Les produits comestibles à base de marijuana seront autorisés par le fédéral, un an après la légalisation du cannabis séché, soit vers 2019.

De la «mari» sur la liste d’épicerie

Le cannabis fait partie des cinq grandes tendances alimentaires des prochaines années, selon un observateur aguerri.

Selon le docteur Sylvain Charlebois, doyen de la Faculté en Management à l’Université Dalhousie, à Halifax, les industriels de l’alimentation se préparent à l’invasion du cannabis, avec la légalisation de cette plante odorante, en juillet 2018.

Le Dr Charlebois s’est réjoui, cette semaine, de l’adoption d’un amendement du comité permanent de la santé, qui a bouclé son étude du projet de loi C-45 sur la légalisation du cannabis.

Les produits comestibles à base de marijuana seront autorisés par le fédéral, un an après la légalisation du cannabis séché, soit vers 2019.

Les défis de l’industrie alimentaire seront nombreux, selon le Dr Charlebois. L’emballage, l’étiquetage, la vente, le dosage devront être réglementés.

Selon lui, il faudra apprendre de l’expérience du Colorado, où la marijuana est légale depuis 2012, et où sa vente est réglementée depuis 2014.

« Au départ, c’était l’enfer, là-bas. Il va falloir réglementer comme il faut, ici. Des gens au Colorado nous l’ont dit : “Incluez les produits comestibles dans votre loi”. »

Tendance alimentaire

De passage à Toronto, au début du mois, le docteur a participé à un colloque réunissant les gros joueurs de l’alimentation au Canada.

« On nous a demandé quelles seraient les cinq grandes tendances de l’industrie alimentaire d’ici cinq à dix ans. Nous avons tous fait notre propre liste. Et tout le monde avait le cannabis sur sa liste. »

Selon le spécialiste, les grands joueurs de l’alimentation se mobilisent et préparent le terrain depuis deux ans.

Y aura-t-il un engouement si fort pour les produits alimentaires ayant le cannabis comme ingrédient ?

« Il va y avoir une manne, tranche le Dr Charlebois. Le monde des affaires est là pour faire de l’argent. »

Étude

Dans sa plus récente étude, ce doyen de l’Université Dalhousie a révélé que 68 % de ses répondants étaient d’accord avec la décriminalisation du pot, et que de ce nombre, 93 % étaient prêts à l’essayer.

« Beaucoup de gens sont d’accord, mais préoccupés à la fois. Il y a encore beaucoup de confusion. Il y a de l’éducation publique à faire. »

D’ailleurs, l’achat du Groupe Jean Coutu par le géant de l’alimentation Metro ouvre la porte à ce type de commerce.

« Ça vient offrir un beau canal de diffusion, dit l’expert. Des pharmacies et des épiceries. »

Le Dr Charlebois entrevoit des perspectives semblables chez l’épicier Loblaw, acquéreur des pharmacies Shoppers en 2013.

« Arrive la question des images de marque. Utilisera-t-on les marques privées pour faire le commerce de nourriture avec différentes concentrations de cannabis ? »

Il n’est pas impossible, dit M. Charlebois, que Jean Coutu vende des « brownies au pot ».

Les restaurateurs et autres cuisiniers pourraient aussi utiliser de plus en plus le cannabis dénudé de sa teneur en THC, comme simple herbe à assaisonnement.

L’acceptabilité sociale est plus marquée lorsqu’il s’agit d’ingérer un aliment plutôt que de fumer une substance, fait remarquer le spécialiste de Dalhousie.

« On va apprivoiser le cannabis, comme la société et l’industrie privée ont dû le faire dans les années 1930, après la fin de la prohibition de l’alcool. »

UNE COOP DU POT

Une coopérative de producteurs canadiens de cannabis médical a vu le jour cette semaine. L’entreprise gatinoise Hydropothecary fait partie de la nouvelle Coopérative canadienne du Cannabis, dont l’objectif est d’améliorer la vente au détail au pays.

L’industrie se prépare à la légalisation du cannabis au pays, le 1er juillet 2018.

Le premier geste de la coopérative a été d’investir en Alberta «pour créer une solution de vente au détail clé en main (et) relever les défis de l’approvisionnement sécurisé et réglementé et de la vente au détail socialement responsable du cannabis».

La coopérative regroupe 13 membres.

Les producteurs autorisés font la promotion de la vente au détail par le secteur privé.

Selon le président de la coopérative, Darren Karasiuk, la vente au détail par le secteur privé «peut exister parallèlement à d’autres structures ou des sociétés de la Couronne».

Les membres actuels de la Coopérative canadienne du Cannabis sont ABCann, Aphria, Bonify, CannTrust, Cronos Group, Emblem, Emerald,  MedReleaf, Newstrike (société mère de Up Cannabis), Organigram et Tilray.