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L'ancien juge à la Cour suprême Michel Bastarache.
L'ancien juge à la Cour suprême Michel Bastarache.

Affaire Attaran: l'Ud'O crée un comité dirigé par l’ex-juge Bastarache [VIDÉO]

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
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Face aux controverses qui se multiplient et au climat tendu qui règne à l'Université d'Ottawa depuis quelques mois, le recteur et vice-chancelier Jacques Frémont sort de son mutisme et annonce la création d'un comité de réflexion piloté par l'ex-juge à la Cour suprême Michel Bastarache.

C'est dans une vidéo de plus de quatre minutes publiée sur Youtube que celui qui est à la tête de l'institution depuis 2016 a choisi de s'adresser à la communauté universitaire, faisant référence à la polémique déclenchée par les propos du professeur Amir Attaran sur Twitter.

«Je sais que la période de turbulences que nous traversons depuis plusieurs mois en bouleverse plusieurs. Les propos d'un de nos professeurs sur Twitter ont projeté l'Université sous les feux de la rampe. Notre université, comme toutes les autres, doit s'opposer fermement à toute forme de racisme et de discrimination. Nous sommes une seule communauté où toutes et tous doivent pouvoir étudier, enseigner et travailler dans un climat de respect mutuel et de collaboration. Les débats qu'on mène chez nous ou à partir de chez nous doivent se dérouler en toute franchise. Jamais je n'accepterai, en revanche, qu'un combat contre une cause serve de prétexte à insulter d'autres groupes», lance-t-il entre autres dans le message.

Sans nommer le professeur, il répète que le ton, les procédés rhétoriques et la forme outrancière de certains gazouillis publiés ces derniers temps sont «rigoureusement inacceptables». 

Face à la situation, M. Frémont indique que l'ex-juge Bastarache, qui a siégé à la Cour suprême de 1997 à 2008, a accepté de présider un groupe de réflexion «qui examinera les leçons à tirer des incidents récents, survenus chez nous et ailleurs au Canada». 

Le groupe produira un rapport d'ici la fin de l'été prochain, lequel sera «évidemment» rendu public, précise-t-il.

Critiqué par plusieurs, Jacques Frémont précise que la récente controverse ramène à l'avant-scène les principes fondamentaux de la mission d'une université, soit la liberté académique, incluant la liberté d'expression, l'indépendance institutionnelle des universités ainsi que les valeurs d'équité, de diversité et d'inclusion.

«Nous nous devons de puiser des expériences d'ici et d'ailleurs pour trouver les moyens les plus susceptibles de mieux concilier, et de façon très concrète, les principes en présence, et de disposer en toute prévisibilité les outils nécessaires pour gérer de telles situations. Ces questions doivent être discutées et analysées non pas à coup de 280 caractères, mais de façon méthodique et posée, comme on doit s'y attendre en milieu universitaire», explique-t-il dans la vidéo.

Francophonie et bilinguisme

Dans son message, le recteur de l'Ud'O affirme que «les débats des derniers mois» ont permis de révéler «la richesse et les défis» d'une université bilingue. 

«Ils ont révélé que le bilinguisme se décline bien au-delà des langues française et anglaise, mais par un bagage culturel souvent convergent mais parfois différent. Soyons clairs: l'Ud'O demeure fortement attachée à ses racines francophones. Il faut plus que jamais prendre acte de cette richesse et la catalyser encore davantage au coeur de notre action. Au moment où l'accès à l'éducation supérieure en français est menacée plus que jamais en Ontario et ailleurs au Canada, nous devons en faire plus», lance-t-il.

En ce sens, M. Frémont a annoncé en parallèle avoir demandé au vice-recteur International et Francophonie, Sanni Yaya, «de mobiliser les forces vives francophones» sur le campus universitaire. 

«Il les écoutera et prendra la dimension de leurs rêves, de leurs espoirs et de leur vision. Celles-ci seront sans doute plurielles. [...] Je sais qu'il peut compter sur votre soutien. Ces recommandations viendront bonifier notre plan d'action pour la francophonie», ajoute-t-il. 

Avec le lancement de ces chantiers de réflexion, le recteur affirme qu'il espère que les différends pourront être mis de côté et que les intéressés y participeront «de bonne foi». 

L'Ud'O a indiqué au Droit que le recteur Frémont n'accorderait pas d'entrevues.

L'APTPUO réagit

Par ailleurs, l’Association des professeur.e.s à temps partiel de l’Université d’Ottawa (APTPUO) a réagi par communiqué mardi au sujet des récents incidents, dénonçant les propos qui ont été tenus par M. Attaran.


« L'Association représente un grand nombre de professeurs originaires du Québec et condamne les accusations gratuites et les généralisations douteuses qui ont été émises. Nous sommes conscients que les propos haineux échangés dernièrement ont eu un impact négatif chez nos membres québécois, mais ont également affecté les étudiant.e.s et l’ensemble de la communauté universitaire provenant du Québec. »
Association des professeur.e.s à temps partiel de l’Université d’Ottawa

L'APTPUO, qui regroupe quelque 2500 membres, se dit aussi perplexe face à la réaction du recteur Frémont ces derniers jours, parlant d'un «échec».

«Nous prenons l'occasion également pour rappeler au recteur et à l'administration que, même si professeur Attaran bénéficie de la liberté académique, l'Université a l'obligation d'assurer un milieu de travail exempt de harcèlement et de violence et doit faire respecter ses règlements, notamment le Règlement 67a - Prévention du harcèlement et de la discrimination. L'Association demeure donc perplexe quant au traitement divergeant face à la sévérité des mesures adoptées envers notre collègue Lieutenant-Duval, notamment les diverses sorties publiques du recteur Frémont qui a rapporté des faits erronés pour tenter de justifier la mauvaise gestion de son administration. Cette nouvelle controverse n’est que le dernier échec de son administration», note-t-on, précisant qu'on ne croit pas que «les actions récentes de l’administration universitaire aident en quoi que ce soit la lutte contre le racisme ou la discrimination».  

Le professeur Amir Attaran

Le syndicat renchérit en déplorant ce qu'il qualifie de «double standard» entre les personnes à temps plein et à temps partiel quant à la liberté académique, soutenant que de tels propos n'auraient pas été tolérés et auraient été traités différemment s'ils avaient été exprimés par un professeur à temps partiel. 

«Nous nous faisons un point d’honneur à ce que cette situation change», écrit l'APTPUO.

Au moment d'écrire ces lignes, l'Association des professeurs de l'Université d'Ottawa (APUO) n'avait pas réagi à cette annonce.

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