Québec octroie une enveloppe de 5 millions $ à l’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS) pour développer la première stratégie québécoise numérique en prévention du suicide.

Détecter les idées suicidaires en ligne

Les signaux de détresse lancés par les internautes auront davantage de chances d’être captés grâce à la première stratégie québécoise numérique en prévention du suicide.

La ministre déléguée à la Santé publique Lucie Charlebois a annoncé lundi à Québec qu’elle octroyait une enveloppe de 5 millions $ à l’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS) pour développer cette initiative. L’AQPS, qui a déjà commencé le travail, croit pouvoir implanter de nouvelles façons de faire à partir du printemps 2018, qui comprendront du clavardage et des textos.

«Cette stratégie permettra de combler un vide et d’éviter que davantage de personnes tombent entre les mailles du filet», a commenté Jérôme Gaudreault, directeur général de l’AQPS. Par exemple, des algorithmes pourront être développés en partenariat avec Facebook ou d’autres médias sociaux pour repérer les personnes plus vulnérables. M. Gaudreault explique que plusieurs personnes qui ont des idées suicidaires interrogent Google ou d’autres moteurs de recherche avant de passer à l’acte. «On peut alors leur pousser de la publicité préventive sur les ressources d’aide.»

«Rejoindre une autre clientèle»

La ministre Charlebois espère que cette nouvelle approche permettra «de sauver plus de vies» et de «rejoindre une autre clientèle qu’on n’a pas réussi à rejoindre par d’autres moyens», comme les médias traditionnels ou la ligne téléphonique 1-866-APPELLE, qui restera toutefois en fonction. 

Le gouvernement répond en quelque sorte au cri d’alarme que l’homme d’affaires Alexandre Taillefer a lancé en février dernier, lui dont le fils s’est enlevé la vie, mais après avoir laissé des messages de détresse sur une plate-forme de jeu en ligne. 

M. Gaudreault souhaite s’inspirer des meilleures pratiques dans le domaine et d’autres pays qui ont déjà déployé de telles stratégies numériques, comme les États-Unis. Il indique aussi qu’une attention particulière sera apportée aux groupes de personnes chez qui le suicide est plus élevé, comme les hommes ou les membres des communautés autochtones. 

Pour M. Gaudreault, il s’agit d’un «projet d’envergure», qui regroupe des chercheurs, des intervenants et des spécialistes du web. «Le potentiel d’Internet est sous-exploité au Québec dans le domaine de la santé mentale.» Avec les fonds consentis, l’AQPS pourra faire des embauches et former son personnel. «Aider une personne en ligne est très différent qu’au téléphone ou en personne», soutient M. Gaudreault.