L'ancien conseiller spécial de Brigil, Yves Ducharme, et le grand patron de l'entreprise, Gilles Desjardins

Desjardins dit avoir été «menacé» par Pedneaud-Jobin

Le grand patron de Brigil, Gilles Desjardins, accuse le maire sortant de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, de l’avoir «menacé» que ça allait «saigner» s’il déposait officiellement son projet Place des peuples. Des allégations que nie catégoriquement le chef d’Action Gatineau.

À onze jours des élections municipales, Gilles Desjardins y est allé d’une charge à fond de train contre le chef d’Action Gatineau, mercredi, en rapportant des propos qui auraient été tenus lors d’une rencontre ayant eu lieu en janvier 2016 avec Maxime Pedneaud-Jobin, son chef de cabinet Melvin Jomphe, et le conseil spécial de Brigil de l’époque, l’ancien maire Yves Ducharme.

En conférence de presse, M. Desjardins a affirmé que «pendant 20 minutes de temps», il s’est «fait crier après» et s’est «fait menacer» par Maxime Pedneaud-Jobin. «Je [me suis] fait dire que tous les conseillers municipaux étaient pour brasser la cabane, bloquer le projet et [que] j’ai jamais vu la guerre que je vais avoir si je continue à pousser le projet», soutient l’homme d’affaires. Ce dernier affirme que M. Pedneaud-Jobin lui a dit que «ça va saigner» si Brigil continuait avec l’idée d’ériger des tours de 35 et 55 étages devant le Musée canadien de l’histoire.

Gilles Desjardins estime que si Maxime Pedneaud-Jobin «fait ça à un entrepreneur comme» lui, «ça fait peur».

Yves Ducharme a corroboré les propos rapportés par le fondateur de Brigil, en se basant sur les notes qu’il a prises lors de la rencontre. «Ce qui a été indiqué c’est que si jamais Gilles Desjardins déposait son projet, qu’il y en aurait au moins sept [conseillers] solide qui se chargeraient de faire le tour de l’ensemble du quartier de la ville et qu’il y aurait du sang sur la table». M. Ducharme a toutefois précisé que bien que le ton ait été «assez ferme», personne n’avait crié lors de cette rencontre

Gilles Desjardins dit ainsi craindre pour l’avenir si le parti de Maxime Pedneaud-Jobin obtient une majorité de sièges au conseil municipal le 5 novembre. 

«Si Action Gatineau rentre majoritaire dans Gatineau, j’ai peur pour notre économie, j’ai peur qu’on perde le contrôle de notre ville.»

M. Desjardins note qu’en vertu de la réglementation actuelle, il ne pourrait construire que deux édifices de trois étages à l’endroit où il souhaite construire Place des peuples. 

«Ce serait gaspiller le terrain», dit-il, en ajoutant qu’il compte être «patient» dans l’espoir de construite un jour ses deux tours.

«Je vais être respectueux envers tous les citoyens de Gatineau, a-t-il mentionné. Le projet, ça va prendre le temps que ça va prendre pour le faire.»

Tout en félicitant le Groupe Heafey pour l’annonce de son projet VIU 2, qui comptera 18 étages et qui sera érigé sur la rue Laurier près du premier VIU, Gilles Desjardins a demandé que son entreprise obtienne «le même service» de la part de la Ville pour Place des peuples, sans «traitement de faveur».

Pedneaud-Jobin nie

Le chef d’Action Gatineau et maire sortant Maxime Pedneaud-Jobin nie avoir menacé le promoteur Gilles Desjardins, tel que l’allègue le grand patron de Brigil.

La sortie médiatique de Gilles Desjardins a mené à une première réaction écrite de la part de M. Pedneaud-Jobin, peu avant midi.

« La réunion à laquelle M. Desjardins fait référence a été houleuse, écrit-il. Je n’ai pas prononcé les mots qu’on me reproche. J’ai affirmé que sous aucune considération, je n’accepterais de détruire un de nos derniers quartiers patrimoniaux. M. Desjardins n’en a certainement pas été affecté, car peu après, nous sommes allés marcher des terrains ensemble au centre-ville pendant tout un avant-midi. Par la suite, nous avons eu de nouvelles rencontres dans mon bureau pour que je lui propose d’autres utilisations possibles de son terrain, dans le respect du [plan particulier d’urbanisme], s’il acceptait de déplacer son projet. Je ne céderai ni aux mensonges, ni au chantage, et je resterai au service des tous les Gatinois, pas au service d’une seule entreprise. »

Interpellé sur le sujet lors du débat des candidats à la mairie tenu sur l’heure du dîner sur les ondes du 104,7 Outaouais, Maxime Pedneaud-Jobin a fait écho à sa première déclaration.

« Je n’ai pas menacé personne, a-t-il dit en ondes. Ce que j’ai dit, c’est que moi, j’ai des convictions profondes et qu’à cet endroit-là, à cet emplacement-là, [Place des peuples] n’a pas sa place. »

Le maire sortant dit qu’il a peut-être utilisé les termes « bataille politique » ou « guerre politique », sans plus. « M. Ducharme était agressif aussi ce jour-là », a mentionné le chef d’Action Gatineau.

Réactions

La candidate à la mairie Sylvie Goneau a pour sa part déclaré ne pas être surprise des propos rapportés par M. Desjardins, affirmant avoir elle aussi « connu des attaques » de la part de Maxime Pedneaud-Jobin. « Je pourrais en nommer deux autres citations et conversations très déplaisantes à mon égard que j’ai eues avec vous », a-t-elle lancé à M. Pedneaud-Jobin.

Aussi candidat à la mairie, Denis Tassé en a aussi profité pour attaquer le maire sortant. « On voit très bien M. Pedneaud-Jobin de la manière que vous fonctionnez avec les entrepreneurs, c’est un peu la même chose qu’on voit avec les élus municipaux, c’est la confrontation », a-t-il mentionné sur les ondes du 104,7 Outaouais.