Des sinistrés pourront reconstruire en zone inondable

Des sinistrés des inondations historiques du printemps dernier pourront reconstruire leur maison en zone inondable. Le programme de dérogation collective du gouvernement du Québec, dévoilé lundi, permettra à plusieurs propriétaires d’éviter la démolition.

Cette dérogation collective devrait réjouir les propriétaires des secteurs des rues Jacques-Cartier, Moreau, Riviera et du boulevard Hurtubise, dont les résidences en zone à risque d’inondation de récurrence 0-20 ans avaient été déclarées perte totale. Le décret gouvernemental de juin dernier forçait la démolition de ces résidences.

Réunis pour l’annonce lundi matin, le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, et le député de Chapleau, Marc Carrière, ont confirmé que les règles venaient de changer pour ces quartiers où on retrouvait plus de 15 résidences déclarées pertes totales.

Maxime Pedneaud-Jobin s’est réjoui de cette annonce qu’il considère le fruit d’un « travail d’équipe exemplaire ». Il estime également que la Ville et le ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire (MAMOT) ont « fait tout ce qu’ils pouvaient » pour arriver à cette solution le plus rapidement possible, et que dans ces circonstances particulières, se dit « plutôt fier de la rapidité [...] on a travaillé ».

« Pour nous, c’était important de préserver un milieu dense qui existe depuis longtemps. Ce n’était pas une erreur d’urbanisme, ça fait deux siècles que les gens étaient installés. On s’est senti vraiment écouté par le gouvernement quand on a apporté les préoccupations comme celles-là. »

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, et le député de Chapleau, Marc Carrière, lors de l'annonce de lundi matin.

Les citoyens touchés par cette mesure exceptionnelle auront jusqu’au 20 janvier 2019 pour formuler une demande de reconstruction. La dérogation ne sera toutefois pas approuvée automatiquement. Les propriétaires devront fournir un plan détaillé sur la manière dont ils comptent immuniser leur résidence. Dans certains cas où les dommages sont particulièrement importants, la reconstruction pourrait demeurer interdite, malgré l’adoption de ce programme.

Les citoyens touchés par cette mesure qui auraient formulé une demande de démolition seront appelés par les services municipaux pour les informer que cette option supplémentaire s’offre à eux, assure le maire de Gatineau.

Le « fromage gruyère »

En juin, à la suite du décret forçant la démolition des demeures touchées, le maire Pedneaud-Jobin, avait employé l’analogie du « fromage gruyère » dans une lettre adressée au ministre des Affaires municipales et au ministre de l’Environnement. 

Il soulignait alors que « des centaines de résidents » doivent quitter leur demeure « sans avoir les moyens d’assumer les coûts d’un nouveau domicile » et craignait « la disparition de quartiers, à petit feu, au gré des prochaines inondations ».

« La trame urbaine aurait vraiment été modifiée grandement, souligne le député Carrière. 

Il y a beaucoup de gens que j’ai rencontrés qui me disait : “Moi, j’ai vécu ici depuis trois ou quatre générations. Mon voisin s’est immunisé il y a quelques années et il n’y a pas eu d’inondation. Permettez-nous de le faire, parce que si on doit quitter, c’est l’économie d’une vie qui va s’effondrer”. »

LA DÉROGATION COLLECTIVE EN BREF

La mesure s’applique à 862 propriétés.

Deux secteurs ciblés : les rues Jacques-Cartier/Moreau et le boulevard Hurtubise/rue Riviera.

Une résidence déjà démolie n’est pas éligible à la reconstruction.

Mesures d’immunisation à respecter pour que la reconstruction soit autorisée:

  • La crue de récurrence de 100 ans ne peut atteindre une ouverture (porte, fenêtre, etc.) ou un plancher de rez-de-chaussée;
    • Clapets de retenue obligatoires sur les drains d’évacuation;
    • Une étude devra démontrer la résistance des structures se trouvant sous le niveau de la crue à récurrence de 100 ans;
    • Aucune pièce habitable dans un sous-sol (salon ou chambre);
    • Aucune composante importante d’un système mécanique (plomberie, électricité, chauffage, etc.) dans un sous-sol, à moins que ce soit nécessaire à son fonctionnement;
    • Finition des sous-sols obligatoirement avec des matériaux résistant à l’eau.