Le président et chef de la direction du Groupe Calypso valcartier, Louis Massicotte, estime que le débat qui fait actuellement rage devrait servir à mieux définir la notion de lieu public.

Défense d'avoir les seins nus à Calypso

Le Groupe Calypso Valcartier a tranché. Jusqu'à nouvel ordre, il sera interdit pour les femmes de se balader les seins nus dans ses parcs aquatiques, dont celui situé à Limoges, dans l'Est ontarien.
Après avoir consulté ses avocats et sa clientèle, l'entreprise a décidé d'adopter une réglementation claire et officielle, tout en étant consciente qu'elle marche sur des oeufs dans cet épineux dossier.
«Nous avons convenu que les femmes doivent obligatoirement continuer à porter des maillots de bain couvrant le haut (le buste) et le bas du corps dans nos parcs. Ce n'est pas par pudeur que nous prenons cette décision, mais tout simplement parce que nous avons écouté notre clientèle familiale. [...] La glace est très mince, mais on se sent confortable avec notre décision», a dit le président et chef de la direction du Groupe Calypso Valcartier, Louis Massicotte.
Rappelons qu'une dizaine d'organisations - dont le parc Calypso, la municipalité de Cornwall et le Château Laurier - sont visées par une plainte déposée au Tribunal des droits de la personne de l'Ontario (TDPO). 
Selon Louis Massicotte, qui opère également le Village Vacances Valcartier, accorder le droit à la gent féminine de déambuler les seins nus dans ses parcs thématiques aux côtés des nombreux personnages dédiés aux tout-petits contribuerait à briser la magie qui règne dans ces endroits.
«Les commentaires étaient unanimes chez nos clients et on a choisi de ne pas modifier l'expérience qu'ils vivent depuis des années. [...] On avait déjà une telle règle de façon informelle, mais ce n'était pas clairement indiqué dans nos règlements. On a senti le besoin de clarifier tout ça, c'était urgent. Dans le fond, ça va rester business as usual, car officieusement on l'interdisait et là c'est devenu officiel», affirme M. Massicotte, ajoutant qu'une femme ne pourrait probablement pas marcher plus de dix secondes sans haut de maillot à Walt Disney World.
Précisant qu'il n'a pas d'objection à ce qu'une femme se dévêtisse pour prendre un bain de soleil sur une plage, il estime néanmoins qu'il y a des lieux plus appropriés pour le faire. Le dirigeant d'entreprise pense que le débat qui fait actuellement rage devrait servir à mieux définir la notion de lieu public. En Ontario, la Cour d'appel a établi en 1996 dans la cause Regina c. Jacob qu'une femme pouvait effectivement être seins nus dans un lieu public si «le standard de tolérance de la communauté» considère que le geste n'est pas «indûment sexuel».
«Je pense que si un tribunal, quel qu'il soit, décide d'accorder le droit aux femmes de se promener les seins nus dans un endroit public, je lui suggère fortement d'envisager des exceptions comme les parcs familiaux. Peut-être que je suis prude, mais il me semble que c'est le gros bon sens qui parle. C'est un peu comme si une femme pouvait avoir les seins nus dans un parc de jeux chez McDo. Et je vais peser mes mots, mais j'irais jusqu'à dire que ce certains enfants risqueraient d'être en contact visuel pour la première fois avec certaines parties du corps féminin et je ne crois pas qu'un parc aquatique soit le bon endroit pour ça», a lancé M. Massicotte. 
Le nouveau règlement de Calypso a beau être désormais en vigueur, il n'en demeure pas moins qu'une femme qui choisira de le transgresser ne sera pas expulsée pour autant, indique l'entreprise. 
«Il y aura un rappel de la part de nos employés. Entre adultes de bonne volonté, je pense que les gens finissent par se plier à la réglementation», affirme Louis Massicotte, qui pose la question à savoir si les droits d'un adulte s'arrêtent là où ceux d'un enfant commencent. 
Une plainte inverse
La compagnie a dit avoir été prévenue, hier, qu'une autre femme avait déposé une plainte au TDPO, mais cette fois-ci pour les raisons contraires de la plaignante d'origine. Elle s'oppose à ce que les femmes se baladent les seins nus. 
Une porte-parole du TDPO, Whitney Miller, n'était pas en mesure de confirmer l'information, car la plainte n'avait pas encore été entrée dans la base de données.
«De bonnes chances de l'emporter»
Professeur de droit à l'Université d'Ottawa Sébastien Grammond rappelle que la question des seins nus en public a été abordée sous de multiples angles depuis des décennies. Le cas du parc Calypso est, par contre, différent.
«Là, c'est sous l'angle de la discrimination et il n'y a, à ce que je sache, pas eu de jugement là-dessus. Mais j'ai bien l'impression que le jugement de la Cour d'appel de 1996 jouera un rôle crucial dans la décision que le Tribunal des droits de la personne sera appelé à rendre. La plaignante a de bonnes chances de l'emporter. Et alors là, le parc Calypso pourra dire que si sa règle doit changer, ce n'est pas de sa faute», indique-t-il.
Invité à réagir au sujet du règlement adopté par le Groupe Calypso Valcartier, il affirme être sceptique et avoir beaucoup de difficulté avec les arguments de l'entreprise faisant valoir «qu'on ne veut pas voir ou être exposé» à quelque chose. Une raison invoquée par plusieurs pour s'opposer au port de signes religieux, par exemple.