Sébastien St-Louis, patron de Hydropoticaire installée à Gatineau, explique que les 20 000 kilos commandés par la SAQ est la production pour la première année.

Du cannabis gatinois à la SAQ

MONTRÉAL — Il devrait y avoir au moins 62 tonnes de cannabis dans les réserves de la Société des alcools du Québec (SAQ) lors de la première année où ce produit pourra être consommé légalement à des fins récréatives au Canada.

La société d’État a signé des lettres d’intention avec six producteurs certifiés, dont cinq établis à l’extérieur de la province, qui sont conditionnelles à l’entrée en vigueur de la loi, qui est prévue au cours de l’été.

« Nous avions évalué les besoins à environ 50 tonnes, a expliqué mercredi une porte-parole de la SAQ, Linda Bouchard. C’est un marché qui évolue rapidement et nous sommes allés au-delà de cette cible pour éviter les ruptures de stock. »

Les détails financiers entourant la signature des lettres d’intention entre les six producteurs et la société d’État ainsi que les critères du processus de sélection n’ont pas été dévoilés.

Le plus important fournisseur sera québécois étant donné qu’Hydropothicaire, dont le siège social se trouve à Gatineau, dans le secteur Masson-Angers, a signé une lettre d’intention pour au moins 20 000 kilos de cannabis et de produits dérivés.

« C’est une importante commande pour nous, a expliqué son président-directeur général, Sébastien St-Louis, mercredi, au cours d’un entretien téléphonique. C’est 20 millions de grammes. C’est très peu probable qu’il y ait déjà eu une vente illégale de cette ampleur. »

Aphria et Canopy Growth fourniront chacune au moins 12 000 kilos à la société d’État. MedReleaf a conclu une entente pour 8000 kilos. Aurora Cannabis et Tilray ont été sélectionnées pour 5000 kilos chacune.

Présence québécoise
Ces six entreprises auront le mandat d’approvisionner les 15 premières succursales de la Société québécoise du cannabis (SQC — une filiale de la SAQ. Outre Hydropothicaire, les géants Canopy Growth et Aurora Cannabis sont également présents au Québec.

« Plus de 42 000 kilos vont venir du Québec, a répondu le ministre des Finances, Carlos Leitao, dans les couloirs de l’Assemblée nationale, lorsque questionné sur la décision de sélectionner cinq producteurs de l’extérieur du Québec. Je pense que ces lettres d’intention concernent massivement des producteurs québécois. »

Au fil des années, si les besoins d’approvisionnement augmentent, il n’est pas impossible que la SAQ fasse appel à d’autres joueurs de cette industrie, a également précisé Mme Bouchard.

Dans l’ensemble, les détails des lettres d’intention annoncées mercredi correspondent aux prévisions de l’analyste Vahan Ajamian, qui analyse les activités d’entreprises du secteur du cannabis pour le compte de la firme Beacon Securities.

« Nous nous attendions à entre cinq et sept producteurs sélectionnés et Hydropothicaire qui a obtenu la plus grande part, a-t-il expliqué au cours d’un entretien téléphonique. Les 62 000 kilos sont légèrement inférieurs à nos prévisions. »

Pas encore de prix
Dans le but de concurrencer le crime organisé, Québec avait déjà évoqué de vendre le cannabis de 7 $ à 9 $ le gramme, mais ne s’est pas prononcé sur un prix définitif.

Au premier trimestre terminé le 31 octobre, le prix par gramme généré par Hydropothicaire auprès de clients médicaux avait été de 9,12 $. Selon M. Ajamian, il est peu probable que l’entreprise obtienne un prix similaire dans le cadre de sa lettre d’intention avec la SAQ.

Quand Hydropothicaire aura complété sa nouvelle usine de 250 000 pieds carrés, l’entreprise pourra produire 25 000 kilos de marijuana annuellement dès l’été. Elle ambitionne de quadrupler sa production annuelle de cannabis séché l’an prochain.

« La quantité de 20 000 kilos nous semble appropriée, a dit l’analyste de Beacon Securities, soulignant que 5000 kilos produits par la société étaient actuellement destinés à des fins médicales.

Selon M. St-Louis, la société d’État avait approché l’ensemble des entreprises détentrices d’une licence fédérale de production au cours des derniers mois.

«Les 20 000 kilos, c’est seulement pour la première année, a-t-il dit. Nous nous attendons à aller plus loin en ce qui a trait à l’approvisionnement. Dans l’ensemble, le Québec a adopté une approche réfléchie en concluant des ententes avec les plus importants producteurs au pays.»