Des parents du même sexe, un même amour

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
Il y a 30 ans, les policiers faisaient encore des descentes dans les bars gais au Québec. Les perceptions envers la communauté gaie ont beaucoup évolué depuis. Les droits des homosexuels sont reconnus. Le mariage entre deux personnes de même sexe est permis. Les homosexuels sont de plus en plus présents dans la culture populaire ; une famille homosexuelle joue même un rôle important dans la série Toute la vérité. Pour les familles homoparentales, le sentiment que le temps est venu de sortir de l'ombre est de plus en plus fort. LeDroit a rencontré trois familles de la région qui désirent faire reconnaître leur modèle parental au même titre que les autres.
Ils ont deux mamans. D'autres, deux papas. Ils ont été adoptés ou inséminés de façon artificielle. Ils peuvent avoir été conçus dans les règles de l'art avec l'aide d'une personne de confiance, un grand ami qui peut même être parfois le voisin d'en face. Peu importe la méthode, ces enfants qui grandissent dans une famille homoparentale sont tous là pour les mêmes raisons : l'immense volonté de ces couples homosexuels de fonder une famille, de transmettre les valeurs qui leur sont propres et de contribuer à l'avenir de la société.
Comme tous les autres enfants, ceux qui vivent dans une famille homoparentale ont besoin d'amour, d'encadrement, d'encouragement et de savoir que leurs parents seront toujours là pour eux.
Que ce soit dans une famille nucléaire, reconstituée, monoparentale ou homoparentale, si tous ces ingrédients sont réunis, l'enfant aura tous les outils nécessaires pour s'épanouir. L'inverse est aussi vrai, que les parents soient hétérosexuels ou homosexuels.
« Les enfants, en tout premier lieu, ont besoin de s'identifier à leur famille », lance Bianca Nugent. « Si nous, comme parents, sommes chancelants, si nous ne sommes pas à l'aise avec notre choix de vie, comment peut-on penser que nos enfants le seront ? »
Bianca Nugent est sûre d'elle. Son ton est convaincant et c'est avec la même assurance qu'elle et sa conjointe élèvent, dans la différence, leurs deux enfants adoptés de 5 et 7 ans. Elle l'admet, leur modèle familial est différent, mais s'inscrit dans la pluralité des modèles familiaux qu'on retrouve au Québec. « Même quand on pense qu'on n'est pas différent des autres, il y aura toujours quelqu'un pour nous trouver quelque chose de différent, ça, on ne s'en sort pas, dit-elle. Nous sommes tous différents. Ce qu'il faut, c'est en faire une force. »
À ses côtés, dans un petit café d'Ottawa où LeDroit les a réunis, Matthieu Brennan, en couple avec son conjoint depuis 32 ans et père de deux adolescents adoptés de 13 et 15 ans, ainsi que Julie et Rachelle, en couple depuis 20 ans et mères de trois enfants de 7, 9 et 12 ans. Tous s'entendent pour dire qu'avant d'avoir des enfants, un couple gai doit se poser des questions qu'un couple d'hétérosexuel n'aura pas à se poser. « C'est surtout le questionnement de comment l'enfant va grandir là-dedans, explique Julie. Comment va-t-il vivre avec ça, avoir deux mères. »
« C'est qui mon papa ? »
Si Mme Nugent et M. Brennan ont choisi l'adoption pour fonder leur famille, le choix a été complètement différent pour Rachelle et Julie. « Je voulais porter mes enfants, précise Rachelle. Je ne voulais pas que le père biologique soit un étranger, je voulais connaître les antécédents médicaux. Un ami s'est offert, un grand ami. C'était aussi le voisin d'en face. Il était prêt à nous aider, mais c'était clair pour lui qu'il n'allait pas reconnaître la paternité des enfants. Il avait déjà un enfant, il ne voulait aucune responsabilité. »
Rachelle a donc eu des relations sexuelles avec cet homme pour ses trois enfants. Ces derniers ont grandi, sans savoir que le bon ami de leurs deux mères était en fait leur père biologique. « Mais un jour, la question est venue, raconte Julie. Nous nous étions entendues sur le fait qu'on allait leur dire la vérité le jour où ils poseraient des questions. Ce fut toute une surprise pour eux. Aujourd'hui, ils savent qui est leur père biologique, il y a une proximité, c'est toujours un ami, mais cet homme ne joue pas le rôle de parent. »
L'école et l'intimidation
Les parents des trois familles rencontrées par LeDroit affirment que leurs enfants n'ont pas été victimes d'intimidation à l'école à cause de leur modèle familial. Tous affirment toutefois que leurs enfants sont plus sensibles aux propos homophobes, même s'ils n'en sont pas la cible. « Je dis à mes enfants que l'important c'est de décider à qui tu donnes le pouvoir de te faire du mal, explique M. Brennan. Il y a plein de gens insignifiants autour de nous dans la vie. Quelqu'un qui fait un commentaire désobligeant, mais qui ne fait pas partie de ta vie ne devrait pas t'affecter. Quant aux intimidateurs, ils trouveront toujours quelque chose pour faire du mal. Soit tu es gros, que t'as des lunettes, des broches ou des gros seins, il trouvera. Si ce n'est pas ça, ce sera autre chose. Ce que les enfants ont besoin pour faire face à ces intimidateurs ce sont des réponses, des façons de mettre fin à l'intimidation. »
Selon M. Brennan, le niveau d'intervention contre l'intimidation à l'école s'est beaucoup amélioré depuis quelques années. « Quand j'ai rencontré mon chum, au début des années 1980, il y avait encore des descentes de police dans les bars gais, se rappelle-t-il. Aujourd'hui, les perceptions ont beaucoup changé. Il y a des campagnes contre l'homophobie dans les écoles, organisées par les jeunes eux-mêmes. »
Mme Nugent est d'avis qu'il est temps pour les familles homoparentales de repousser l'invisibilité. « Certains milieux institutionnels ont besoin d'être brassés un peu, dit-elle. Il faut leur dire qu'on est là, qu'on existe et que nos enfants s'en viennent. Ces milieux doivent s'adapter. »