L’agronome au club-conseil Gestrie-Sol, Xavier Savaria, et Dan Morissette de la Ferme Mawcook ont mis en pratique le test des bobettes pour évaluer la qualité des sols dans trois champs.

Des bobettes pour tester les sols

Une quinzaine de producteurs agricoles de la région ont mis en pratique un test inusité cet été pour évaluer la qualité du sol de leurs champs : ils ont enterré des... bobettes pour voir dans quel état elles se trouvent après deux mois sous terre.

Le test n’est pas nouveau, mais c’est une des premières fois qu’il est mis en pratique dans la région, explique l’agronome au club-conseil Gestrie-Sol, Xavier Savaria.

L’expérience est plutôt simple. Elle consiste à creuser un trou à environ une quinzaine de centimètres (six à sept pouces) de la surface, à y étaler des sous-vêtements blancs en coton (exempts de trou) et à les recouvrir de terre. Les bobettes sont par la suite déterrées deux mois plus tard. S’il ne reste pratiquement plus que l’élastique de la taille, cela démontre que le sol est sain et que l’activité biologique y est importante. A contrario, si le sous-vêtement est à peine troué, c’est un signe probant que le sol y est en moins bonne santé.

« Ça démontre visuellement ce qu’est un sol en bonne santé. Des fois, on se dit que nos sols sont bons, qu’ils sont bien égouttés et que les paramètres optimaux sont là. Mais ce n’est pas toujours le cas », relève Xavier Savaria.

Selon lui, cette initiative de Gestrie-Sol a été initiée dans la foulée d’une conférence offerte sur les engrais verts par l’agronome Sylvie Thibodeau.

« Elle travaille beaucoup avec le test des bobettes pour voir si la qualité du sol s’est améliorée. Elle faisait le test avant l’implantation d’engrais verts et après. On a décidé de le faire chez nos producteurs pour voir la santé des sols et favoriser des pratiques, comme celle des engrais verts, et démontrer que ça s’améliore normalement après plusieurs années d’utilisation », fait valoir l’agronome à Granby.

Confirmé

Le test des bobettes a entre autres été réalisé dans trois champs de la Ferme Mawcook, à Granby, propriété des frères Hugues et Dan Morissette. Et les résultats ont confirmé ce que les propriétaires pensaient. « Il y a plus de vie dans les sols qu’on travaille moins », expose Dan Morissette.

« Ça favorise les vers de terre, qui eux redonnent de l’azote aux champs quand ils sont bien nourris », renchérit Xavier Savaria.

Un des trois champs de la Ferme Mawcook dont le sol a été testé avait été travaillé l’an dernier pour en retirer les roches. Et c’est justement dans celui-ci que les sous-vêtements déterrés ont démontré le moins de signes de dégradation. « Les vers de terre ont eu la vie dure. Ils n’aiment pas se faire brasser. Ils aiment mieux quand on sème direct et qu’on ne brasse pas trop le terrain. Ça nous a confirmé que ce qu’on avait fait, ce n’était pas correct. Mais il fallait enlever les roches », dit celui dont la ferme est active dans la production bovine et les grandes cultures.

L’agronome de Gestrie-Sol souligne que ce simple test peut permettre aux agriculteurs de cibler les champs où des pratiques d’amélioration peuvent être mises en place.

Dan et Hugues Morissette ont, pour leur part, de plus en plus recours aux engrais verts, « des plantes fixatrices d’azote au sol », glisse Xavier Savaria. Cette année, ils ont par exemple testé une culture intercalaire d’engrais verts dans un champ de maïs. Les agriculteurs prévoient une perte de rendement d’environ 15 % sur leur récolte, mais ils prévoient bénéficier l’an prochain des effets de l’engrais vert. « Le blé d’Inde devrait pousser mieux et ça va aller en s’améliorant à long terme », estime Dan Morissette.

Gestrie-Sol prévoit enterrer de nouvelles bobettes l’an prochain chez d’autres producteurs agricoles de la région. Ceux qui ont déjà participé à l’expérience pourraient aussi récidiver pour tester le sol d’autres champs. « Ça peut être intéressant de caractériser plusieurs champs de l’entreprise. Ça donne un portrait aux producteurs », estime Xavier Savaria.