Heather Harder, de London, en Ontario, soutient que son garçon de trois ans est constamment intercepté à l’aéroport. «Ma famille est originaire de Saskatchewan, alors on leur rend visite assez souvent. Et à chaque étape du voyage, on est interpellés», a raconté lundi cette mère qui ne s’aventurerait même pas, dans les circonstances, à prendre un vol international.

Des parents canadiens excédés par les ratés de la liste d’interdiction de vol

OTTAWA - De jeunes Canadiens et leurs parents se sont rassemblés à Ottawa, lundi, pour dénoncer les ratés de la liste d’interdiction de vol, qui retiennent parfois des enfants aux aéroports avant qu’ils puissent enfin monter à bord - si leur vol n’est pas déjà parti.

Une dizaine de familles d’un regroupement qui comprend maintenant une centaine de victimes canadiennes ont plaidé leur cause auprès de députés et de ministres, lundi, en espérant que le budget 2018 prévoira enfin des sommes pour la mise en œuvre d’un nouveau système informatique, qui pourrait régler le problème.

Plusieurs parents canadiens se plaignent de devoir endurer, à répétition, d’inutiles délais aux aéroports parce que leur enfant a le malheur de porter le même nom qu’une personne qui figure sur la liste d’interdiction de vol. Et les victimes estiment que le projet de loi actuellement à l’étude au Parlement ne réglera rien à court terme.

Le gouvernement libéral a proposé des modifications à la Loi sur la sûreté des déplacements aériens qui permettraient au ministre de la Sécurité publique de prévenir les parents que leur enfant ne fait pas partie de la liste canadienne d’interdiction, mais porte tout simplement le même nom qu’un exclu.

Le projet de loi permettrait aussi aux agents fédéraux de vérifier électroniquement la liste des passagers, une tâche actuellement dévolue aux transporteurs aériens. Il faudra au préalable, cependant, créer un nouveau système informatique pour procéder à cette vérification.

Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a demandé aux parents d’être patients, car les modifications proposées prendront du temps et nécessitent d’abord l’adoption de modifications législatives au Parlement. «Malheureusement, c’est un processus compliqué, a soutenu M. Goodale avant la période de questions, lundi. L’erreur a été commise il y a plusieurs années, lors de la mise en place du système - et on a procédé à l’envers.»

En août, le comité permanent de la sécurité publique et nationale des Communes avait recommandé au gouvernement de débloquer les fonds nécessaires pour mettre en place le nouveau système informatique.

Problème technique

Les familles des victimes, elles, étaient déçues que le budget du printemps dernier n’ait pas prévu d’enveloppe pour créer le nouveau système informatique. «Il s’agit d’un problème technique, qui nécessite une solution technique», soutient Sulemaan Ahmed, père d’un garçon de huit ans qui a été retenu plusieurs fois à l’aéroport avant de prendre l’avion. «Les familles ne veulent plus entendre encore des prétextes.»

Le regroupement note par ailleurs que ces erreurs sur la personne touchent souvent des gens qui portent un nom à consonance arabe ou musulmane, ce qui soulève des enjeux de droits de la personne et de profilage.

Heather Harder, de London, en Ontario, soutient que son garçon de trois ans est constamment intercepté à l’aéroport. «Ma famille est originaire de Saskatchewan, alors on leur rend visite assez souvent. Et à chaque étape du voyage, on est interpellés», a raconté lundi cette mère qui ne s’aventurerait même pas, dans les circonstances, à prendre un vol international.

Sulemaan Ahmed et sa femme Khadija Cajee avaient témoigné le mois dernier devant un comité des Communes qui mène des consultations sur le prochain budget fédéral. Au nom du regroupement de familles, le couple avait imploré le Parlement d’agir rapidement.

L’organisme soutient aussi que certains de ces enfants, devenus plus vieux, pourraient maintenant voyager seuls, mais hésitent à le faire de crainte d’être ostracisés. Car selon M. Ahmed, ce problème récurrent touchera maintenant de jeunes adultes, et pourrait avoir un impact sur leur admission à l’université, la recherche d’un emploi et leur avenir.

Alex Neve, secrétaire général d’Amnistie internationale Canada, rappelait aussi lundi, lors de la conférence de presse à Ottawa, les risques que représentent ce genre d’erreurs sur la personne lorsqu’elles sont transmises à des gouvernements étrangers. «Cela peut même mener à des détentions injustifiées, des disparitions ou de la torture.»