La présence d’enfants dans les manufactures était chose courante à l’époque. À Hull, ils ont été nombreux à passer leurs journées à remplir des boîtes d’allumettes pour la E.B. Eddy.

E.B. Eddy: des enfants à dix sous par jour

Inconcevable dans la société d’aujourd’hui, la présence d’enfants dans les manufactures était encore chose courante il y a tout juste un siècle. À Hull, ils ont été nombreux, parfois dès l’âge de huit ou neuf ans, à passer leurs journées à remplir des boîtes d’allumettes pour la E.B. Eddy.

Leur nombre est toutefois très difficile à estimer, note l’étudiante au doctorat en histoire à l’Université d’Ottawa, Kathleen Durocher. « C’était caché, dit-elle. La Loi des manufactures de 1884 a interdit le travail des enfants de moins de 14 ans, mais ce n’était pas respecté. Les parents mentaient sur l’âge de leurs enfants, falsifiaient les documents et la compagnie fermait carrément les yeux. »

La Eddy n’était pas la seule à faire comme si de rien n’était. Mme Durocher a épluché tous les rapports d’inspection réalisés par le gouvernement à l’usine, de 1884 à 1928.

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Louis Guyon, qui était « Grand inspecteur » pour le ministère du Travail du Québec, mentionne à seulement deux reprises qu’il y a « un peu trop d’enfants » à l’usine.

« Il n’en fait pas de cas, dit-elle. Les compagnies savaient à quel moment elles recevaient la visite des inspecteurs. Ces jours-là, elles ne faisaient qu’accepter moins d’enfants qu’à l’habitude. »

Les recensements et la Commission royale d’enquête de 1888 ont permis de confirmer que des enfants de dix et onze ans ont travaillé à l’usine d’allumettes de Hull.

« Une contremaîtresse explique d’ailleurs à l’enquêteur qu’il y a très souvent des enfants en bas âge qui accompagnent leur sœur à l’usine », note M Durocher.

Assemblage maison

Les salaires des employées permanentes étaient maigres, mais ceux versés aux enfants étaient carrément faméliques. « La compagnie ne les considérait pas comme des travailleurs, explique l’étudiante au doctorat. Ainsi, elle n’avait aucune obligation salariale envers eux. Souvent, la compagnie pouvait donner seulement dix sous pour une journée de travail d’un enfant. C’était très peu, mais pour les ménages dans la pauvreté, ça pouvait faire une petite différence. »

Jusqu’en 1890, les boîtes d’allumettes étaient assemblées à la maison, le soir, par les allumettières. Les enfants étaient souvent appelés à participer à cette tâche très mal rémunérée. En 1871, près de 200 familles de Hull participaient à cette production. « Il y a des femmes qui faisaient ça une bonne partie de la nuit, ou très tôt le matin, avant de rentrer à l’usine », souligne Mme Durocher.

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