxième ou troisième année primaire, un enfant n’arrive pas à apprendre parce qu’il a le ventre creux, il n’aimera assurément pas l’école et ses chances de succès dans la vie deviennent hautement improbables, mentionne M. Demers. Il est facile d’imaginer qu’un enfant qui ne réussit pas lors de ses premiers contacts avec l’école, ne pourra ensuite que vivre des échecs à répétition qui le marqueront pour la vie. »

Le proverbe latin « Ventre creux n’a pas d’oreilles » illustre bien la problématique à laquelle s’attaque l’organisme de charité.

« J’aime bien cette expression-là puisque ça dit exactement ce que l’on fait. Si les enfants ont le ventre creux, ils n’ont pas d’oreilles pour entendre ce que le professeur leur enseigne », poursuit M. Demers.

Pour atteindre son but, Faim d’aider livre des repas chauds dans les écoles participantes. Le processus se fait tout en gardant l’anonymat des élèves qui ont recours à ce service.

« Les enfants qui n’ont rien à manger reçoivent un repas gratuit en même temps que les autres élèves et de la même manière que les autres pour lesquels les parents ont payé le repas. C’est un anonymat impeccable puisque personne ne sait qui a payé et qui n’a pas payé, sauf les professeurs qui ont identifié les enfants dans le besoin. Ça évite l’intimidation et la gêne », explique M. Demers.

Faim d’aider doit cependant se buter à deux enjeux majeurs. L’insuffisance de fonds et le manque de bénévoles. L’organisme se voit donc dans l’incapacité de subvenir aux besoins de ces enfants défavorisés tous les jours de la semaine scolaire.

« On aimerait vraiment ça donner de la nourriture à ces élèves cinq jours par semaine, mais pour l’instant on doit se contenter de leur en offrir trois repas par semaine, souligne M. Demers. On a besoin d’aide et de bénévoles pour siéger au conseil d’administration. »

L’organisme compte seulement 27 personnes pour assurer la livraison dans 80 écoles de la région.

Impliquer les jeunes du secondaire
Faim d’aider souhaite impliquer les étudiants du secondaire à lutter contre ce fléau.

L’organisme a envoyé une lettre, mercredi dernier, à tous les directeurs et directrices d’écoles secondaires de la région afin d’inviter les étudiants à participer à des activités de bénévolat avec l’organisme. « Quand on est rendu au secondaire et qu’on est défavorisé, on peut finir par s’en sortir avec de la débrouillardise. On peut par exemple se trouver une petite job, mentionne M. Demers. Par contre, un enfant de six ans, s’il ne mange pas, une partie de sa vie sera hypothéquée. À cet âge-là, l’estime de soi est extrêmement importante et si on n’est pas attentif parce qu’on a faim et que les autres nous agacent, la première chose qu’on sait c’est que l’élève se renferme sur lui-même. »

« Je pense qu’en tant que société, on a un devoir d’aider les enfants du primaire. En impliquant les jeunes du secondaire, ça les sensibiliserait à ce problème et ça développerait chez eux une sorte de solidarité avec les plus démunis », ajoute le bénévole.

Toute personne intéressée à se joindre à l’équipe de Faim d’aider est invitée le faire, souligne Elena Mazzola.