L'ancien chef du Service de police de la Ville de Gatineau, Mario Harel.
L'ancien chef du Service de police de la Ville de Gatineau, Mario Harel.

Déontologie policière: l'ex-chef Harel voulait prévenir un autre crime

Louis-Denis Ebacher
Louis-Denis Ebacher
Le Droit
Mario Harel voulait empêcher qu’un autre crime soit commis après avoir appris qu’un «haut placé» de la Ville de Gatineau devait être arrêté par la Sûreté du Québec (SQ), le 10 février 2016. C’est pourquoi l’ex-chef de la police de Gatineau a averti la directrice générale de la Ville et le maire Maxime Pedneaud-Jobin que l’ex-directeur de Développement économique-CLD Gatineau, Michel Plouffe, allait être interpellé par la SQ à la Maison du citoyen.

Depuis lundi, l’ex-directeur du Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) Mario Harel doit s’expliquer devant le Comité de déontologie policière.

On l’accuse d’avoir «manqué à son devoir de discrétion en divulguant à des tiers des renseignements obtenus alors qu’il était dans l’exercice de ses fonctions».

Michel Plouffe, qui possédait de nombreux secrets économiques et des accès privilégiés à la Ville, a été arrêté en février 2016 pour entrave à la justice.

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Dans cette affaire, qui n’avait aucun lien avec son travail à la Ville de Gatineau, Michel Plouffe avait donné de faux renseignements à la SQ dans le cadre d’une enquête sur la production de marijuana dans une propriété à son nom. Il a reçu plus tard une absolution sur le chef d’entrave à la justice et l’arrêt conditionnel sur les deux autres chefs qui pesaient contre lui, liés à la fabrication d’un faux bail.

Le 10 février 2016, le chef Harel a été informé de l’arrestation imminente de M. Plouffe par le commandant régional de la SQ de l’époque, Stéphane Raymond.

Mario Harel s’est tout de suite entretenu avec sa supérieure immédiate, la directrice générale de la Ville de Gatineau Marie-Hélène Lajoie, pour l’informer des derniers développements.


« Avec le rôle que jouait M. Plouffe, il y avait un risque pour l’intégrité et les finances de la Ville. »
Mario Harel, ex-chef du SPVG

M. Harel et Mme Lajoie se sont ensuite entretenus en privé avec le maire Maxime Pedneaud-Jobin, qui était aussi président de Développement économique-CLD Gatineau.

Prévention

Lors de son témoignage, mardi, Mario Harel a expliqué qu’il avait parlé au maire et à la directrice générale «parce que la loi l’oblige à prévenir le crime».

Devant la gravité des accusations, M. Harel s’est dit qu’il devait protéger l’appareil municipal.

«Avec le rôle que jouait M. Plouffe, il y avait un risque pour l’intégrité et les finances de la Ville.»

Mme Lajoie, responsable de l’administration de la Ville devait être informée, car c’est elle – avec le maire – qui avait l’autorité et la capacité de limiter les accès physiques et informatiques à celui qui devait être arrêté.

«On ne parle pas d’une affaire de conduite avec les capacités affaiblies, a mentionné Mario Harel. Ce sont des accusations graves (qui peuvent nuire à la Ville). L’enquête de la SQ est alors terminée, et je sais que je ne nuirai pas à l’enquête (en informant le maire et la directrice générale). M. Plouffe a possiblement (selon les accusations du moment) tenté de couvrir quelqu’un et donné un faux témoignage. Je dois prévenir d’autres infractions, soit possiblement de faire disparaître des documents (de la Ville). Puis, il y a l’argent du public. C’est dans mon rôle, c’est la prévention du crime. On ne prend pas de chance.»

Le maire a témoigné lundi devant le même comité. Il a expliqué que M. Plouffe était responsable d’attirer les investissements commerciaux à Gatineau. «Il détient alors des secrets, a expliqué le maire. S’il a fait la fabrication de faux dans (le domaine) privé, peut-il le faire dans le (secteur) public?»

Appelé à titre de témoin expert par la défense, le directeur du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) Robert Pigeon a soutenu mardi que M. Harel avait agi avec prudence. «J’aurais pris les mêmes décisions au même moment.»

Le juge administratif Richard W. Iuticone a pris l’affaire en délibéré, mercredi.

Le directeur du Service de police de la Ville de Québec, Robert Pigeon

Appelé à titre de témoin expert par la défense, le directeur du Service de police de la Ville de Québec, Robert Pigeon, a soutenu mardi que M. Harel avait agi avec prudence. «J’aurais pris les mêmes décisions au même moment.»

Le juge administratif Richard W. Iuticone a pris l’affaire en délibéré, mercredi.