La professeure Linda Cardinal

Développer la franco-responsabilité

Si les groupes communautaires de l'Ontario français et ses citoyens ont le devoir de réclamer davantage de services dans leur langue, il en va de même pour les entreprises des secteurs à forte prédominance francophone d'Ottawa, estime la chercheuse Linda Cardinal.
«Certaines entreprises se disent écoresponsables. Nos gens d'affaires, eux, doivent être francoresponsable», soutient la titulaire de la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques de l'Université d'Ottawa.
Dans l'«autre» capitale nationale, l'Hôtel Château Laurier Québec fut le premier établissement «francoresponsable» des Amériques. Il fait de la langue française «un engagement et une marque de respect» envers la francophonie, la collectivité québécoise et sa clientèle.
La mise en place de cette nouvelle signature corporative «positionne l'Hôtel comme un des phares qui contribuent au rayonnement de la culture d'expression française», explique la direction de l'établissement. Le personnel de l'hôtel accueille sa clientèle dans plusieurs langues, mais le français aura toujours prédominance.
Francophonie en évidence
Sans aller jusque-là, les commerces des secteurs Vanier et Orléans, notamment, devraient faire de l'offre active l'un des éléments centraux de leur service à la clientèle, affirme Mme Cardinal.
Un écusson à la porte pourrait facilement indiquer qu'il est possible d'obtenir un service ou des menus en français au sein de l'établissement.
À l'image de drapeaux gais qu'affichent certains commerces «amis» de la communauté LGBT (lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres), ou encore des sigles «English - Français» installés sur les comptoirs de service à la clientèle du gouvernement fédéral.
«Si Vanier, malgré le fait que les francophones y sont minoritaires, veut contribuer à l'épanouissement du français, il ne faut pas avoir peur de mettre ça en évidence. Il faut respecter notre spécificité historique afin qu'elle s'épanouisse. Tout le monde doit y mettre du sien.»
Tout le monde, y compris les gens d'affaires francophones, poursuit Mme Cardial. Certains décident de ne pas s'afficher dans cette langue «par peur» ou par désir de ne pas déranger. «Le fait français, ce n'est pas une honte. C'est une valeur ajoutée de parler le français. C'est la façon dont on est à Ottawa. On est un milieu où il y a des cultures et des langues diverses et où le français et l'anglais sont les langues officielles.»
Mais pour que les commerces s'affichent en français, les clients doivent eux aussi réclamer qu'on les serve dans cette langue plutôt que de passer à l'anglais une fois entré dans le vestibule.