La présidente de l'Association des directions d'établissement d'enseignement de l'Outaouais québécois (ADEOQ), Nancy Lamothe.
La présidente de l'Association des directions d'établissement d'enseignement de l'Outaouais québécois (ADEOQ), Nancy Lamothe.

«Déjà la fatigue de décembre» pour les directions d'école en Outaouais

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
Essoufflées mais tentant de garder le moral, les directions d'école «ressentent déjà en septembre la fatigue de décembre» tellement la charge de travail est lourde depuis le début de cette année scolaire atypique, affirme la présidente de l'Association des directions d'établissement d'enseignement de l'Outaouais québécois (ADEOQ), Nancy Lamothe.

Face à la pression engendrée par le contexte actuel, certains d'entre eux ont contacté l'organisation ces dernières semaines pour raconter leur expérience et vider leur sac. 

«Les coordonnateurs reçoivent des appels de direction en pleurs. Ça en dit long sur la charge de travail. Depuis mars, il n'y a pas une direction qui fait moins de 12 heures par jour, et c'est sans compter certaines choses à faire le week-end. À un moment donné, la vie familiale en prend un coup. Le conjoint est obligé de nous dire de fermer notre cellulaire. On doit s'écouter. C'est difficile, encore plus qu'en mai et juin, mais on essaie de garder le moral, car on adore tous notre métier. [...] Le monde de la direction est essoufflé, tout comme les enseignants et le personnel de soutien», lance d'emblée Mme Lamothe.

Elle-même directrice d'une école primaire de Gatineau, cette dernière souligne que la fatigue guette ses collègues alors qu'un seul mois s'est écoulé au calendrier scolaire.

«Tout le monde poursuit son travail du mieux qu'il peut. Sauf que tout change chaque jour. Moi-même, j'envoie des communications des parents un jeudi et finalement tout peut changer le lendemain, alors j'en envoie de nouvelles. Nous sommes constamment là-dedans (le contexte de la pandémie). On reçoit aussi beaucoup de pression de la part du ministère et de nos directions générales par rapport à tout ce qui est de la pédagogie. Évidemment, nous ne sommes pas contre la vertu et ça ne veut pas dire qu'on ne s'en préoccupe pas, mais la réalité c'est qu'on gère encore des cas de COVID-19. Il y a des secrétaires qui s'occupent des absences des élèves de 8h15 à 10h. En août, on a dû organiser les horaires, les récréations, la division du gymnase, la gestion pour la sortie de 500 élèves en même temps, etc. C'est toute une gestion. On demande aux directions générales de faire preuve de souplesse», note-t-elle.


« Les écoles où il y a plusieurs immeubles, c'est encore plus difficile. Au Centre de services scolaire des Hauts-Bois-de-l'Outaouais, par exemple, il y en a qui ont jusqu'à huit bâtisses à gérer. Certains sont totalement épuisés, ça n'a pas de bon sens de gérer ça. [...] Nos collègues du secondaire aussi en arrachent, car c'est toute une organisation dans leur cas, avec sept ou huit périodes dans la même journée. »
Nancy Lamothe, présidente de l'ADEOQ

Nancy Lamothe, qui ne cache pas qu'en 18 ans de carrière à la direction d'un établissement, il s'agit sans l'ombre d'un doute de son année «la plus difficile», rappelle aussi que les réalités varient passablement d'un endroit à l'autre en Outaouais.

«Les écoles où il y a plusieurs immeubles, c'est encore plus difficile. Au Centre de services scolaire des Hauts-Bois-de-l'Outaouais (CSSHBO), par exemple, il y en a qui ont jusqu'à huit bâtisses à gérer. Certains sont totalement épuisés, ça n'a pas de bon sens de gérer ça. [...] Nos collègues du secondaire aussi en arrachent, car c'est toute une organisation dans leur cas, avec sept ou huit périodes dans la même journée. Comment gérer tout ça avec la désinfection, les va-et-vient, etc? On ne veut pas se transformer en police de la COVID, mais à un moment donné on n'a comme pas le choix», lance la présidente de l'ADEOQ, soulagée que la majorité des parents sont gentils et conciliants.

Heureusement, malgré cette situation anxiogène, la collaboration entre les différents membres du personnel est positive dans plusieurs cas, souligne-t-elle.

«Il faut l'applaudir. Ici, il y a beaucoup de profs extraordinaires, toujours bienveillants et conciliants. On s'entraide énormément. Personnellement, je n'y serais pas arrivée sans eux. Tout le monde sent qu'on est dans la même bateau. On se tient serré, même à deux mètres. Il ne faut pas lâcher, mais quand des directions tomberont au combat, ça va faire mal», raconte-t-elle.

Vers une zone rouge... et des questionnements

Advenant que la région devient une zone rouge, Mme Lamothe avoue qu'il y a plusieurs interrogations. Mais une chose est assez claire pour elle.

«On souhaite que nos écoles ne ferment pas. Je ne suis pas spécialiste en santé publique, mais je crois sincèrement que nos élèves ne sont pas les vecteurs du virus. Si au moins on pouvait garder nos écoles primaires ouvertes, ce serait bien. Quand je me couche le soir comme direction d'école, j'ai la conscience tranquille car je me dis que j'ai tout fait en mon pouvoir pour mettre en place les mesures recommandées. Je dors sur mes deux oreilles», mentionne-t-elle.

Précisant que la liste de suppléants est vide, la gestionnaire indique que bon nombre de membres qu'elle représente ont aussi plusieurs appréhensions en lien avec la saison hivernale.

«Il y aura toute la gestion des rhumes, y compris pour le personnel. Le nez d'un enfant qui coule, c'est une chose, mais quand il y aura deux symptômes pour le personnel, va-t-on tomber en pénurie?», questionne-t-elle, ajoutant que les délais d'attente pour l'obtention d'un résultat de test de dépistage devront nécessairement être plus courts.

Au même titre que la Fédération québécoise des directions d'établissement d'enseignement (FQDE), à laquelle est affiliée l'association régionale, Mme Lamothe affirme que plus que jamais, une plus grande reconnaissance du travail des directions serait «la bienvenue», rappelant par exemple que les cadres dans le milieu de la santé peuvent de leur côté toucher des bonis. 

L'ADEOQ représente 170 membres d'un bout à l'autre de la région.

La directrice générale du CSSD, Manon Dufour.

«Un défi inédit», selon le CSSD

La directrice générale du Centre de services scolaire des Draveurs (CSSD), Manon Dufour, se dit pleinement consciente de la situation et tend la main aux directions d'établissement.

«Les directions m'en parlent aussi, elles me partagent ce qui se passe sur le terrain. Je suis très sympathique face aux commentaires que j'entends. Ce que je souhaite, c'est que tout le monde soit en santé et en sécurité. C'est un défi inédit auquel nous sommes confrontés. On ne fait pas que de la réussite, on fait de la réussite en temps de COVID-19. Ça nécessite de la résilience, une capacité d'adaptation. Mon but est de réduire cette pression-là en tentant de mettre en place les conditions les plus favorables et prédire tous les scénarios», dit-elle.

Affirmant comprendre que «les gens sont fatigués», celle-ci soutient que le travail d'équipe n'a jamais été aussi primordial.

«Ça prend un travail collaboratif, qu'on puisse se partager la tâche. Il faut du travail cohérent qui ne va pas à l'encontre de celui des autres. C'était déjà une réalité avant la pandémie. L'enseignant ne peut pas être le seul responsable de la réussite des élèves, la direction non plus. On ne doit pas travailler en silo. J'ai toujours dit qu'on peut mettre un genou à terre, mais qu'en s'aidant, on n'en mettra pas deux. En travaillant ensemble, on va passer au travers, j'en suis convaincue», conclut Mme Dufour.