Plusieurs dizaines de résidents étaient présents dans la salle du conseil municipal d’Ottawa, mardi.

Discussions animées à l’hôtel de ville

Affirmer que le projet de construction d’un refuge de l’Armée du Salut dans le secteur Vanier soulève les passions relève de l’euphémisme.

Le comité d’urbanisme de la Ville d’Ottawa en a la preuve flagrante depuis mardi, premier de trois jours où les opposants et les défenseurs du concept ont une ultime chance de présenter leurs arguments avant que les élus ne tranchent. 

Le projet de l’organisme de déménager son refuge actuellement sis dans le marché By sur le terrain situé au 333, chemin de Montréal, dans le secteur Vanier, crée la controverse depuis juin dernier. 

Mardi, 165 personnes, du jamais vu ou presque, se sont inscrites pour faire valoir leur point de vue à la Ville. Le comité siégera, à moins d’avis contraire, jusqu’à la fin de la semaine, exception faite de jeudi. Les gens ont dû être entassés dans deux salles distinctes. 

La Ville a d’abord réitéré qu’elle recommandait que le projet de centre multifonctionnel comprenant deux ailes de trois et six étages soit accepté parce qu’il respecte la réglementation d’urbanisme. Elle a aussi mis en garde les élus que si des considérations qui ne sont pas liées à l’utilisation du sol devaient influencer la décision, la Commission des affaires municipales de l’Ontario pourrait renverser la décision advenant que celle-ci soit portée en appel. 

Professeur en psychologie à l’Université d’Ottawa, Tim Aubry fait partie des gens qui ont défilé au micro. Il affirme que l’une des grandes lacunes est que le refuge pour hommes est de trop grande taille.

« Nous savons qu’on y accueille les citoyens les plus marginalisés de notre société, alors quand vous en augmentez le nombre de façon significative, ça aggrave leur marginalisation », a-t-il plaidé.

Ex-infirmière et résidente du secteur, Suzanne Lépine croit que l’Armée du Salut n’a pas tenu compte des répercussions qu’un tel projet aura dans un quartier où de nombreuses personnes vivent sous le seuil de la pauvreté, majoritairement des femmes. 

« Est-ce qu’il y aura davantage d’hommes intoxiqués dans nos parcs ? Plus de cas d’harcèlement sexuel envers les adolescentes ? La portée et l’étendue du projet fait en sorte qu’il serait impossible d’assurer la cohésion et la viabilité d’une communauté qui a travaillé fort pour changer son visage. Ça aurait un impact destructeur pour les générations à venir », a-t-elle lancé.

Marie-Josée Houle, directrice générale de l’organisme Action-Logement, dont les bureaux sont situés à quelques mètres du site, croit de son côté que le projet répondra aux besoins.

« Les refuges devraient se trouver là où sont les gens auxquels ils viennent en aide », dit-elle.

Mitraillé de questions par plusieurs élus, en particulier Mathieu Fleury, le directeur général du Centre Booth de l’Armée du Salut a répété que le projet était novateur et que l’actuel bâtiment où loge l’organisme depuis 54 ans était désuet.

« Le nouveau concept est axé sur la dignité, ce serait le début d’une nouvelle ère. Je crois que peu importe où nous proposerions ce projet, il susciterait de l’opposition, alors l’important pour moi  est de poursuivre le dialogue », a-t-il affirmé, ajoutant que la compilation de données confidentielles dont les codes postaux permet de conclure qu’une bonne part des usagers proviennent de Vanier.

Une vingtaine d’autres personnes se sont exprimées jusqu’à maintenant, la majorité s’opposant au projet. Les discussions se poursuivront mercredi dans ce dossier qui a entre autres mené à la création du groupe SOS Vanier.