En l’espace de huit semaines le printemps dernier, 1771 dépassements illégaux du bras d’arrêt d’un autobus scolaire ont été répertoriés pour les 13 autobus équipés de caméras.

Des dépassements illégaux par centaines

« Il y a urgence d’agir », plaide l’entreprise BusPatrouille, quelques mois après le dépôt d’un rapport révélateur portant sur un projet pilote de caméras sur les autobus scolaires au Québec. Les infractions des automobilistes sont nombreuses et tandis que plusieurs juridictions en Amérique du Nord s’attaquent au problème, c’est encore le statu quo dans la Belle Province, déplore-t-on.

Les statistiques tirées du document déposé au ministère des Transports (MTQ) en septembre dernier parlent d’elles-mêmes : en l’espace de huit semaines le printemps dernier, 1771 dépassements illégaux du bras d’arrêt d’un autobus scolaire ont été répertoriés pour les 13 autobus équipés de caméras. Avec un taux moyen de 3,8 infractions par autobus par jour, le projet pilote au Québec « est le plus préoccupant » que BusPatrouille ait réalisé depuis 2015. À titre comparatif, la moyenne variait entre 2 et 2,5 infractions en Ontario et aux États-Unis.

À Gatineau, 114 infractions avaient été comptabilisées aux abords du véhicule d’Autobus Campeau, soit la sixième pire fréquence d’infraction. Le boulevard Saint-Raymond était de loin l’endroit le plus dangereux (63 dépassements).

« Ce boulevard-là, c’est un circuit typique où il faut intervenir rapidement. Il y en a partout en province. Il faut garder à l’esprit qu’on travaille avec une clientèle vulnérable, mais surtout très imprévisible. Un enfant qui décide de traverser la rue du côté opposé, ça arrive régulièrement. On considère qu’il faut vraiment renforcer la législation », lance le vice-président de BusPatrouille, Roberto Rego.

Alors que bat son plein la 31e campagne de sécurité en transport scolaire, l’entreprise québécoise s’explique mal pourquoi le gouvernement ne prend pas le taureau par les cornes et tarde à donner suite aux conclusions du projet pilote, alors que plusieurs usagers de la route persistent à conduire imprudemment et à faire fi des feux clignotants des autobus.

À Gatineau, c’est 114 infractions que le projet pilote de BusPatrouille a dénombrées.

« On a l’impression que tout le monde s’immobilise, mais ce n’est pas le cas. Depuis cinq ans, la distraction au volant est devenue un phénomène et ça vient amplifier la problématique. On tient tout ça pour acquis, mais dans les faits, la réglementation est dure à appliquer, car il s’agit d’une infraction mobile. C’est difficile pour les autorités de la renforcer. Sauf que là, c’est possible de le faire avec les caméras. Depuis l’automne, il y a un mouvement sans précédent ailleurs au Canada et au sud de la frontière, où il y a eu plusieurs décès. On a récemment fait des pas de géant en Ontario en rencontrant à plusieurs reprises le ministère des Transports et en discutant avec plusieurs municipalités pour la mise en place de notre programme », explique M. Rego.

Le Droit est d’ailleurs allé constater sur le terrain cette réalité en montant à bord de l’autobus du circuit 9 de Bigras Transport, dans le secteur Gatineau (lire ici la chronique de Patrick Duquette).

BusPatrouille, dont le système de caméras est déployé dans plusieurs États américains y compris le Maryland, la Georgie et le Texas, prétend que c’est l’ultime voie à emprunter pour espérer avoir un véritable effet dissuasif sur les usagers de la route. Un changement « drastique » de comportement a été noté chez les automobilistes, le nombre d’infractions chutant de 35 à 40 % après un an.

Certains endroits, comme l’Île-du-Prince-Édouard, ont serré la vis à double tour. Depuis peu, dans cette province, doubler un autobus scolaire alors que les feux clignotants rouges sont activés entraîne 12 points d’inaptitude et la suspension du permis de conduire pour une période de trois mois, sans compter une amende pouvant atteindre 5 000$.

« Le hic, c’est qu’une sanction très sévère peut produire l’effet inverse, car les policiers se sentent mal à l’aise de l’appliquer. […] Le problème auquel on fait face, c’est que nos législateurs n’ont pas prévu l’arrivée de la technologie dans l’application du Code de la sécurité routière, mais c’est inévitable, on devra l’adapter », affirme-t-il.

10 000$ par autobus

L’installation d’un système de caméras sur chaque véhicule représente une facture moyenne de 10 000$, mais BusPatrouille estime que tous les acteurs doivent « réussir à travailler ensemble dans ce dossier », qu’il s’agisse des commissions scolaires, des transporteurs, de la police ou du gouvernement, précisant que selon le modèle d’affaires choisi, l’argent engendré par les amendes peut financer en partie « ce projet de société ».

« Nous n’avons toujours pas rencontré le ministère, mais ça devrait se concrétiser sous peu. Comme il s’agit d’un nouveau gouvernement, nous espérons que ce dossier pourra être redynamisé. Nous avons offert notre pleine collaboration et sommes confiants que le gros bon sens prévaudra », mentionne M. Rego.

À terme, les autobus scolaires pourraient devenir intelligents, indique ce dernier.

« On va être en mesure de déployer une application pour que les parents sachent où est l’autobus en temps réel. Pensez-y, nous sommes capables de retracer nos achats sur Amazon, mais pas de retracer les autobus, qui transportent pourtant ce qu’on a de plus précieux, nos enfants », soutient l’homme d’affaires.