Daniel Bussières soutient que certaines œuvres demandent plus de 400 heures de travail.

Des Forces canadiennes à la broderie

Vers la fin de sa carrière dans les Forces armées canadiennes, Daniel Bussières a trouvé un étonnant passe-temps pour se changer les idées lors des missions à l’étranger : la broderie.

«J’ai réalisé plus tard que c’était une bonne échappatoire pour moi. Quand je faisais de la broderie, je ne pensais à rien, je me concentrais là-dessus. Les petits problèmes ou les situations de stress qu’on avait vécues, je n’y pensais plus», raconte le résident de Beauport, qui a entre autres participé à des missions en Croatie, en Bosnie et en Égypte.

Alors qu’il faisait ses emplettes à Montréal, vers la fin des années 90, une dame dans une boutique lui a fait connaître la broderie. Il a alors essayé, sans trop d’attentes, et y a immédiatement pris goût. L’activité lui permettait de «décrocher». Pendant ses trois derniers voyages, qui duraient environ six mois, il a amené son équipement avec lui.

«J’étais commis postal. Mon rôle était surtout important en mission à l’étranger. Les gens comptaient sur nous pour transmettre les messages. Dans le temps, il n’y avait pas Internet, on avait les infos par les lettres et les colis. On est seuls sans être seuls dans les Forces, exprime M. Bussières. On est beaucoup, mais on est seuls parce que nos familles ou nos proches ne sont pas là. Il faut trouver de quoi s’occuper. Moi, je ne prenais pas de bière, je faisais ça.»

Depuis sa retraite en 2003, le vétéran n’a pas lâché ses aiguilles. Il prend des pauses entre quelques patrons, certaines œuvres demandent plus de 400 heures de travail! Mais le désir de broder revient toujours. 

Les patrons qu’il choisit ont toujours une signification pour lui, chacun lui rappelle un moment ou une personne de sa vie. Est-ce qu’il y a des patrons au thème militaire dans sa collection? Jamais. L’activité était justement pour s’échapper un peu de son travail.

«C’est toujours un moyen de détente pour moi, même après les Forces. C’est vraiment une passion, il faut être patient pour broder. Moi, je fais du point de croix», indique M. Bussières, qui souffle 62 bougies cette année. 

Univers «macho»

La broderie n’était pas très populaire chez les militaires, mais ça ne dérangeait pas M. Bussières d’être un peu hors-norme. 

«C’était drôle, parce que les Forces canadiennes, on ne se le cachera pas, c’est un milieu un peu macho, rigole-t-il. On m’agaçait un peu, mais je faisais mes affaires. C’est arrivé en fin de carrière, j’avais plus de temps de fait qu’il m’en restait à faire. Ça ne me pesait pas. Même s’ils m’agaçaient, ça ne me dérangeait pas.»

Le vétéran fait partie de la Guilde des dentellières et des brodeuses. Parmi les centaines de membres du groupe, on peut compter les hommes sur les doigts d’une main. Et ça aussi, ça ne dérange pas M. Bussières, qui espère encourager plus d’hommes à pratiquer la broderie. 

«Je fais quelques expositions. Les gens me posent souvent des questions et je leur explique comment ça a commencé. Ils sont surtout étonnés que ça soit un homme qui brode, plutôt que ce soit un ancien militaire. Il y a en pourtant beaucoup des hommes qui brodent, mais ils ne s’affichent pas tous», termine M. Bussières.