Quatre heures après son arrivée à l’Hôpital du Pontiac, un septuagénaire victime d'un accident de la route était toujours «incapable de bouger ses membres inférieurs».
Quatre heures après son arrivée à l’Hôpital du Pontiac, un septuagénaire victime d'un accident de la route était toujours «incapable de bouger ses membres inférieurs».

Décès après un accident de la route: une enquête recommandée sur les soins à l’Hôpital du Pontiac

Justine Mercier
Justine Mercier
Le Droit
Une coroner recommande qu’une enquête soit faite «sur la qualité de l’acte professionnel et des soins dispensés» à un septuagénaire décédé deux semaines après avoir été impliqué dans un accident de la route à Shawville, au printemps dernier.

Dans un rapport d’investigation signé à la fin août dont Le Droit a obtenu copie, la coroner Francine Danais relate les circonstances ayant précédé le décès d’un résident de Campbell’s Bay âgé de 75 ans. Le 6 mars dernier, vers 6h35, la voiture conduite par le septuagénaire a été frappée du côté passager par un camion, à l’angle des rues Main et Centre, à Shawville, dans le Pontiac.

Les pinces de désincarcération ont été nécessaires pour extirper le septuagénaire de son véhicule. Il n’avait alors «aucune sensation aux membres inférieurs ni aux mains et aux doigts», mais il «pouvait bouger ses bras», indique le rapport de Me Danais.

Même si le protocole «dictait un transport vers le centre de traumatologie le plus près soit l’Hôpital de Hull», il a été décidé de le transporter à l’Hôpital du Pontiac, situé tout près, puisque le trajet vers la zone urbaine aurait pris «plus d’une heure» en raison des conditions routières et météorologiques.

Un examen d’imagerie de la colonne cervicale ne démontre alors «aucune évidence de subluxation ou dislocation et on retire le collier cervical mis en place par les paramédics.

Des notes rédigées environ quatre heures après l’arrivée du patient à l’Hôpital du Pontiac indiquent qu’il affirme être encore «incapable de bouger ses membres inférieurs». Malgré cela, il reçoit son congé avec une ordonnance pour un analgésique narcotique.

«Lorsque sa conjointe réalise qu’il est incapable de se bouger et qu’elle devra l’assister, le retour à domicile devient impossible, note Me Danais. Il est hospitalisé. Dans la journée et la soirée, il est toujours incapable de bouger ni uriner.»

Le lendemain, «il est décidé de la transférer à l’Hôpital de Hull». De nouveaux examens y sont effectués. «Dans son rapport, le radiologiste, en comparant avec l’imagerie effectuée la veille, observe un changement de signal dégénératif léger à modéré dans la moelle osseuse au niveau de la colonne cervicale», écrit la coroner.

Complications

Le jour même, le septuagénaire est opéré pour décompresser des vertèbres cervicales. La situation se corse ensuite. «Il a des complications post-opératoires en ce qu’il fait un délirium, une pneumonie et qu’il est maintenant quadraplégique, indique le rapport de Me Danais. Devant un pronostic de rétablissement sombre au niveau de sa mobilité et selon les volontés [de l’homme] qui voulait conserver son autonomie, il est décidé de le placer en soins palliatifs. Il décède le 21 mars 2020.»

Dans son analyse du dossier, Francine Danais estime qu’«il est préoccupant de constater que malgré le constat d’une certaine incapacité [...] à bouger ou ressentir ses membres, qu’il ait reçu son congé sans explication à cet état».

«Suivant le retrait du collier cervical, les notes au dossier font état qu’il fut demandé à plusieurs reprises [au patient] de tenter de bouger ses membres, ajoute la coroner. Vu un inconfort, un oreiller supplémentaire a même été ajouté. Est-ce que cela a pu occasionner une aggravation de son état?»

Recommandation

Tout en concluant à un décès accidentel puisque c’est la collision routière qui a déclenché toute «la séquence d’événements», Me Danais recommande au Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais, «dont fait partie l’Hôpital du Pontiac, d’effectuer une enquête sur la qualité de l’acte professionnel et des soins dispensés [à cet homme] et de prendre toutes les mesures appropriées si nécessaires».