Les présidents de commissions scolaires de l’Outaouais ont vivement critiqué le gouvernement du Québec pour son projet de loi 40 sur la réforme de l’éducation.

Abolition des commissions scolaires: « J’ai honte de mon gouvernement »

Centralisation à outrance, honte et manipulation de l’opinion publique. Voilà quelques-uns des mots qui sortent de la bouche de présidents de commissions scolaires de l’Outaouais, qui y vont d’une charge à fond de train contre le gouvernement Legault face à une possible adoption par bâillon du projet de loi 40.

« À froid comme ça, je dirais que j’ai honte de mon gouvernement présentement. Ce n’est pas dans une province comme celle-là que je croyais vivre, je pensais que la démocratie était une valeur importante. C’est un projet de loi grandiose, qui comprend 312 articles, sans compter que 80 lois seront touchées indirectement. Ce que je comprends, c’est que le ministre (Jean-François Roberge) y tient mordicus et va y aller coûte que coûte, alors qu’il n’a plus d’appuis ou presque », lance le président de la Commission scolaire au Coeur-des-Vallées (CSCV), Éric Antoine.

Déposé en octobre dernier, le projet de loi 40 vise entre autres à abolir les élections scolaires et à remplacer les commissions scolaires par des centres de services aux écoles. Si la pièce législative est adoptée, le mandat des commissaires scolaires francophones prendrait fin le 29 février. Les élections scolaires seraient cependant maintenues pour les anglophones. Le projet de loi prévoit, à la suite d’un amendement déposé en janvier, que le conseil d’administration de chaque centre de service serait composé d’un nombre égal (5) de parents, de représentants de la communauté et de membres du personnel scolaire. 

Le président de la Commission scolaire au Coeur-des-Vallées, Éric Antoine

Affirmant que les commissions scolaires « jouent sur la même patinoire » que les enseignants et les parents en s’opposant au projet de loi, M. Antoine est d’avis que peu importe le taux de participation aux élections scolaires dans le passé, le gouvernement aurait pu explorer d’autres solutions. 

« Il y aurait eu une façon d’améliorer les choses. Quand quelque chose brise, il y a moyen de le réparer. On aurait pu jumeler les élections (scolaires) aux élections municipales ou encore y aller avec un vote électronique. Ça fonctionne dans d’autres provinces ou pays, pourquoi pas ici ? », questionne-t-il. 

« L’époque Duplessis »

La présidente de la Commission scolaire des Hauts-Bois-de-l’Outaouais (CSHBO), Diane Nault, n’y va pas avec le dos de la cuillère pour critiquer la décision du gouvernement, parlant même « d’un retour à l’époque Duplessis ». 

La présidente de la Commission scolaire des Hauts-Bois-de-l’Outaouais, Diane Nault

« Il va y avoir deux sortes d’éducation : les écoles des riches et les écoles des pauvres. Dans notre cas, nous avons beaucoup d’écoles de villages où on offre un aussi bon service aux élèves qu’en milieu urbain. Il y a une répartition équitable des ressources. Je crains que ça ne soit plus le cas. Est-ce que le ministre va continuer à vouloir financer nos écoles où il y a 25 élèves ? En région, ce projet de loi va faire mal. Et les parents vont être laissés à eux-mêmes, car on leur sert de courroie de transmission en ce moment », affirme-t-elle.

Tirant lui aussi à boulets rouges sur le gouvernement, le président de la Commission scolaire des Draveurs (CSD), Claude Beaulieu, soutient que vendredi sera « un jour très sombre pour le réseau de l’éducation », reprochant au ministre Roberge de ne jamais avoir été à l’écoute du milieu. 

« C’est un recul. On ne peut pas s’imaginer tout le tort que ce projet de loi va causer au système. Les vrais problèmes auxquels il faut s’attaquer, ce sont plutôt la pénurie d’enseignants et de professionnels ainsi que l’écart de diplomation entre les filles et les garçons. Ce projet de loi ne règle rien de ça. [...] Qui va défendre les régions, comme on a fait avec la taxe scolaire ? Les conseils d’administration ne vont faire que du rubber stamping, tout sera décidé par les fonctionnaires », déplore-t-il. 

Le président de la Commission scolaire des Draveurs, Claude Beaulieu

Selon M. Beaulieu, le ministre Roberge passe en quatrième vitesse pour faire adopter le projet de loi « parce qu’il sent que l’adversité devient de plus en plus importante et a peur de devoir reculer ». Comme d’autres, il compare cette réforme à celle qu’a mené l’ex-ministre libéral Gaétan Barrette en santé. 

« Le ministre s’approprie tous les pouvoirs. C’est une centralisation à outrance. Il va falloir que les gens se réveillent, sinon il sera trop tard. C’est un gouvernement qui manipule l’opinion publique. [...] Et le fait qu’il y ait une discrimination envers les francophones, car les anglophones pourront continuer à élire leurs gens, je ne l’accepte pas du tout », dit-il, prédisant que le projet de loi sera contesté devant les tribunaux. 

Ce dernier ne décolère pas non plus lorsqu’il entend la CAQ dire qu’elle a obtenu « un mandat clair de la population ». 

« Ils n’ont pas l’appui de la population. Il y a quand même 63 % des gens qui n’ont pas voté pour eux. Comment un gouvernement qui a eu 37 % des votes et qui se dit en faveur du vote proportionnel peut se permettre de passer des bâillons ? C’est très antidémocratique », conclut-il.