L’Université d’Ottawa devrait commencer à recueillir des données sur l’ethnie de ses étudiants, recommande un rapport indépendant, afin de mieux comprendre la composition de sa communauté et de mieux cerner les services dont ses membres ont besoin.

Communauté universitaire: trois recommandations proposées à l’Université d’Ottawa

L’Université d’Ottawa (Ud’O) devrait commencer à recueillir des données sur l’ethnie de ses étudiants, recommande un rapport indépendant, afin de mieux comprendre la composition de sa communauté et de mieux cerner les services dont ses membres ont besoin.

Il s’agit d’une des trois recommandations proposées par l’enquêteuse indépendante Esi Codjoe dans son deuxième rapport sur l’arrestation de Jamal Boyce, un étudiant noir, en juin 2019 par un agent du Service de protection (ASP).

De 2014 à juillet 2019, il y a eu 426 rapports d’incidents des ASP pour usage de la force, avis d’empiétement de personnes suspectes sur le campus et usage de la force et avis d’empiétement, révèle le document rendu public mardi.

Mme Codjoe a indiqué que les membres des groupes racisés sont potentiellement surreprésentés dans les interactions du Service de protection sur le campus, précisant que la moitié des 480 noms dans les 426 rapports « ne semblaient pas d’origine traditionnellement ouest-européenne. Les rapports ne spécifient toutefois pas la race des personnes interpellées.

Il faut rappeler que des ASP avaient demandé à M. Boyce de s’identifier alors que celui-ci se déplaçait en planche à roulettes sur le campus.

M. Boyce avait indiqué n’avoir aucune pièce d’identité sur lui, et s’était éloigné des agents. C’est par la suite qu’il aurait été agrippé puis menotté.

Mme Codjoe recommande aussi que l’Université fournisse aux ASP une formation continue sur un éventail de sujets se rattachant aux communautés marginalisées.

Cette formation d’au moins trois heures donnée au moins une fois l’an pourrait comprendre des composantes interactives sur l’empathie, l’équité, la diversité et l’inclusion ainsi que sur la théorie critique de la race.

L’enquêteuse précise aussi que l’Ud’O devrait mieux définir l’«empiétement» et «personne suspecte» dans son règlement sur la sûreté.

«Il y aurait lieu de clarifier la notion de sécurité dans le paragraphe stipulant qu’un ASP peut demander à une personne de s’identifier pour protéger la sécurité des personnes et de la propriété. (...) Il ne convient de demander l’identité d’une personne que lorsque le risque à la sécurité des personnes ou de la propriété n’est ni lointain, ni purement spéculatif, ni essentiellement négligeable. Par exemple, une petite figure en planche à roulettes ne constitue probablement pas un motif justifiant une demande d’identification», précise le rapport de 35 pages.

Le recteur de l’Ud’O a accepté les conclusions du rapport, et s’est engagé au nom de l’Université à poursuivre les efforts pour lutter contre le racisme et la discrimination.

Après l’incident, l’Ud’O avait pris des mesures pour combattre le racisme sur le campus, ce qui comprenait des consultations avec des membres des groupes racisés sur le campus ainsi que la création du Comité du recteur pour un campus exempt de discrimination.

Le premier rapport de Mme Codjoe rendu public en octobre 2019 avait conclu que la race avait joué un rôle dans l’incident, et qu’une formation inadéquate des ASP ainsi que des procédures opérationnelles dépassées y avaient contribué.

L’Ud’O a présenté ses excuses à M. Boyce.