Partout au Canada, dont ici à Toronto, les communautés irano-canadiennes se sont recueillies afin d’honorer la mémoire de leurs compatriotes morts dans l’écrasement du vol PS752, à Téhéran.

Écrasement en Iran: une Ontarienne pensait surtout aux Iraniens laissés derrière

Sheyda Shadkhoo avait peur en montant à bord du vol à Téhéran qui aurait finalement dû la ramener auprès de sa famille à Toronto. Mais c’est parce qu’elle avait en tête la situation dramatique pour les Iraniens laissés derrière, ignorant ce qui était sur le point de lui arriver.

«Derrière moi, derrière moi», a-t-elle écrit dans un poème qu’elle a envoyé à son mari quelques minutes avant que le Boeing d’Ukraine International Airlines ne s’engage sur la piste.

«J’ai peur pour les gens derrière moi.»

Le poème et les craintes qu’elle a exprimés pour le peuple iranien au milieu des tensions croissantes entre ce pays et les États-Unis sont les derniers mots que Hassan Shadkhoo a eus de sa femme avant l’écrasement.

Le vol PS752 quittait Téhéran pour Kiev — avec une correspondance à Toronto — à un moment d’incertitude extraordinaire. Des missiles iraniens venaient de pleuvoir sur deux bases militaires américaines dans l’Irak voisin en représailles à l’assassinat américain d’un général iranien. Personne ne savait comment les choses allaient se dérouler.

Il s’agissait tout de même d’une matinée normale à l’aéroport international Imam Khomeni, une grande installation moderne conçue pour accueillir des millions de voyageurs. Des chaînes hôtelières internationales et un nouveau terminal avaient ouvert en juin dernier.

De nombreux Canadiens à bord de l’avion qui s’est écrasé — pas moins de 138 des 176 passagers avaient un vol de correspondance vers le Canada — avaient profité de la pause de Noël pour rendre visite à leur famille ou célébrer des événements marquants. La liste des passagers comprend au moins deux couples de jeunes mariés.

C’était un vol matinal et des adieux endormis auraient été échangés dans l’obscurité avant l’aube.

Malgré la durée de 18 heures de l’itinéraire, ce trajet est populaire auprès des Canadiens d’origine iranienne. Il n’y a pas de vols directs entre les deux pays et le transporteur ukrainien propose des tarifs abordables pour les familles et les étudiants qui constituaient la majeure partie de ceux qui retournaient au Canada ce jour-là.

Le temps était beau, juste au-dessus de zéro, un peu plus doux que la normale.

Le Boeing 737 venait de passer une inspection de sécurité quelques jours auparavant. Il a commencé à rouler sur la piste à 5 h 45, dans les délais prévus, et s’est envolé dans les airs environ 30 minutes plus tard.

Sahan Hatefi Mostaghim et Shahab Raana, des amis qui suivaient une formation à Montréal pour devenir soudeurs, ont pris un égoportrait peu de temps avant le décollage. Ils semblaient calmes et détendus en s’installant dans leurs sièges. Shahab Raana portait déjà ses écouteurs.

Fatemah Pasavand, 17 ans, attendait peut-être avec impatience le repas spécial qu’elle avait demandé à son père à Vancouver de lui préparer à son retour avec sa mère, Ayeshe Pourghaderi.

Nasim Rahmanifar, étudiante à la maîtrise au département de génie mécanique de l’Université de l’Alberta, songeait peut-être à son premier hiver à Edmonton. Elle avait demandé à plusieurs reprises à ses collègues quel type de manteau elle aurait besoin, malgré leurs assurances qu’elle s’habituerait au froid.

Roja Azadian, effectuant son premier voyage au Canada, était peut-être aussi nerveuse. Elle allait rejoindre son mari, un étudiant du Collège Algonquin d’Ottawa, et des amis ont dit qu’elle était inquiète de l’adaptation à un nouveau foyer. Une confusion a fait en sorte que son mari avait un billet pour un vol ultérieur.

Tout semblait bien sur le vol PS752, jusqu’à ce que ce ne soit plus le cas.

Un rapport préliminaire de l’Organisation de l’aviation civile iranienne indique que l’avion a grimpé à environ 2500 mètres, puis a viré à droite. Environ cinq minutes après le décollage, il a perdu le contact avec le contrôle de la circulation aérienne. La trajectoire laisse croire que les pilotes tentaient de retourner à l’aéroport, indique le rapport.

Au lieu de cela, l’avion s’est écrasé dans un parc, tuant tout le monde à bord.

Peu importe pourquoi le vol PS752 s’est écrasé, des gens comme le mari de Sheyda Shadkhoo se retrouvent à composer avec la tragédie de vies tronquées, comme le dernier message qu’il a reçu d’elle.

«Elle a dit: «OK. Ils me disent d’éteindre mon téléphone. Au revoir»», a confié M. Hassan à CBC.

«C’était tout.»