Contraint de suspendre l'entretien ménager dans les logements du complexe Cité-Jardin en raison de l'éclosion de COVID-19 qui y sévit, le groupe Chartwell continue toutefois de le facturer aux résidents qui en bénéficiaient.
Contraint de suspendre l'entretien ménager dans les logements du complexe Cité-Jardin en raison de l'éclosion de COVID-19 qui y sévit, le groupe Chartwell continue toutefois de le facturer aux résidents qui en bénéficiaient.

Éclosion à Cité-Jardin: Chartwell facture de l'entretien ménager qui n'est pas effectué

Justine Mercier
Justine Mercier
Le Droit
Contraint de suspendre l'entretien ménager dans les logements du complexe Cité-Jardin en raison de l'éclosion de COVID-19 qui y sévit, le groupe Chartwell continue toutefois de le facturer aux résidents qui en bénéficiaient.

Selon son bail, le père de Lucie Boisvert paye 90,55$ par mois pour l'entretien ménager de son studio situé dans l'une des tours du complexe Cité-Jardin, dans le secteur Gatineau.

Lors de la première vague de la pandémie de COVID-19, ce service a été interrompu tout en continuant d'être facturé, raconte Mme Boisvert. Elle a demandé à son père s'il souhaitait qu'elle intervienne. L'octogénaire n'a pas voulu. «Il avait peur des représailles ou de manquer de services», explique Mme Boisvert.

Arrive ensuite la deuxième vague. Une éclosion - toujours active - frappe les différentes tours de Cité-Jardin. Jusqu'à présent, une centaine de cas de COVID-19 y ont été diagnostiqués parmi les résidents. Treize d'entre eux ont succombé au virus.

Récemment, le père de Lucie Boisvert l'a informée que l'entretien ménager de son logement était de nouveau suspendu. «Est-ce que tu payes quand même?», lui a demandé sa fille. Il a répondu par l'affirmative.

Mme Boisvert a voulu vérifier pourquoi il en était ainsi, car l'entretien ménager est un service facturé à part, pour ceux qui le souhaitent seulement.

Elle a donc écrit au directeur général de Cité-Jardin, Marc Lafontaine, pour demander que son père soit remboursé pour les semaines où l'entretien ménager de son logement n'a pas pu être fait. La réponse qu'elle a reçue ne fait aucune mention d'un possible remboursement.

«Nous avons mis toute l'équipe à la désinfection des espaces pour contrôler la propagation du virus, a répondu M. Lafontaine. Aucune coupure dans la main-d'œuvre mais plutôt une augmentation des effectifs. [...] C'est une demande de santé publique et non une volonté de la résidence de suspendre le ménage interne. Nous avons besoin de la participation de tous pour réussir à vaincre cette pandémie.»

Mme Boisvert a répondu qu'elle est bien d'accord à ce que l'entretien ménager cesse pour tenter de limiter la propagation du virus, mais qu'elle ne veut pas que son père paye pour un service non rendu.

«Je comprends, mais je peux vous assurer que nous faisons le maximum pour protéger les résidents et résidentes, lui a répondu jeudi dernier le directeur général de Cité-Jardin. Nous parlons d'un investissement en surplus de main-d'œuvre de plus de 200 000$ par mois juste pour la désinfection et le service alimentaire livré à la chambre.»

M. Lafontaine précisait dans son message qu'une deuxième ronde de dépistage massif était en cours et qu'une fois les résultats connus, la résidence sera «en mesure d'avoir la date de reprise de l'entretien ménager».

Directives ministérielles

Les directives ministérielles pour les résidences privées pour aînés des zones rouges et celles où des éclosions de COVID-19 sont détectées prévoient effectivement qu'elles doivent «suspendre les services d’entretien ménager, excepté si l’interruption de ce service compromet l’intégrité ou la sécurité de l’usager, notamment en raison d’un risque d’insalubrité». Le ministère exige aussi une «application rigoureuse d’un protocole de nettoyage et de désinfection des équipements de soins partagés et des lieux physiques» dans toutes les aires communes.

Lucie Boisvert n'a aucun problème avec ces directives. Elle se demande toutefois pourquoi son père et tous les résidents ayant choisi l'option d'un entretien ménager hebdomadaire doivent continuer à payer pour ce service s'ils ne l'obtiennent pas. Avec la réponse qu'elle a obtenue de Cité-Jardin, elle ne peut s'empêcher de penser que tous ceux qui sont dans la même situation que son père contribuent malgré eux à éponger une partie des frais encourus par les mesures supplémentaires appliquées dans l'ensemble du complexe.

La réponse de Chartwell

Le groupe Chartwell confirme de son côté que la facturation de l'entretien ménager continue pour les résidents qui avaient demandé ce service, même s'il est suspendu.

Dans une réponse fournie par écrit au Droit, la vice-présidente aux opérations et aux ventes chez Chartwell, Marie-France Lemay, n'indique toutefois pas clairement si les résidents concernés pourront être remboursés.

«À l’heure actuelle, nous sommes toujours mobilisés pour lutter contre le risque de propagation, et notre priorité demeure la santé, la sécurité et le bien-être de tous, assure Mme Lemay. Dès que la situation nous permettra d'avoir un certain répit concernant l’éclosion à Cité-Jardin, nous analyserons les répercussions engendrées par les consignes de santé publique, qui comprennent également les coûts supplémentaires importants liés aux mesures de prévention et de contrôle des infections et aux services d’assistance mis en œuvre jusqu'à maintenant.»

L'entreprise affirme qu'une fois l'éclosion terminée, elle prendra «la décision la plus équitable possible, qui sera alors communiquée à toutes les personnes concernées».

«Nous devons aussi penser à l’après COVID-19 et tout ce qui devra être modifié concernant les mesures à adopter de façon permanente afin de continuer d’offrir les services de qualité auxquels s’attendent nos résidents», a ajouté Mme Lemay.