Patricia Rainville
Le Quotidien
Patricia Rainville

De grâce, pensez à vos parents

CHRONIQUE / « Je rentre de voyage, mais ça va, je me sens bien. »

Cette phrase, je l’ai entendue samedi, dans une pharmacie. Une femme jasait avec la cosméticienne de son voyage à l’étranger. La pauvre cosméticienne reculait tranquillement, souhaitant visiblement que la discussion se termine.

Des gens qui font fi des recommandations, il y en a des milliers.

J’ai passé mon week-end accrochée à mon téléviseur, à suivre les derniers développements de la propagation de la COVID-19.

J’ai immédiatement demandé à ma mère si elle comptait suivre la recommandation du gouvernement Legault, qui invite les personnes de 70 ans et plus à rester chez elle.

Ma mère souffre d’une maladie chronique des bronches. Elle va rester chez elle.

Je communique aussi régulièrement avec mon père, qui est actuellement au Mexique. Il rentre lundi. Mon père est un homme intelligent et je l’invite sérieusement à faire appel à mes services pour qu’il ne se rende pas à l’épicerie par lui-même. Parce qu’ils sont plusieurs à le faire, même s’ils disent faire attention.

Mais si tout le monde décide d’aller à l’épicerie – et faire attention –, les recommandations gouvernementales n’auront pas les résultats escomptés. C’est comme lorsqu’on vole un raisin à l’épicerie. Un, ça ne paraît pas. Mais quand tout le monde le fait, la grappe disparaît au complet.

On veut limiter la propagation en communauté, éviter que les établissements de santé s’engorgent et que les malades ne soient pas soignés comme ils le devraient.

Mon père, comme beaucoup d’autres Québécois, est une personne vulnérable à développer des complications.

Il traîne un simple rhume durant des semaines.

Vous savez, si je suis atteinte de la COVID-19, fort probablement que je vais m’en sortir. Même chose pour la majorité des gens. Mais si on engorge nos établissements de santé, ce sont nos aînés et nos personnes vulnérables qui risquent d’y goûter. Parce qu’ils n’auront pas accès aux soins nécessaires.

Je m’en fais pour mes parents. Vous devriez, vous aussi, vous en faire pour les vôtres. Ou pour vos grands-parents.

Si vous trouvez les mesures gouvernementales exagérées et que vous comptez les ignorer, pensez un peu à ces personnes plus vulnérables, susceptibles de développer des complications. De grâce, cessons de se regarder le nombril.

Nous vivons un moment sans précédent au Québec. C’est aujourd’hui l’affaire de tous de limiter les dégâts.

À la place de dévaliser les étalages de papier de toilette en prévision d’une quarantaine de huit ans, faites donc quelques achats pour vos aînés à la place, afin qu’ils n’aient pas besoin d’aller attraper le coronavirus chez Costco.

On chiale toujours que nos gouvernements agissent trop tard ou qu’ils ignorent les problèmes. Pour une fois que l’État agit avant que la crise explose, peut-on, individuellement, travailler dans le même sens ?

C’est sûr que c’est plate, rester à la maison. Mais c’est toujours bien moins plate que ce qui se passe en Europe.