Paulette Lalande, présidente de la CRÉO..
Paulette Lalande, présidente de la CRÉO..

Des millions de dollars et un conflit qui dorment

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
Un montant de 3,4 millions $ qui dort depuis des années dans les coffres de la Société de diversification économique de l'Outaouais (SDÉO) est en voie de devenir une importante source de conflit politique. Et il pourrait même complètement échapper à la région, a appris LeDroit.
La présidente de la SDÉO, Paulette Lalande, assure que ce montant est en Outaouais pour y rester, bien que le gouvernement du Québec ait longtemps voulu le rapatrier. Elle ajoute même que les négociations, débutées en 2011 pour déterminer comment l'argent sera redistribué - et surtout par qui -, sont sur le point d'arriver à terme.
Créée spécialement pour l'Outaouais à la fin des années 1990 en réponse aux coupures du fédéral, la SDÉO a été mise en veilleuse après l'élection du gouvernement Charest en 2003. Elle a au total investi plus de 12,5 millions $ dans des entreprises régionales sous forme de prêts et de capital-action. Malgré la suspension de ses activités, le fonds s'est graduellement renfloué, au fur et à mesure que les prêts consentis aux entreprises étaient remboursés.
« Il fallait d'abord s'assurer que les 3,4 millions $ demeurent en Outaouais, dit-elle. Ce n'était pas acquis. Nous avons eu cette confirmation en 2011. C'est ensuite que nous avons commencé à voir comment nous pouvions nous entendre pour utiliser cet argent. Nous souhaitons maintenant que ce soit fait d'ici Noël. »
Loin d'être « ficelé »
La ministre responsable de l'Outaouais, Stéphanie Vallée, avait un tout autre son de cloche à offrir, jeudi en fin de journée, en entrevue avec LeDroit. « C'est très préliminaire, a mentionné la ministre. Ce qui m'a été présenté est très sommaire. C'est très loin d'être un projet ficelé. Il n'y a rien de clair et de précis là-dedans. J'ai encore beaucoup de questions à poser. Il me manque des documents. J'ai entendu parler de ce dossier il y a seulement deux semaines. »
Mme Vallée laisse aussi planer un sérieux doute sur les intentions du gouvernement. Alors que Mme Lalande soutient avoir la confirmation depuis environ 2011 que ce montant restera en Outaouais, Mme Vallée affirme pour sa part que cette décision date de plusieurs années. « Il faut revoir tout ça, a-t-elle affirmé. Il n'y a aucun décret ministériel à ce sujet. L'objectif est que la région puisse conserver ce montant d'argent, mais il faut continuer de travailler sur ce dossier. »
Pedneaud-Jobin préoccupé
Pour ajouter au flou entourant l'avenir de ces millions de dollars, le seul autre membre du conseil d'administration de la SDÉO, Patrick Duguay, admet que le temps nécessaire pour prendre une décision dans ce dossier est anormalement long. Il ajoute n'avoir aucune idée des négociations menées depuis 2011 dans ce dossier par le directeur régional du ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Jeffrey McHan.
Selon Mme Lalande, qui est aussi présidente de la Conférence régionale des élus de l'Outaouais (CRÉO), il serait déjà déterminé que l'argent serait partagé entre les quatre MRC et la Ville de Gatineau. L'argent pourrait servir à faire de la diversification économique, mais aussi à autre chose.
Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, a indiqué au Droit être « préoccupé par ce qui va se décider » depuis sa rencontre avec M. McHan, il y a une semaine. « Cet argent doit cesser de dormir dans les coffres, a-t-il insisté. Gatineau a investi de l'argent dans la SDÉO. Je veux savoir ce que nous allons faire avec cet argent et qui va allouer ces sommes. Je veux que la contribution de Gatineau soit reconnue. Ces sommes doivent servir à faire de la diversification économique. L'aéroport, par exemple, pourrait bénéficier de cette source de financement. »
Le président de la Chambre de commerce de Gatineau, Antoine Normand, affirme lui aussi avoir de « vives inquiétudes » face à ce dossier. « Cet argent était dévolu à la diversification économique, pour soutenir le démarrage et la croissance d'entreprises, a-t-il insisté. J'espère que le ministère ne va pas se réapproprier cet argent pour l'utiliser à d'autres fins. Ces fonds étaient gérés par un conseil représentatif des intérêts socio-économiques de l'Outaouais. Il ne faudrait pas que ça devienne le sac à bonbons de quelqu'un. »