La Ville de Gatineau est prête pour l’élection de dimanche. Espérons maintenant que le taux de participation sera au rendez-vous.

Écrire la fin de l’histoire

ANALYSE / C’est l’histoire de dix Gatinois, tous appelés aux urnes pour élire un maire et le conseiller de leur quartier. Ça se passe un dimanche de novembre.

Il y a Louise. Elle est fonctionnaire et habite Aylmer. Chaque matin, elle doit traverser à Ottawa pour aller travailler. Comme des centaines d’autres, aller rejoindre le pont Champlain est son pire cauchemar. Elle a essayé l’autobus pendant un certain temps, mais le service n’était pas du tout adapté à sa réalité. Elle est revenue à son auto… solo. Louise est prête à prendre le transport en commun, que ce soit en autobus ou en train léger, mais ce que Louise veut avant tout, c’est faire le trajet entre son jumelé et le centre-ville d’Ottawa dans un temps raisonnable. Louise se dit qu’elle paie autant, sinon plus de taxes que ceux dans l’Est, mais avec l’option du Rapibus en moins.  

Alexandra fréquente le Cégep. Elle vient d’avoir 18 ans. Elle a la chance d’aller voter pour la première fois de sa vie. Ce serait mentir que d’affirmer qu’elle garde un œil très attentif sur la politique municipale, mais le dossier des tours Brigil l’intéresse. Le sujet est revenu souvent lors des soupers de famille. Comme sa mère, elle croit que le patrimoine doit être préservé parce qu’une fois démoli, il ne revient pas. Mais comme son père, elle convient qu’un tel projet aurait un impact important sur l’économie de sa Ville. Son copain qui étudie pour avoir ses cartes de compétences dans le domaine de la construction rêverait de travailler sur un projet de 55 étages en début de carrière. 

Claude ne sacre pas souvent, mais le service de déneigement, l’hiver dernier, lui a arraché quelques jurons. À deux reprises, les équipes de déneigement ont carrément oublié sa rue. À la fin de l’hiver, une seule voiture à la fois pouvait passer tellement la rue était devenue étroite. Il n’a pas hésité à déverser son mécontentement au 3-1-1 et sur les réseaux sociaux. 

Il y a Isabelle, qui a quitté sa Petite-Nation natale, mais qui a choisi de faire ses études dans sa région en fréquentant l’Université du Québec en Outaouais. Elle souhaite un milieu d’enseignement dynamique et impliqué dans sa communauté. Elle se déplace à vélo. Elle passe le plus clair de son temps entre son appartement du Vieux-Hull, le campus Alexandre-Taché et la rue Laval. La campagne sera toujours la campagne pour Isabelle, mais sa nouvelle vie urbaine ne lui déplaît pas du tout. Elle sent toutefois qu’il manque parfois un petit quelque chose à son centre-ville. Elle aimerait plus d’action, plus d’animation, plus d’événements, plus de monde, de toutes sortes, des pistes cyclables déneigées l’hiver et des cafés ouverts le dimanche matin. 

Roberte, malgré son âge avancé, se fait une fierté de pouvoir encore « tenir maison ». Sa demeure n’est pas très grande, mais elle y a passé une bonne partie de sa vie. C’est dans cette maison qu’elle a élevé deux enfants. Sa santé lui permet encore de jardiner. Elle songe même à avoir une poule. Mais elle craint de devoir un jour quitter sa maison parce qu’elle a de plus en plus de difficulté à acquitter son compte de taxes. La maison est payée depuis longtemps, mais sa petite rente fixe lui semble de plus en plus maigre. 

Marie-Ève fréquente la même bibliothèque depuis qu’elle est toute petite. Elle y allait déjà avec sa mère alors qu’elle ne savait même pas lire. Aujourd’hui, la jeune mère de famille dans la trentaine y va régulièrement avec ses enfants. Elle se désole chaque fois de constater que sa bibliothèque n’a pas changée d’un iota depuis l’époque où Passe-Partout jouait en boucle à « Radio-Québec ». 

Pierre-Luc a dû se rendre au garage pour faire réparer sa voiture le printemps dernier. Il a endommagé sa direction après avoir roulé sur un nid-de-poule à proximité de chez lui. Pourtant, Pierre-Luc fait attention. Il connaît les rues de son voisinage. Il a développé une expertise pour éviter les trous dans la chaussée. Ils sont là depuis des années. Il a cependant été pris par surprise au printemps. De nouveaux nids-de-poule qu’il n’avait pas encore vus se sont formés sur sa route. Il a dû payer plus de 500 $ en réparation. Pierre-Luc a pensé demander une indemnisation à sa Ville, mais sa voiture a beaucoup de kilomètres derrière la cravate. Ce serait difficile à prouver. Il a avalé sa pilule.   

Très loin de sa Syrie natale, ravagée par la guerre, Fathi est arrivé à Gatineau avec toute sa famille, il y a plus d’un an. 

Il est ingénieur civil. Il met les bouchées doubles pour apprendre le français. Il a entrepris les démarches pour faire reconnaître sa formation. Il espère trouver un emploi dans son domaine. Il a entendu dire que sa Ville avait grand besoin d’aide à ce niveau, mais il redoute la complexité du processus d’embauche.

Vincent adore le hockey. Grand partisan des Olympiques, il aimerait bien voir son équipe évoluer dans un amphithéâtre neuf, plus près de chez lui, à Gatineau. 

Il joue au hockey dans une ligue de garage un soir par semaine et passe la vaste majorité de ses week-ends dans les arénas vétustes de la Ville avec ses deux garçons. Le manque de temps de glace et les changements de dernière minute en raison d’un bris aux systèmes de réfrigération font partie de sa réalité six mois par année. 

Et il y a Jonathan qui, de chez lui, vient de lancer une startup prometteuse. 

Il souhaite trouver un partenaire pour tester son produit, étendre son marché, trouver des clients et éventuellement s’ouvrir un bureau. 

En attendant patiemment son tour pour passer à l’émission Les Dragons, il cherche de l’aide ailleurs. On lui a conseillé d’entrer en contact avec le service du développement économique de sa ville. 

Ces dix Gatinois ont tous une raison d’aller voter lors de ce fameux dimanche de novembre. 

Mais si la tendance des dernières élections municipales se maintient, six d’entre eux resteront à la maison, laissant les quatre autres écrire seuls la fin de l’histoire.