Sans toilettes mixtes, des accommodements pour que «l’élève se sente bien»

Pour les toilettes, en milieu scolaire, des accommodements sont offerts dans certains cas aux élèves qui ont des questions sur leur identité de genre.

Pendant que Québec réfléchit à un plan de match pour l’enjeu des toilettes mixtes dans le réseau scolaire, que font les écoles dans le train-train quotidien pour accommoder les enfants et ados en cette ère où l’identité de genre n’a jamais autant fait jaser?


Au Centre de services scolaire des Draveurs (CSSD), qui compte près de 19 000 élèves, on affirme agir au cas par cas, plaide la directrice générale Manon Dufour.

«Il y a des élèves qui ont une identité différente mais pour qui ça ne cause pas problème d’aller à la salle de bain ou dans les vestiaires. Pour ceux pour qui ça cause une difficulté, en ce moment ce qu’on fait c‘est que ces enfants-là ont par exemple accès aux toilettes ou aux vestiaires réservés aux employés, explique-t-elle. Dans chacune de nos écoles, il y a des salles de bain avec une porte fermée à clef. Ce n’est pas accessible a tout le monde, car évidemment, il faut qu’on ait du contrôle sur la sécurité [...], mais pour certains élèves, c’est ce qu’on fait. Ce sont des accommodements tout à fait raisonnables et qui se passent très bien dans les écoles.»

La gestionnaire affirme que la situation individuelle de chaque élève est évaluée et que l’objectif est qu’il se sente à l’aise car, renchérit-elle, «ce n’est pas vrai qu’un élève ne viendra pas à l’école ou n’ira pas à la toilette durant le jour parce qu’il se sent mal ou a peur d’y aller».

La directrice générale du CSS des Draveurs, Manon Dufour.

Même si Québec dit qu’il élaborera des lignes directrices sur cette question spécifique dans le milieu et qu’en attendant le ministre Drainville a demandé à ce qu’aucun bloc sanitaire pour garçons ou filles ne soit converti en salle mixte, le CSSD soutient que ce genre de situation est pris au sérieux.

«Dans toutes nos écoles, on a des comités LGBTQ+, de diversité, des pairs aidants, il y a toutes sortes de terminologies, mais il y a des intervenants qui travaillent avec les élèves pour faire de la promotion de la diversité respectueuse, s’assurer que ces enfants-là sont pris en charge, soutenus », dit Mme Dufour. « Il y a des enfants pour qui c’est très clair, ils sont très assumés, d’autres se posent des questions, d’autres vivent toutes sortes de difficultés par rapport à ça, même d’ordre psychologique. C’est confrontant quand on est en train de construire notre identité.»

Filtre décisionnel

La collaboration des familles est également essentielle dans de tels cas, soutient-elle, précisant n’avoir jamais donné de consigne du type «tout le monde est peinturé de la même façon».

«Pour moi, le filtre décisionnel, c’est qu’est-ce qui est bon pour l’enfant et comment peut-on s’assurer que tout le monde est respecté là-dedans, autant l’enfant qui veut aller dans une salle de bain que les autres enfants », explique-t-elle. Pour le moment, la solution à laquelle on a recours, c’est d’utiliser une toilette séparée et ça règle la situation. S’il y autre chose, on va l’analyser.»

Manon Dufour sait bien que cette réalité sera appelée à changer dans le temps dans les écoles primaires et secondaires.

«La société évolue et les décisions évoluent aussi au fur et à mesure qu’on obtient des informations, des données probantes sur ce qui se passe à d’autres endroits », dit la directrice. Elle note que l’Université du Québec en Outaouais et certains restaurants, ont déjà de telles toilettes. « Est-ce que c’est ce qui s’en vient dans le futur? On verra, nous on va s’adapter. » Mais ce n’est pas ce qui est urgent, dit-elle. Ce qui est important, affirme Mme Dufour, c’est de voir comment on prend soin d’un enfant qui est en train de construire son identité de genre et que c’est difficile pour lui. « Tant qu’il se sent bien et respecté dans son milieu, moi je pars de cela.»