Martin Coiteux

Des démarches simplifiées pour les futurs sinistrés

MONTRÉAL — Québec semble avoir tiré plusieurs leçons des ratés qui ont suivi les inondations sans précédent du printemps dernier.

Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a annoncé vendredi une série de mesures qui visent à réduire la montagne bureaucratique que les sinistrés doivent franchir et à accélérer le versement des indemnités pour leur rétablissement.

M. Coiteux a dit avoir « essentiellement un objectif en tête : c’est que les gens reçoivent les sommes auxquelles ils ont droit le plus rapidement possible ».

Bien que la sécurité civile ait travaillé d’arrache-pied à la suite de ces inondations, plusieurs sinistrés ont vécu le traitement de leur dossier comme une course à obstacles où chaque démarche complétée se voyait aussitôt suivie d’une nouvelle exigence, que ce soit au niveau municipal ou provincial.

Les délais qui s’en trouvaient allongés ont eu raison de la patience de plusieurs victimes des inondations.

Certes, Québec a réussi à verser à ce jour entre 75 et 90 % de l’aide financière attendue à 86 % des sinistrés, soit plus de 150 millions $, mais le ministre Coiteux reconnaît qu’il a fallu trop de temps pour y arriver et qu’il reste tout de même de nombreux sinistrés en attente.

Plus d’argent, plus rapidement
Parmi les mesures qui seront implantées, il sera désormais possible d’obtenir de l’aide sans attendre le permis de construction de la municipalité et plusieurs contre-vérifications qui retardaient le versement seront soit remises à la fin du processus ou carrément éliminées.

Ainsi, Martin Coiteux promet que les sinistrés recevront désormais 85 pour cent de l’aide à laquelle ils ont droit en un mois et demi, alors que les sinistrés du printemps dernier ont dû attendre quatre mois, en moyenne, pour n’obtenir que la moitié des montants attendus.

Le ministère entend aussi simplifier et clarifier ses communications — tant auprès des municipalités que des sinistrés — et réduire l’ensemble de la documentation requise.

Le ministre a fait valoir que Québec reçoit, bon an mal an, environ 1000 demandes d’aide financière pour des sinistres divers. Les inondations de l’an dernier ont entraîné un peu plus de 6000 demandes et ont forcé la mise en place de multiples mesures d’urgence pour pallier aux besoins, démontrant les limites de la structure en place.

« Il faut avoir un programme qui fonctionne bien à 1000, 2000, 3000, 4000 et plus de 6000 cas par année », a déclaré M. Coiteux, ajoutant qu’il fallait « adapter nos façons de faire ».

Dossiers en attente
Martin Coiteux assure que son ministère suit de près les dossiers des sinistrés qui sont toujours en attente et dont certains montrent des signes d’épuisement et de détresse psychologique.

Mais il précise qu’une bonne part de ceux-ci sont des dossiers qui « n’ont pas encore été jugés recevables parce qu’il manque des pièces d’identification clé » et même, dans certains cas, « où on n’a pas reçu la preuve de résidence principale et d’identité de la personne ».

Projets pilotes
Un des éléments de la refonte annoncée vendredi consiste à confier davantage de responsabilités aux villes qui souhaitent les assumer.

Des projets pilotes ont ainsi été institués dans cinq municipalités (Laval, Gatineau, Deux-Montagnes, Saint-André-d’Argenteuil, MRC Vaudreuil-Soulanges) qui seraient prêtes, dès ce printemps, à assumer la responsabilité de l’aide aux sinistrés en partie ou en totalité.

C’est toutefois Québec qui défraiera les coûts en totalité lorsque des municipalités interviendront dans les situations de catastrophe.

Québec annonce d’autre part que le programme temporaire d’aide financière mis sur pied l’an dernier, qui bonifiait considérablement les sommes allouées et les critères d’admissibilité, devient maintenant permanent.

Le dernier budget Leitao ajoutait aussi près de 10 millions $ par année pour les quatre prochaines années à l’enveloppe existante de 50 millions $ destinée à la préparation aux grands sinistres, sommes qui seront notamment consacrées à la mise en place de plans d’urgence dans les municipalités et à la mise à jour de la cartographie des zones inondables.

Le ministère de la Sécurité publique embauche également 30 personnes additionnelles en sécurité civile qui seront déployées sur le territoire pour œuvrer à la préparation et à l’intervention en cas de grands sinistres.

Tel que promis, le gouvernement a aussi déjà commencé à former des fonctionnaires d’autres ministères qui seront disponibles pour venir prêter main-forte à la sécurité civile lors de sinistres. Le ministère des Affaires municipales en a ainsi formé une quarantaine et le ministère du Travail une vingtaine et d’autres ministères doivent en faire autant dans les mois à venir.