Les anguilles ont été mesurées, pesées et identifiées à l'île Petrie mercredi.

De nouvelles anguilles à retracer

Pas moins de 400 anguilles d'Amérique ont été relâchées mercredi dans la rivière des Outaouais dans l'espoir de mieux connaître l'évolution et les déplacements de ces poissons dont la présence dans la région a chuté de 98 % au cours des quatre dernières décennies.
Ils étaient quelques dizaines aux abords de l'île Petrie, mercredi avant-midi, à peser, mesurer et identifier des anguilles préalablement endormies à l'aide d'un dispositif sous-cutané.
« Les anguilles sont des poissons encore plus gluants que des poissons réguliers, il faut donc les endormir parce qu'elles bougent et elles ne veulent pas se faire prendre », a expliqué sur place la directrice des opérations au Québec chez Sentinelle Outaouais, Adèle Michon.
Une fois réveillées, de 10 à 20 minutes plus tard, les anguilles bien identifiées étaient prêtes à prendre le large dans la rivière. L'objectif ultime : en retracer le plus possible et sauver l'espèce. « Mais le bassin versant de la rivière des Outaouais est immense, souligne Mme Michon. C'est la quatrième année qu'on fait ça, et jusqu'à présent, de toutes celles qu'on a marquées, on n'en a pas revu une, parce que ce sont des poissons qui vivent de 20 à 25 ans dans la rivière avant d'essayer de redescendre. C'est donc un projet qui se fait vraiment à long terme. »
Le territoire où sont susceptibles de ces retrouver ces anguilles est immense. Il s'agit en effet d'un poisson migratoire qui part de la mer des Sargasses, au sud des Bermudes, pour remonter en eau douce en empruntant le fleuve Saint-Laurent. Elles retournent ensuite vers la mer des Sargasses, où elles se reproduisent « à la fin de leur vie, une seule fois », indique Mme Michon.
Des centaines d'anguilles d'Amérique ont été relâchées dans la rivière des Outaouais, mercredi.
Le nombre d'anguilles d'Amérique a cependant considérablement chuté ces dernières décennies, « principalement à cause des barrages », note l'employée de Sentinelle Outaouais. Loin de réclamer le démantèlement de barrages, l'organisme prône toutefois l'amélioration des infrastructures pour « améliorer le passage migratoire » des anguilles.
« Par exemple, pendant des rénovations, Hydro Ottawa a fait un chenal de dérivation qui permet aux anguilles d'être attirées vers le chenal plutôt que vers les turbines », explique Adèle Michon. D'autres solutions sont également analysées afin de faciliter le retour des poissons vers l'océan.
Sentinelle Outaouais note que les plus âgés se souviennent sans doute de l'époque où les anguilles affluaient en grande quantité dans nos cours d'eau, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui.
« C'est pourtant une espèce importante, parce c'est la seule espère migratoire comme ça qu'on a ici, souligne Adèle Michon. C'est très important en termes de biodiversité. »
Sentinelle Outaouais demande d'ailleurs à quiconque apercevant une anguille - morte ou vivante - de l'avertir en composant le 1-888-953-3737 ou par courriel à l'adresse info@sentinelleoutaouais.ca.