Drapeaux en main, quelques dizaines d'enseignants ont manifesté mardi matin devant la polyvalente de l'Érablière pour dénoncer la détérioration de leurs conditions de travail.

«C'est à notre tour», clament les enseignants de l'Outaouais

«Nous, les profs, c’est à notre tour», ont scandé à l’unisson des dizaines d’enseignants de l’Outaouais mardi alors que la tournée de l’autobus de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) s’arrête dans la région pour 48 heures.

Pénurie de personnel, salaire jugé insuffisant, taux préoccupant de désertion de la profession, précarité d’emploi, détresse psychologique, directions d’écoles qui s’immiscent dans la pratique enseignante, nombre croissant d’élèves aux besoins particuliers: la longue liste des irritants et des conséquences qu’ils engendrent sur les conditions de travail des enseignants a été énumérée au débarcadère de l’école polyvalente de l’Érablière, à Gatineau.

Tandis que les négociations nationales s’amorceront sous peu avec le gouvernement Legault, la convention collective arrivant à échéance le 31 mars prochain, le syndicat affirme que l’heure est venue pour Québec de tendre l’oreille aux revendications des enseignants, dont la profession est «malmenée» et «souffre d’un manque de reconnaissance».

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La FAE, dont fait partie le Syndicat de l’enseignement de l’Outaouais (SEO), propose d’abord et avant tout de revoir l’échelle salariale en éliminant les six premiers échelons afin de rendre la profession plus attrayante pour les enseignants en début de carrière. Le salaire de ces derniers passerait ainsi de 42 000 à 56 000$. 

«Les profs québécois sont les moins bien payés au Canada, c’est aussi eux qui doivent attendre le plus longtemps avant d’atteindre le maximum de l’échelle. C’est 11 ans partout au Canada, c’est 17 ans au Québec. On fait une demande au gouvernement pour nous permettre de faire un rattrapage salarial avec la moyenne canadienne», de dire le président de la FAE, Sylvain Mallette, soulignant que l’accueil de la population est «fantastique».

La présidente du SEO, Suzanne Tremblay, affirme que les enseignants sont à bout de souffle et ont des solutions à proposer pour améliorer les choses. 

«Il va falloir discuter de la composition de la classe. On le sait, les classes spécialisées ont disparu. En Outaouais, elles ont fondu. Ce qui arrive, c’est qu’on a intégré beaucoup d’élèves en difficulté à l’intérieur de nos classes, mais malheureusement les ressources n’ont pas suivi. Ça amène aussi la gestion de plans d’intervention, dans un groupe ça peut aller jusqu’à la moitié des élèves qui en ont un. C’est quelque chose que les profs veulent qu’on discute à la table de négociations. Ils veulent aussi qu’on parle de leur tâche, qui est maintenant tellement complexe, tellement lourde. Ils veulent qu’on recentre la tâche vers ce qu’on veut faire, c’est-à-dire enseigner», s’exclame-t-elle.

La reconnaissance de l’expertise et le respect de l’autonomie est une autre valeur chère aux yeux des enseignants, Mme Tremblay ajoutant que «tellement de monde présentement vient dire aux profs quoi faire et comment faire», alors que ce sont eux les «mieux placés» pour favoriser la réussite scolaire des élèves. 

Parlant de «mépris» à l’endroit des enseignants, M. Malette en a profité pour décocher une flèche au ministre de l’Éducation Jean-François Roberge, comparant le projet de loi 40 modifiant la gouvernance scolaire à un «véritable cheval de Troie».

«On est en train de littéralement priver les milieux des leviers dont ils disposent actuellement dans la Loi sur l’instruction publique pour faire leurs propres choix. Le ministre s’accapare des pouvoirs, il nie l’expertise des profs. On profite de la tournée pour lancer un appel à la vigilance», lance-t-il. 

Les statistiques parlent d’elles-mêmes pour prouver que les conditions de travail sont ardues, selon la FAE.

«Au niveau provincial, environ 25% des profs vont abandonner avant la cinquième année de pratique. La profession enseignante connaît l’un des taux de désertion les plus élevés au Québec. On observe aussi un phénomène qu’on n’observait pas il y a quelques années: celui du départ précipité à la retraite. Les profs vont quitter un ou deux ans avant qu’ils ne soient admissibles, malgré les pénalités actuarielles, car ils n’en peuvent plus. Il y a une pénurie de personnel, donc on veut attacher les profs dans les bâtiments», déplore M. Malette. 

Plusieurs écoles visitées

L’autobus rouge de la FAE visitera une quinzaine d’écoles des commissions scolaires des Draveurs, des Portages-de-l’Outaouais et au Coeur-des-Vallées d’ici mercredi soir. 

Après s’être fait voir publiquement en manifestant avec drapeaux et banderole géante mardi aux abords du pont Alonzo, des enseignants répéteront l’exercice mercredi dès 6h30 aux intersections des boulevards Saint-Raymond et de la Cité-des-Jeunes ainsi que des boulevards des Allumettières et Saint-Joseph. 

Le syndicat prévoit aussi faire du bruit devant le bureau du ministre régional Mathieu Lacombe et rencontrer les dirigeants de la CSCV.

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EN CHIFFRES

Échelle salariale actuelle des enseignants au Québec

1er échelon : 42 400$

5e échelon : 50 100$

10e échelon : 61 700$

17e échelon : 82 600$

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Échelle salariale proposée par la FAE

1er échelon : 56 400$ (+33%)

5e échelon : 68 600$ 

11e échelon : 91 900$ (+11%)

11 échelons au total

Source: Fédération autonome de l’enseignement (FAE)