Le cégep de la Gaspésie et des Îles à Montréal
Le cégep de la Gaspésie et des Îles à Montréal

Campus anglophone: critiqué, le cégep de la Gaspésie change son fusil d’épaule

Caroline Plante
La Presse Canadienne
Critiqué de toutes parts pour son campus entièrement anglophone à Montréal, le cégep de la Gaspésie et des Îles promet de corriger la situation. Il offrira des cours en français dès cet automne et s’empressera de traduire son site web.

La pression était énorme sur le cégep, mardi, pour qu’il revoie le fonctionnement de son antenne montréalaise, qui offre depuis 2015 des cours uniquement en anglais à des étudiants étrangers venus surtout de l’Inde et de la Chine.

Tous les partis politiques se sont ligués pour dénoncer ce qui a d’abord été rapporté dans les médias et qui, pour plusieurs, a pris l’allure d’un détournement de mission contribuant de surcroît à l’érosion du français dans la métropole.

En entrevue à La Presse canadienne, le responsable du campus montréalais, Sylvain Vachon, a expliqué que l’initiative permet d’investir des millions de dollars dans le collège régional.

Il a affirmé que près de 2000 étudiants étrangers fréquentent le campus, et que chacun d’eux paie environ 15 000 $ par année pour obtenir une attestation d’études collégiales. «Ce sont des revenus qui servent à couvrir les dépenses du cégep», a-t-il dit.

En matinée, le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, avait déploré que le cégep de la Gaspésie - bien qu’il ait le statut d’institution bilingue - n’offre que des cours en anglais à Montréal.

Il a affirmé avoir pris connaissance du dossier la semaine dernière.

«On va leur demander d’inclure à tout le moins, dans chaque parcours, des cours de français, a-t-il déclaré en mêlée de presse. On va discuter avec eux pour corriger ce que moi je trouve une lacune assez importante.»

Site web en anglais seulement

M. Roberge en a également contre le site web du campus, qui est uniquement en anglais, et qui n’informe pas les étudiants étrangers qu’ils s’apprêtent à venir étudier dans un «État francophone».

«(Il) dit en gros : «Welcome to Canada». Il ne parle pas que le Québec, c’est le seul État francophone d’Amérique du Nord, il ne dit pas que les gens qui font le choix de venir étudier à Montréal viennent dans une ville où l’on parle français. Je pense que c’est un problème.»

M. Vachon entend procéder «rapidement» à la traduction du site. «On a rassuré les autorités du ministère aussi de notre très ferme intention d’offrir des formations en français dans un très très court terme», a-t-il affirmé.

Conséquence du sous-financement lié à la baisse d’effectifs des établissements collégiaux en région? Le premier ministre François Legault ne croit pas et rappelle que son gouvernement a récemment octroyé 150 millions $ aux cégeps.

«Je ne suis pas à l’aise avec ça, a-t-il déclaré. Je ne pense pas que c’est la mission d’un cégep de la Gaspésie de venir créer des postes pour des étudiants en anglais à Montréal.»

Tous derrière Roberge

«On parle quand même d’un cégep régional, qui donne des cours hors campus à Montréal uniquement en anglais, un site web uniquement en anglais, ça ne fait clairement pas avancer le français», a acquiescé la porte-parole libérale en éducation, Marwah Rizqy.

«Le rôle des cégeps, surtout des cégeps francophones, ce n’est pas d’être un guichet automatique pour donner des diplômes «fast-track» aux étudiants étrangers», a pour sa part souligné Gabriel Nadeau-Dubois, de Québec solidaire.

Pascal Bérubé, du Parti québécois, a affirmé qu’il fallait offrir aux étudiants étrangers une «immersion dans un monde francophone» sinon «ça crée un ghetto», a-t-il dit.