L'incident est survenu sur le campus de l'Ud'O en juin dernier.

Arrestation d'un étudiant à l'Université d'Ottawa: une enquête conclut à de la discrimination raciale

L’enquête indépendante commandée par le Bureau des droits de la personne de l’Université d’Ottawa (U d’O) conclut que l’ethnicité a joué un rôle dans l’arrestation musclée d’un étudiant noir par le Service de la protection de l’établissement d’enseignement supérieur en juin dernier.

Rappelons que Jamal Boyce avait publié des vidéos sur les médias sociaux pour dénoncer ce qu’il qualifiait de «violence physique, mentale et émotionnelle».

Selon l’enquête réalisée par Esi Codjoe de la firme Turnpenney Milney Milne LLP, il a été interpellé par des agents de sécurité alors qu’il effectuait des figures sur une planche à roulettes. M. Boyce — qui n’a pas participé à l’enquête indépendante — a tenté de désamorcer la situation en quittant les lieux, selon ce que rapporte Mme Codjoe.

Les employés du Service de la protection l’ont toutefois suivi et lui ont demandé de présenter une pièce d’identité, prouvant qu’il était un membre de la communauté universitaire. L’étudiant a refusé, jugeant qu’on le ciblait de façon injuste et puisqu’il n’avait pas sa carte étudiante sur lui.

« Au lieu de désamorcer cette situation, les agents du Service de la protection ont choisi de l’aggraver. Compte tenu du fait que l’étudiant semblait mal à l’aise, les agents auraient pu interagir avec lui d’une autre façon », écrit Esi Codjoe.

Contrairement à ce que Jamal Boyce affirmait en juin dernier sur Twitter, il s’est passé moins de deux heures entre le moment où on lui a passé les menottes et l’arrivée d’agents du Service de police d’Ottawa. L’enquêteuse note toutefois que « le fait que l’étudiant ait été détenu pendant une heure ou deux heures ne change rien au fait que l’arrestation n’était pas une mesure proportionnelle à l’exécution par l’étudiant de figures de planche à roulettes. »

« Après avoir examiné l’ensemble des éléments de preuve, l’enquêteuse conclut que l’étudiant a fait l’objet de discrimination en raison de sa race le 12 juin 2019 sur le campus universitaire. »

Excuses publiques du recteur

« Le rapport conclut que la race a joué un rôle dans l’incident, a confirmé en conférence de presse le recteur de l’U d’O, Jacques Frémont. Il conclut aussi que les procédures opérationnelles désuètes de l’Université ainsi qu’une formation inadéquate y ont contribué. »

M. Frémont a fait savoir que « les agents du service de protection ont participé à une formation axée sur les préjugés inconscients et sur l’équité, la diversité et l’inclusion », tout en précisant que cette formation sera offerte de « façon continue » et qu’elle sera étendue à d’autres employés et dirigeants de l’institution.

Acceptant les conclusions du rapport, M. Frémont a tenu à présenter des excuses publiques à l’étudiant concerné, de même qu’à l’ensemble de la communauté universitaire.

« Je suis profondément désolé que vous ayez été bouleversé, que vous vous soyez senti humilié et je vous présente mes excuses pour ce qui s’est passé. C’était inacceptable. »

Le recteur de l’U d’O n’a pas voulu dévoiler si les agents impliqués dans cet incident ont été réprimandés, par souci de protection de la vie privée. 

Pour des raisons similaires, il n’a pas voulu se prononcer sur un incident similaire survenu en septembre dans une résidence de l’Université.

Wiliston Mason a porté plainte au Bureau des droits de la personne après une altercation avec un garde de sécurité employé par l’entreprise Garda. 

Selon M. Mason, l’agent a agrippé son sac à dos et s’est placé entre lui et l’ascenseur menant à son étage.

L’étudiant a assisté à la conférence de presse du recteur mardi. Il soutient que les excuses présentées à Jamal Boyce lui semblaient sincères, mais il attend maintenant des gestes concrets pour combattre la discrimination raciale sur le campus. 

L’U d’O attend, pour sa part, les conclusions de la seconde partie de l’enquête indépendante d’Esi Codjoe qui doit identifier des lacunes institutionnelles et formuler des recommandations.